AUBIN, (Madame) née à
Londres, était fille d'un officier français. Réduite
à l'indigence, elle n'eut d'autre ressource que de s'adonner
à l'étude. D'abord elle essaya les forces de son
esprit, par différentes petites brochures qu'elle fit paraître
sous le voile de l'anonyme; enfin elle publia un roman, à
la tète duquel elle mit son nom. Dans les premiers instans,
cette production eut quelques succès; la froideur du public
pour les volumes qui suivirent, lui fit briser ses pinceaux.
Madame Aubin, dans l'espoir de sortir de
l'indigence, voulut courir une autre carrière. Elle composa
des sermons. Ne pouvant trouver de prédicateur qui voulut
les acheter, elle prit le parti de les prêcher elle-même.
Une foule de personnes de l'un et l'autre sexe s'empressaient
de lui apporter leurs trente sols, pour entendre un discours qui
durait environ trois quarts d'heure. Comme l'attrait de la nouveauté
faisait le principal mérite de ses sermons, les auditeurs
disparurent avec elle: cependant le succès se soutint assez
long-tems, pour lui donner les moyens de se mettre au-dessus du
besoin. A peine jouissait-elle des douceurs de l'aisance, que
la mort vint terminer ses jours. Madame Aubin n'est pas la seule
qui ait fait des prédications. Deux autres femmes se sont
acquis, dans le même genre, beaucoup de célébrité:
Madame de Brinon, première supérieure de la maison
de Saint-Cyr, et Virginie de Negri, milanaise du 16e. siècle.