[199] La perfection
des Creatures consiste dans les rapports et convenances qu'elles
ont avec Dieu qui est la source et le principe de toutes les excellences
et de toutes les beautez. Comme nous estimons un portrait plus
il a de lineamens des traits et de l'air de son original; il est
certain que la femme a autant de rapport avec Dieu que l'homme,
soit que nous considerions l'un et l'autre sexe dans la nature
et dans la grace: la femme aussi bien que l'homme a cet avan-[200]tage
d'avoir esté creée à l'image de la Divinité:
quant à l'ame, qui dans son unité et dans ces trois
nobles facultez, l'entendement, volonté et memoire. Les
ames n'ayant point de sexe, il s'ensuit par consequent que la
beauté de l'esprit ne connoist point cette difference d'homme
et de femme, et qu'elle est sans difficulté l'apannage
de l'un et de l'autre sexe. Quant au corps l'on peut avancer que
la femme a quelque chose qui la releve au dessus de l'homme; puis
que le corps de l'homme a esté formé du limon de
la terre, qui est une matiere qui n'a rien de comparable avec
celle dont le corps de la femme a esté for-[201]mé;
puis que nous sçavons que tout ce qu'il y a de plus fort
dans le corps de l'homme a esté employé pour former
celuy de la femme. Mais à qui pouvons-nous croire avec
plus de soûmission qu'au Dieu de la verité, qui nous
asseure que la perfection de l'Univers dépendoit de la
creation de la femme, qui a esté le dernier de ses ouvrages,
comme en estant le couronnement: En sorte que sans cette excellente
creature, le monde n'auroit pas eu toute l'étenduë
de sa beauté et de son agrément. Le premier homme
favorise cette verité; puis que nous voyons qu'il n'a point
d'admiration pour la lumiere du Soleil et [202] des Astres, et
pour tout ce qu'il y a de brillant et de considerable dans l'Univers;
mais dés le moment qu'une femme paroist devant ses yeux
il s'en fait l'admirateur, comme l'objet de ses plus cheres delices.
Y a-t-il rien de plus fort et de plus convainquant, quand nous
raisonnons sur cette verité, que la Sagesse Eternelle a
fait entrer une Vierge dans l'économie du salut de tous
les hommes, et que les deux plus puissants Royaumes de la Chrestienté,
la France et l'Espagne sont redevables à la pieté
de ce sexe, de leur Foy et de leur Baptême en la personne
de deux grandes Reines, Clothilde et Indegonde, qui en [203] jetterent
les fondemens, et en procurerent l'établissement. Combien
de Reines et de Princesses ont encore chassé hautement
l'erreur et le Paganisme en plusieurs Royaumes de l'Europe. L'Empire
Romain ne reconnoist-il pas avoir receu la vraye Religion par
la doctrine et la pieté d'une Helene Princesse Angloise.
Les Hongrois avoüent aussi qu'ils ont receu ce bon-heur par
le moyen de Giselle, quand elle épousa leur Roy Estienne,
qui depuis fut canonisé. Les Moscovites n'ont-ils pas receu
la mesme grace par le moyen de la Princesse Olga. Combien les
Polonois sont-ils redevables à Damburca, [204] fille de
Boleslas Duc de Boheme, laquelle refusa d'avoir Miesca Duc des
Sarmates pour mary s'il ne faisoit profession de la Religion Chrestienne.
Cette habile et vertueuse Princesse envoya au Pape Jean XIII.
pour luy donner du secours pour l'instruction de ces Peuples.
Pour cet effet ce saint homme envoya Gille Evesque de Tuscule,
tres-sçavant homme, et d'une haute reputation, qui vint
en Pologne comme Legat, pour instruire ces Peuples des plus importants
points de nostre Religion. Les Sçavants n'ont pas ignoré
qu'Hedvvige Reine de Pologne, Fille puisnée de Louïs
dit le Grand, Roy de Hon-[205]grie et de Pologne. Cette charitable
et illustre Princesse, que l'histoire appelle la mere des Sçavants,
ayant fondé un College en l'Université de Cracovie,
elle fit plusieurs belles actions dans tout ce Pays pour la défence
et le maintien de la Foy Catholique qui témoignerent ce
grand zele qu'elle avoit pour la conversion de ces Peuples, qu'elle
gagna par sa doctrine et par une conduite merveilleuse dont elle
se servoit ordinairement. On feroit plusieurs volumes si on vouloit
rapporter combien de femmes ont receu d'Eloges des plus grands
Historiens, non pas seulement pour avoir fait de tres-belles actions
[206] pour l'avancement du Christianisme, et pour la conversion
des Peuples et des Nations entieres, mais aussi pour avoir bien
reussi dans l'étude des bonnes Lettres, et en la conduite
des Estats, non seulement durant la Paix, mais encore parmy les
troubles et les guerres estrangeres et domestiques: C'est pourquoy
il est facile à conclure que les femmes sont aussi capables
des plus nobles emplois que les hommes. S'il m'est permis de parler
d'un des premiers Philosophes qui est Platon, ce grand homme dont
le nom de divin n'a pû estre effacé depuis tant de
siecles, a deu bien connoistre le bon et le mauvais, et le fort
[207] et le foible de toutes choses, a parlé des femmes
d'une maniere si avantageuse et si élevée, qu'il
a dit qu'elles pouvoient estre employées aux mesmes exercices
que les hommes, et prouve fort bien qu'elles n'en sont pas moins
capables dans un livre que Plutarque a fait, et qui est intitulé
les vertueux faits des femmes; ces veritez y sont fort confirmées.
