[115] Autour de ces Vestris, dont le
plus connu fut Gaëtan, surnommé «le diou de
la danse», beau-frère, par conséquent, de
Madame Vestris, avaient tournoyé d'étranges figures.
Ainsi Gaëtan avait été le préféré
de Mademoiselle Chaumant, originaire de Marseille, devenue
danseuse à l'Opéra, richement installée rue
des Moineaux, grâce aux libéralités d'un Anglais,
et qui rece-[116]vait son illustre camarade à toute heure
du jour et de la nuit.
Un jour, quittant les planches de l'Opéra,
la belle se retire chez les Filles de la Croix, rue de Vaugirard,
où elle paie 2.000 livres de pension sous le nom de Chamar,
se donnant comme fille de condition du Piémont. Là,
elle édifie toutes les religieuses, ses compagnes, par
sa bonne tenue, corrompt son directeur, l'abbé Grisel,
puis s'enfuit chez le Chanoine Robert avant de revenir à
sa vie d'autrefois.
Rentrée à l'Opéra
grâce à une tabatière d'or qu'elle offre au
maître de ballets Lany, puis renvoyée en septembre,
elle est bientôt comblée de présents par Gautier
de Mondorge, trésorier triennel des écuries et livrées
du roi, ce qui ne l'empêchait de faire disparaître
au moment opportun son beau danseur dans une «chambre à
côté» dissimulée à cet effet.
Mais le «truc» découvert, de Mondorge est encore
galant homme puisqu'il paie les étrennes et un mois d'avances
avant de se retirer.
Monsieur Bertin, trésorier des parties
casuelles, lui meuble pour 10.000 livres un bel appartement au
second étage rue des Prouvaires, ce qui n'empêche
pas la belle de recevoir, à l'insu du Duc, le fermier général,
Cramayel, qui lui fait une rente viagère de 3.000 livres.
Mademoiselle Allard séduit
tout le monde par ses joyeux rigaudons, ses gavottes, ses tournoiements
et ses pirouettes sur un pied. Elle voit à sa dévotion
le Prince de Conti, qui lui constitue 12.000 livres de rentes,
reçoit [117] le Chevalier de Launay pour le plaisir et
le Duc de Mazarin, déjà nommé, en qualité
de vieil abonné: alors que, pendant ce temps, la duchesse
de Mazarin, déguisée en homme, va se baigner chez
Poitevin, au-dessous du Pont-Royal, en compagnie de l'archevêque
de Lyon, Monseigneur Antoine de Malvin de Montazet. Le beau Vestris
est toléré par habitude. Un jour pourtant, l'embonpoint
arrive avec l'âge et la chasse de l'Opéra à
40 ans. Elle mourra d'un coup de sang, à l'aube du nouveau
siècle, le 14 janvier 1802.