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La version choisie est la seconde produite par son auteur (la première, moins volumineuse, était de 1630).
Le père HILARION de COSTE (1595-1661)
Olivier de Coste -en religion le père
Hilarion- appartient à l'ordre des Minimes fondé
vers 1474 par un de ses lointains parents, saint François
de Paule. Aussi est-ce à des fins édificatrices
que ce représentant éloquent d'un «féminisme
religieux» propre au premier XVIIe siècle (Linda
Timmermans), entreprend de louer quelques grandes Chrétiennes
de son temps et de la génération précédente
dans deux éditions successives (1630 et -enrichie- 1647)
de ses Eloges et Vies des reynes, princesses, dames et damoiselles
illustres en Piété, Courage et Doctrine, qui ont
fleury de nostre temps, et du temps de nos Peres. Avec l'explication
de leurs Devises, Emblèmes, Hyeroglyphes, et Symboles.
Car le genre encomiastique sert, ici encore, à prouver
les capacités des femmes et à promouvoir des modèles
de comportement où l'égalité entre les sexes
est essentiellement celle de leurs vertus réciproques.
La famille du père Hilarion compte plusieurs auteurs célèbres
pour leur spiritualité et la qualité de leurs écrits.
Lui-même fut l'élève et l'ami du philosophe
et savant mathématicien, le père Marin Mersenne
(1588-1648), et ses correspondants ont pour noms d'autres érudits
célèbres comme d'Hozier, Dupuis, Sainte-Marthe,
Duchesne, etc. Coste a beaucoup lu, y compris des poètes
profanes comme Ronsard, Desportes et Malherbe, qu'il cite abondamment
pour orner ou étayer ses portraits et c'est apparemment
avec un regret avoué qu'il y adjoint des «digressions
contre l'oisiveté et autres vices y estant obligé
selon ma profession et pour la conscience, et pour la bienséance».
Parce que cet ecclésiastique dépeint des femmes
qui sont pour la plupart des laïques d'origine noble et non
des personnages mythiques ou des saintes, et qu'il le fait en
recourant à un style lyrique et imagé, il se doit
de justifier la prétendue frivolité de son propos
aussi bien auprès des «mondain(e)s» que des
«dévot(e)s». Pour cela il se place sous la
triple caution, littéraire et morale, de saint Jérôme,
de Plutarque et du père Amyot, traducteur de ce dernier
au XVIe siècle, tout en avouant sa dette à l'égard
de divers ouvrages italiens dont l'inévitable De Claris
Mulieribus de Boccace.
Le champ historique et littéraire
où brillent les Eloges du père Hilarion,
n'est cependant pas vide en France même. L'ouvrage fait
partie d'une littérature surabondante et aujourd'hui largement
oubliée qui, à mi-chemin entre «exemplum»
(la fable merveilleuse et édifiante) et Histoire, fit les
délices des lectrices et lecteurs d'Ancien Régime
dès les débuts de l'imprimerie: la mise en série,
écrite ou/et peinte, de portraits de personnages célèbres,
féminins et/ou masculins, à des fins démonstratives
et généralement louangeuses. Hilarion entama sa
carrière en 1625 par une Histoire catholique où
sont décrites les vies (...) des hommes et dames illustres
qui, par leur piété ou sainteté se sont rendus
recommandables dans les XVIe et XVIIe siècles, et il
donna ensuite en 1636 Les vrais portraits des rois de France
(une galerie de gravures légendées par ses soins)
et en 1643 Les éloges des rois et enfants de France.
Il excella aussi dans des biographies, cette fois-ci isolées,
celles de Mersenne (1649), François de Paule (1655), François
Le Picart (1658) et Isabelle de Castille (1661).
Cependant dans les genres dédiés
précisément à la louange (spécifique
ou collective) de femmes historiquement attestées, le père
Hilarion n'est pas seul à connaître le succès
sous le règne de Louis XIII. Ne peut-on citer une petite
trentaine d'écrits de ce type publiés entre les
seules années 1640 et 1647 et qu'énumère
en 1977 Ian Maclean dans son Woman Triumphant. Feminism
in French Literature?
Les Amazones chrétiennes qui «enthousiasment»,
au sens propre, l'auteur des Eloges, sont parfois laissées
dans l'anonymat («les dames de Rhodes et de Malte»,
«Anne de Jesus et autres dames»), mais la majorité
d'entre elles sont nommées et appartiennent à l'aristocratie.
Aussi, quand leur ascendance est roturière, leurs mérites
se doivent d'être particulièrement insignes. Ces
femmes sont néanmoins présentées par ordre
alphabétique sans distinction de préséance
et, seconde originalité, elles sont classées selon
trois ordres de mérite mis en exergue dans des tables distinctes
(«Piété», «Courage» et «Doctrine»),
une même princesse pouvant être tout à la fois
pieuse, héroïque et savante comme c'est le cas pour
Anne de Bretagne, alors que Catherine de Médicis n'appartient
qu'aux deux dernières catégories et que Marguerite
de Valois n'est créditée que pour «avoir affectionné
les bonnes lettres». Dans tous les cas cependant un maximum
de précisions d'ordre factuel concernant les faits et gestes
de ces héroïnes est inséré dans leurs
«éloges et vies».
Un dernier trait distingue enfin l'ouvrage:
l'insertion de ces quasi-autoportraits qu'offraient d'eux-mêmes
les lettré(e)s d'alors sous formes de «devises»
et autres armoiries parlantes. Pour notre plus grand bénéfice,
Hilarion prend la peine de les décrire mais aussi de les
interpréter, offrant ainsi sa propre représentation
des vertus féminines tout autant que les images symboliques
par lesquelles certaines de ces femmes ont voulu passer à
la postérité.
La seconde édition des Eloges
valut au père de Coste cette épigramme de Colletet
citée par Le Grand Dictionnaire historique de Moreri
en 1759 (t.I, p.181):
Si tu devois ta vie, et ta vertu féconde
Au sexe le plus sage et le plus beau du monde:
Dans tes doctes écrits tu lui rends aujourd'hui
La vie et la vertu que tu reçus de lui.
Pourtant, en publiant une sélection -toute française- de ces éloges, la SIEFAR souhaite moins faire connaître le cheminement vertueux des femmes d'exception choisies -avec prudence et quelques hésitations- par le minime, que contribuer à la redécouverte de la littérature encomiastique et de ses richesses. Existences féminines, en partie oubliées aujourd'hui et pourtant sans cesse complétées et remodelées au cours des siècles. La classification et les repentirs du père Hilarion lui-même sont particulièrement instructifs quand ils se traduisent -entre autres- par des biographies surnuméraires: esquisses biographiques qui figurent en préface ou en épilogue mais ne sont pas développées, rajouts de la seconde édition comme les vies de Marie de Gournay, Marguerite d'Arbouze, etc.
Nicole Pellegrin.