[125] Puisque nous avons cité
le nom de Mademoiselle Candeille [voir Lange], rappelons
que cette aimable femme, contrairement à ce qu'en ont dit
les Goncourt et Victor Fournel n'a jamais figuré la déesse
Raison dans les cérémonies civiques de 1793. Les
Goncourt avaient même situé le lieu: l'église
Saint-Gervais. Mademoiselle Candeille avait déjà
de son vivant, nié ce bruit qui se propageait, déclarant
dans le Journal des Débats du 6 ou 7 juin 1817 «que
jamais elle ne s'était chargée d'aucun personnage
irreligieux dans les saturnales de 1793; qu'elle n'avait jamais
assisté, même comme spectatrice, à la fête
du 20 novembre, et qu'elle repoussait cette accusation par tous
les moyens.»
Du reste, l'histoire de ces actrices jouant
le rôle de la déesse Raison, a été
passablement exagéré. Il s'agissait de comédiennes
ou de danseuses, remarquées par leur beauté, que
l'on obligeait à figurer sur un char ou [126] sur
un trône dans une église, mais qui, en somme, ne
songeaient à remplir aucun rôle politique. A Bordeaux,
le 20 frimaire an II, ce fut la comédienne Duchaumont,
actrice de la troupe du grand Théâtre depuis 1789,
et qui fut arrêtée avec tous ses camarades pour n'être
pas assez républicains. Son refus de paraître dans
la Fête de la Raison eût tout simplement entraîné
la chute de sa tête, et voilà tout le crime de cette
malheureuse femme.
Tel fut aussi le cas à Paris de
Mademoiselle Maillart, qui représenta la déesse
Raison à Notre-Dame. Marie-Thérèse Davoux
née à Paris le 6 janvier 1766, avait débuté
dès l'âge de 12 ans comme danseuse à l'Opéra-Comique.
Engagée pour les spectacles de la Cour à Saint-Pétersbourg,
elle ne revint en France qu'en 1780. La Révolution la trouva
chanteuse à l'Opéra, où la beauté
de sa voix et de sa personne lui avait valu de remplacer Madame
Saint-Huberty, c'est-à-dire d'occuper peu à jeu
[sic] la première place. Mademoiselle Maillart avait-elle
seulement des idées politiques déterminées?
Qui peut le dire? Toujours est-il qu'elle fut commandée,
en qualité de sujet en vue à l'Opéra, pour
figurer la déesse Raison à Notre-Dame, et que ce
fut le cas également, dans une autre occasion, de Mademoiselle
Aubry, qui ne faisait alors que partie des choeurs.
Moins heureuse que celle-ci fut l'innocente
Mademoiselle Buret, de la Comédie italienne qui
fut guillotinée pour avoir été la maîtresse
du baron de Batz. Sa servante, une enfant presque, comprise dans
l'hécatombe, eut le même sort qu'elle.