Ce grand Origene dont la memoire brillera tousjours parmy les
Sçavants, leur enseignoit de son temps. Il a fort bien
dit qu'elles estoient aussi susceptibles des belles connoissances
et des secrets de l'Ecriture que les hommes. L'histoire ancienne
et moderne [208] nous en découvre un tres-grand nombre
de sçavantes et de courageuses heroïnes qui ont paru
avec admiration dans tous les siecles. Il n'y a point de climats
où elles n'ayent donné des preuves de leur erudition.
Il s'en est trouvé qui ont gouverné des Estats avec
toute la prudence et la politique la mieux reglée. D'autres
qui ont maintenu des Peuples dans le devoir que l'on doit aux
Souverains: D'autres qui ont donnez des loix qui ont esté
tres-souverainement observées, et qui par leur prudence
et leur sage conduite ont empéché la ruine des Monarchies.
Un tres-grand nombre encore qui se sont [209] renduës si
recommandables par leur valeur et la force de leur courage. D'autres
qui ont parlé et écrit si sçavamment en prose
et en vers, qu'il s'est trouvé de grands hommes qui auroient
eu peine de les imiter: Les peuples de l'Asie ont esté
les premiers qui ont volontairement reconnu le gouvernement des
femmes; ce qu'a fort bien remarqué l'Empereur Claudian.
L'on sçait que les Amazones y ont genereusement commandé,
et y ont fait bâtir les plus belles et les plus considerables
Villes; entr'autres celle d'Ephese si celebre pour son Temple,
qui a esté une des merveilles du monde. Aux Indes tant
Oc-[210]cidentales qu'Orientales les Reines sont admises au Gouvernement;
et parmy les Lacedemoniens les femmes commandoient aux hommes.
L'histoire est si remplie de tant d'exemples fameux de ces courageuses
Heroïnes, Celle à qui la France est si redevable,
n'a-t-elle pas fait voir par sa valeur qu'il n'est rien de difficile
pour ce sexe: Les Semiramins, les Zenobies, les Thomiris, les
Judiths, les Isabelles, les Camilles n'ont-elles pas triomphé
à la teste des Conquerants. Les Illustres ont fleuri dans
ce grand Empire des Romains aussi hautement que les Cesars: Les
unes y ont esté cheries de leurs ma-[211]ris, honorées
de la Cour, adorées des Peuples; les autres par l'éclat
de leurs vertus, ont excité l'envie publique, et ressuscité
la jalousie qui est la plus grande preuve du merite. Qu'on regarde
sur les anciens registres du Capitole, où on verra cette
auguste Martia ayeule de Jule Cesar qui a ramené l'Estat
populaire sous le joug de la Monarchie, et qui avoit conservé
nonobstant cette longue suite de Consuls, cet esprit royal qui
estoit derivé d'Ancus Martius l'un des Rois de la Ville
de Rome. Julia la tante du mesme Jule Cesar mariée à
Caius Marius, qui a esté un exemple de grandeur de courage
dans les [212] afflictions de Marius son mary qu'elle supporta
avec une generosité heroïque: Aurelia la mere de Jule
Cesar estoit si digne de la Majesté Imperiale, que les
soins qu'elle prit à donner l'education à ce premier
des Empereurs luy eussent donné seance sur la poupre si
la mort ne l'eust prevenuë, pendant que Cesar faisoit la
guerre dans les Gaules. Auguste le plus sage de tous les Empereurs
suivoit les conseils de Livia dans les affaires les plus importantes
de l'Empire. Ces Illustres qui ont brillé au commencement
de l'Empire Romain comme les Astres à la naissance du monde,
et toutes les autres dont l'histoire fait une [213] si honorable
mention, font des exemples et des modeles de perfection, qui font
bien voir que les femmes sont capables d'estre élevées
à d'aussi nobles emplois que les hommes. Dans nostre florissant
Royaume le premier de l'Europe capable de satisfaire les desirs
et la curiosité de toutes les Nations qui se rencontrent
depuis la naissance de cette Monarchie, combien d'augustes, d'habiles
et de sçavantes Princesses ont donné des marques
