ANDREINI, (Isabelle) naquit à Padoue en 1562. Elle dut la vie à des parens honnêtes. L'amour lui fit épouser Pierre-François Andreini, poëte et comédien. Depuis quelques années elle brillait sur les théâtres italiens, lorsque la cour de France la fit venir à Paris. Elle fut l'actrice la plus célèbre de son tems. L'académie des Intenti de Padoue se l'associa sous le nom d'Accesa. Elle excellait dans la musique vocale et instrumentale; la philosophie ne lui était point étrangère; elle entendait fort bien l'espagnol. On mit, au bas de son portrait, l'inscription suivante:
Hoc histricoe Eloquentioe caput lector admiraris, quod si auditor soies?
Lecteur, vous admirez cette tête de l'éloquence théâtrale; que serait-ce, si vous l'entendiez ?
Elle mourut à Lyon d'une fausse
couche, en juin 1604. Le corps municipal de cette ville honora
la sépulture d'Isabelle par des marques de distinction.
Son époux composa et fit placer sur son tombeau une épitaphe
latine. Il y célèbre ses talens et ses vertus. Si
les dernières poésies de Salmon Macrin avaient été
les tendres dépositaires des chagrins que lui causa la
perte de sa Gélonis; Andreini ne cessa qu'avec la vie de
regretter et de chanter sa chère Isabelle. «Sa mort,
dit Bayle, mit en pleurs tout le Parnasse: ce ne fut que plaintes
funèbres, en latin et en italien. On en imprima beaucoup
à la tête de ses poésies, dans l'édition
de Milan, 1605.»
On a d'elle plusieurs ouvrages écrits
en langue italienne. Sa Mirtilla, pastorale en 5 actes
et en vers, aurait suffi pour lui faire un nom dans la république
des lettres. Cette pièce est dédiée à
Lavinia de la Rovère, marquise de Vast. Elle est précédée
d'un prologue entre Vénus et son fils. L'Amour veut se
venger de Tircis et d'Ardélie, qui méprisent son
pouvoir; il veut faire brûler Tircis pour la nymphe Mirtille,
qui n'a d'amour que pour Uranio. Le désespoir de n'être
point aimé lui inspirera le désir de s'ôter
la vie; alors Mirtille deviendra sensible à ses tourmens.
Il veut encore que l'insensible Ardélie, après avoir
été amoureuse d'elle-même, réponde
enfin aux tendres sentimens d'Uranio. On ne sait pourquoi cette
pièce porte le nom de Mirtille: car il paraît,
par le prologue, que les principaux personnages sont Tircis
et Ardélie. On serait tenté de croire que
la troisième scène du troisième acte de cette
pastorale a fourni à Gessner l'idée de son idylle
charmante, intitulée: l'Amour mal récompensé;
mais on ne doute point qu'Isabelle n'ait eu le dessein d'imiter
la troisième Eglogue de Virgile, dans la dernière
scène du même acte, où Mirtille et Philis
se disputent leur amant dans un combat de chant. Le style de cette
pastorale porte l'empreinte de la délicatesse, de la douceur
et des grâces. On y remarque quelques concetti; mais,
Quelques traits négligés n'ôtent rien à sa gloire.
Allacie, dans sa Dramaturgie, dit, contre toute vraisemblance, que cette pièce était d'abord en prose. Il ne fait point mention de l'édition de Milan, 1610, ni de celle de Venise, 1620. Voici les éditions qu'il indique: Vérone, 1588, in-8.; Ferrare, 1590, in 8.; Venise, 1590, in 8.; Véronne, 1590, in 8.; Venise, 1602, in 8.; Milan, 1605, in-12; Venise, 1616, in-12. Ses poésies ont été recueillies à Milan et publiées dans la même ville en 1601, par les libraires Jérôme Bordone et Pierre-Martyr Locarni, sous le nom de Canzoniere. Ericius Puetanus fait l'éloge d'Isabelle, dans la préface de cet ouvrage. On trouve dans ce Recueil des sonnets, des madrigaux et des odes anacréontiques remplies d'images gracieuses. Sa cantate d'Héro et Léandre n'est point caractérisée comme celle de Marini par un style sec et ampoulé; elle est écrite avec feu et sensibilité. Elle composa aussi des lettres qui furent imprimées à Venise, 1610.