[I,741] FRANÇOISE D'ALENÇON (1), DUCHESSE
DE VENDOSME, de Beaumont, et de Longueville, grande ayeule du
Roy.
ENTRE les illustres Princesses desquelles
le nom est celebre en nostre France, Françoise d'Alençon
ou de Valois, doit avoir le premier rang, pour avoir esté
l'une des sages et des vertueuses Dames de ce siecle, et avoir
eu pour second mary Charles de Bourbon premier Duc de Vendosme,
et Chef de la Royale Maison de Bourbon, aprés la mort de
Charles dernier Duc de Bourbonnois tué devant Rome: duquel
elle eut plusieurs grands et genereux Princes, entre autres Antoine
de Bourbon Roy de Navarre, pere de Henry IV. Roy de France et
de Navarre, qui a par sa valeur acquis le surnom de GRAND, ayeul
du feu Roy Louis XIII. dit le JUSTE, et bisayeul de nostre Roy
Louys XIV. auquel le souverain Roy du Ciel et de la terre donne
un long et un heureux regne, et luy fasse la grace d'acquerir
par ses vertus les noms d'Autheur de la Concorde, de Prince
de Paix, et du Pere du peuple.
Françoise d'Alençon, 4. ayeule
de nostre Monarque, estoit la fille aisnée de René
Duc d'Alençon, et de Marguerite de Lorraine sa femme. Elle
receut les premieres instructions dignes d'une Princesse de sa
Maison et de son Sang, [742] de la Duchesse Marguerite sa mere,
Dame de rare vertu et sainteté, qui la nourrit fort soigneusement
en la crainte et en l'amour de Dieu avec ses autres enfans; Charles
dernier Duc d'Alençon, et Anne d'Alençon Marquise
de Montferrat, de laquelle nous avons écrit l'Eloge dans
les vies des Annes illustres.
Françoise d'Alençon fut accordée
à Louys d'Armagnac Duc de Nemours au mois de Mars de l'an
1505. mais ce dessein n'eut point de suite, car elle épousa
en la ville de Blois au mois de May de la mesme année François
d'Orleans II. du nom, Comte de Dunois, et premier Duc de Longueville,
duquel elle eut une seule fille nommée Renée d'Orleans
Comtesse de Dunois, de Tancarville, et de Montgommery, qui deceda
l'an 1515. estant aagée de sept ans, trois ans aprés
François Duc de Longueville son pere, qui mourut l'an 1512.
Françoise d'Alençon Duchesse
douairiere de Longueville, un an aprés le decés
de son premier mary, se remaria avec Charles de Bourbon Comte,
et depuis I. Duc de Vendomois. Ce fut en la ville de Chasteaudun
que les ceremonies et solemnitez de cet heureux hymen furent celebrées,
vers la Pentecoste, le 18. jour de May de l'an 1513. J'ay appellé
cet hymen heureux, à cause que Dieu a beny ce mariage d'un
grand nombre d'enfans, sçavoir de sept fils et de six filles.
Tous les François pouvoient se resjouir és jours
de la solemnité de ces noces, car le mariage de ce Prince
et de cette Princesse de la Royale Maison de France, Charles de
Bourbon et Françoise d'Alençon, a esté l'image
des plus accomplis et des plus heureux. Si ce genereux Prince,
digne neveu et petit fils de saint Louys, a acquis un eternel
renom pour sa valeur, sa bonté, et sa fidelité,
Françoise sa femme s'est rendue recommandable par sadouceur,
sa modestie, et sa pieté.
Phoebus, soit qu'il esclere
Dessus nostre hemisphere,
Ou soit que de son feu
L'autre monde il réveille,
Une couple pareille
N'avoit encore veu.
[743] Qu'opposer on ne vienne
La Reyne Carienne,
A celle que l'on sçait
En amour conjugale
Porcie, et plus loyale
Alceste avoit passé.
Une amour mutuelle
A joint perpetuelle
L'espouse avec l'espoux,
Et la chaste Cyprine
A bruslé leur poitrine
De son feu le plus doux.
Les fils dés leur bas aage
Ont porté au visage
Le portrait paternel:
Les filles sur leur face
Ont rapporté la grace,
Et l'honneur maternel. (2)
Le second des fils (car l'aisné nommé Louys deceda
en jeunesse) fut Antoine de Bourbon Roy de Navarre et Duc de Vendomois,
qui aprés avoir rendu plusieurs signalez services à
la Couronne de France, mourut glorieusement au siege de Rouen,
ayant esté tué l'an 1562. defendant la cause de
Dieu et de son Eglise, et celle de nos Rois. Ce tres-magnanime
Prince a eu de Jeanne d'Albret sa femme le feu Roy Henry le Grand,
d'immortelle memoire, pere du Roy Louys le Juste, et de Monseigneur
Gaston Jean Baptiste de France, Duc d'Orleans et de Chartres:
les Reynes d'Espagne, et de la Grand' Bretagne, et la Duchesse
de Savoye.
Le 3. François de Bourbon Comte
d'Anguien, duquel on ne sçauroit assez louer la valeur,
ayant l'an 1554. à la bataille de Cerizoles défait
l'armée Imperiale, commandée par le Marquis de Guast,
Lieutenant de l'Empereur, l'un des plus excellents Capitaines
du monde.
Le 4. mourut peu de jours aprés
sa naissance.
Le 5. fut Charles Cardinal de Bourbon,
qui a laissé plusieurs beaux monuments de sa pieté
et de son saint zele envers la vraye Religion contre les Sectaires.
[744] Le 6. fut Jean de Bourbon Comte d'Anguien,
qui estant encore jeune, finit ses jours au lict d'honneur, combatant
genereusement pour la defense de ce Royaume contre les Espagnols,
à la funeste journée de saint Laurens 1557.
Louys de Bourbon Prince de Condé,
fut le 7. Prince orné des vertus requises à un grand
Capitaine, qui eut de sa premiere femme, de la Maison de Roye
(3) pour fils aisné Henry de Bourbon Prince de Condé,
pere de Monseigneur Henry de Bourbon, II. du nom, Prince de Condé,
et Duc de Chasteauroux: et de sa 2. de la Maison de Longueville,
Charles de Bourbon Comte de Soissons, pere de Louys de Bourbon
Comte de Soissons.
Des six filles il n'y eut que Marguerite
qui estoit la seconde, qui fut mariée, et fut la premiere
femme de François de Cleves, premier Duc de Nivernois,
dont elle eut des enfans.
Françoise d'Alençon Duchesse
de Vendome, mere de tous ces genereux Princes et belles Princesses,
les nourrit avec la diligence requise à l'education des
enfans de leur Maison et de leur naissance. Quatre de ses filles
ayant fait leur profit de ses bonnes instructions, ont quitté
les pompes et les delices de la Cour et du monde, pour se donner
entierement au service de la divine Majesté dans diverses
Abbayes, où elles sont decedées en qualité
d'Abbesses.
Magdelaine fut Abbesse de sainte Croix
de Poitiers, et Prieure de Prouille prés de Tolose: Caterine
Abbesse de Nostre-Dame de Soissons, mourut en l'Hostel de Guyse
à Paris au mois de May 1594. estant aagée de 69.
ans, ayant eu le bon-heur avant son decés de voir son neveu
le Roy Henry le Grand faire profession de la Religion Catholique,
et entrer triomphant en sa ville capitale: Jean Bertault Evéque
de Sées a fait dans ses poësies son epitaphe, dans
lequel il a publié les vertus de cette Princesse. Renée
est morte saintement à Chelles au mois de Fevrier de l'an
1583. estant aagée de 56. ans, aprés avoir esté
40. ans Abbesse de ce Royal et devot Monastere. Eleonor a esté
Abbesse et Chef de l'Ordre de Font-Evraud, qu'elle a gouverné
et conservé dans l'observance reguliere durant les [745]
guerres civiles et les plus grands troubles de la France: cette
tres-pieuse Princesse (de laquelle plusieurs Autheurs ont publié
les vertus (4)) est morte le 26. Mars 1611. estant aagée
de 79. ans. Elle desiroit que ceux qui l'assisteroient à
son heure derniere, luy dissent souvent ces belles paroles: On
n'offencera plus Dieu: Tant qu'on est en ce monde on est en continuel
peril de tomber en peché; le peché meurt avec la
mort. Marie l'aisnée des filles de Françoise
d'Alençon avoit esté pour sa vertu, sa beauté
et sa noblesse promise en mariage à Jaques V. Roy d'Escosse.
A l'exemple de Marguerite de Lorraine Duchesse
d'Alençon sa mere, la vraye mere des pauvres et des orfelins,
elle assista et secourut par ses aumosnes les veuves, les orfelins,
et tous ceux qui estoient en affliction et en misere. Elle acquit
la reputation pour ses vertus d'estre digne fille d'une si bonne
et si sainte mere, et on luy donna ces beaux eloges d'estre une
Princesse pieuse, liberale, humble et constante en ses
adversitez (5).
Comme elle avoit herité de la Vicomté
de Beaumont, et de plusieurs autres belles terres de la Maison
d'Alençon, esquelles la Duchesse sa mere a fondé
plusieurs devots Monasteres de Religieux et de Religieuses: elle
conserva aussi tousjours la mesme affection qu'avoit sa mere pour
ces serviteurs et servantes de JESUS-CHRIST, particulierement
envers les bons Peres de l'Ordre de saint François du Convent
de la Flesche, petite ville en Anjou, où elle faisoit sa
plus ordinaire demeure (ainsi que les Comtes et les Ducs d'Alençon
ses ancestres) pour y gouster les plaisirs innocens qui se cueillent
en la douceur d'un bon air, et en la fructueuse beauté
d'un des plus agreables vignobles de France.
Elle bastit en ce lieu la belle Maison,
et rebastit le Royal Chasteau, que depuis nostre grand Roy, l'invincible
et le clement Henry IV. son petit fils a donné aux Peres
Jesuites, avec une Royale magnificence, digne de la generosité
de cet incomparable Monarque, qui fut comme l'on tient conceu
en ce lieu là, et où son coeur Royal repose suivant
sa volonté qu'il avoit témoignée en sa vie.
[746] Le Roy François I. avoit en
telle estime Françoise Duchesse de Vendosme, qu'il erigea
en sa faveur l'an 1543. la Vicomté de Beaumont au Maine
(dont la ville de la Flesche estoit lors une dépendance)
en Duché et Pairie. Françoise d'Alençon Duchesse
de Vendosme, de Beaumont, et douairiere de Longueville, qui par
sa douceur, sa bonté, et ses vertus fut aymée et
cherie des grands et des petits, deceda dans son beau Chasteau
de la Flesche le 14. du mois de Septembre l'an 1550. aprés
avoir durant sa maladie donné plusieurs exemples de patience,
estant aagée de 60. ans, treize années aprés
estre demeurée veuve de ce magnanime Prince Charles de
Bourbon, premier Duc de Vendosme son second mary, qui mourut à
Amiens le jour de Pasques fleuries 1538. ou selon la supputation
des autres 1537. Son corps fut porté de la Flesche à
Vendosme, en l'Eglise Collegiale de Saint George, prés
celuy du Duc son mary, au sepulchre des Princes de la Royale Maison
de Bourbon, de la branche des Comtes de Vendomois (6).
Charles de Sainte-Marthe, Lieutenant d'Alençon,
oncle du grand Scevole (qui a écrit en Latin d'un stile
tres-elegant les Eloges de nos François illustres en doctrine
qui ont fleury de nostre temps, et du temps de nos peres) publia
une Oraison funebre en la louange de cette tres-haute et tres-illustre
Princesse Françoise d'Alençon Duchesse de Vendosme,
de glorieuse memoire.
Cette tres-pieuse Princesse a esté
heritiere des merites, des perfections, et des vertus des Princes
et des Princesses des tres-illustres et tres-genereuses Maisons
d'Alençon et de Lorraine, Maisons fertiles en Heros et
Heroïnes, recommandables à la posterité pour
leur courage, leur valeur, leur pieté, et leur sainteté.
Dans Rome on honore encore la memoire de ce grand Cardinal Philippe
d'Alençon, duquel les os reposent en l'Eglise de sainte
Marie la Ronde, (dont il estoit titulaire) en estime d'un Saint.
Aussi plusieurs malades, au rapport de quelques Historiens, ont
esté gueris à son tombeau.
(1) Alençon de France, d'azur à trois fleurs
de lys d'or, à la bordure de gueules, chargée de
huit besans d'argent.
(2) J. du Bellay.
(3) Roye, noble Maison en Picardie, porte de gueules
à la bande d'argent.
(4) R. Gautier. Richeome. H. Nicquet.
(5) Charles de Saincte-Marthe.
(6) Les Comtes de Vendosme de la Maison de Bourbon, puisnez des
Ducs de Bourbonnois, portoient d'azur à trois fleurs de
lys d'or, au baston de gueules pery en bande, chargé de
3. lyons d'argent.