de la beauté de leur esprit. Leurs actions mâles
et heroïques ont souvent mis la plume à la main à
ceux-là même qui ont eu le plus d'indifference pour
leur party qui nous en décou-[214]vre un tres-grand nombre
d'habiles, sçavantes dans les belles lettres: D'autres
qui ont esté adorées de Peuples par l'éclat
de leur reputation. Nos Historiens n'ignorent pas que douze de
nos Reines et deux Princesses ont gouverné l'Estat en qualité
de Regentes; et ces quatre, Adele de Champagne, Blanche de Castille,
Anne de Bretagne, Catherine de Medicis l'ont esté deux
fois, et la quatriéme quatre fois, qui fust si aimée
de ses Peuples, qu'elle a esté appellée la mere
de l'Estat. Dans nostre siecle combien d'habiles et de sçavantes
dans ce Royaume et dans toutes les parties du monde qui embe-[215]lissent
leur vie par tant d'actions heroïques et recommandables,
que les Historiens qui en écriront trouveront de quoy s'étendre
sur un si beau sujet. On sçait que dans les siecles passez
plusieurs ont écrit l'histoire des illustres sçavantes,
qui nous en citent un tres-grand nombre dont je fais voir une
petite partie sur la fin de ce traitté, qui ont écrit
et parlé si sçavamment, qu'elles faisoient honte
à de grands hommes de leur siecle. Ces veritez sont si
connuës que les femmes peuvent avoir autant d'habileté
que les hommes, en tout ce qui les rend habiles, qu'on ne peut
rien oppo-[216]ser au contraire, comme je pretens faire voir par
la suite de ce discours; et pour parler plus gravement, on sçait
que tous les Philosophes sont d'accord, que toutes les existences
ont leurs contraires, et c'est ce qui leur a fait dire, que des
choses qui sont diverses et diamétralement opposées,
les sciences et les connoissances sont semblables, et qu'on connoist
la blancheur par la noirceur, la lumiere par les tenebres, et
que comme les ombres sont connus par les corps oposés à
la lumiere, je dis que c'est par les vices, et par les défauts,
qu'on impute aux femmes, que leurs vertus et leurs perfections
sont mieux con-[217]nuës et plus relevées, et brillent
avec plus d'avantage. Leurs ennemis disent que c'est un mal, mais
un mal necessaire pour l'entretien et pour la conservation des
hommes, desquels elles sont recherchées par un instinct
propre aux animaux, et commun à toutes les brutes; et par
consequent contraire à la raison; puis que les particuliers
n'y agissent que par leur destruction, et que leur genre n'est
conservé que par les pertes des individus, et par les abolitions
de leurs especes. Ils disent que les femmes sont des erreurs de
la nature, et que le Prince des Philosophes les nomme des monstres;
et que peu [218] s'en la fallu que le divin Platon ne les ait
mises au rang des animaux irraisonnables; et que le sage Salomon
qui les a beaucoup frequentées, dit qu'il n'y en a pas
une qui soit prudente: il les a comparées aux abysmes,
où les hommes se perdent et se precipitent miserablement.:
Il dit que toutes les malices sont à supporter, excepté
celles des femmes. Ceux qui les traittent avec moins de rigueur,
les comparent aux mules et aux chevres, et font exactement convenir
leurs humeurs capricieuses aux fougues de ces extravagants animaux;
à quoy ils ajoûtent une multitude de rebus et de
proverbes autant ridicules et [219] extravaguants qu'ils sont
indignes des femmes.
Pour répondre par raison et de suitte,
à de si fortes invectives, il faut considerer l'origine
des femmes, et sçavoir, et en quoy elle differe de celle
des hommes; si elles sont formées et composées par
d'autres principes ou élémens. Sur quoy il n'y a
pas à consulter; puis que les adversaires mêmes n'ayant
rien à proposer au contraire, demeurent tous d'accord qu'ils
sont semblables, et qu'il n'y a que le plus et le moins des uns
et des autres qui en fasse la difference; et c'est ce qu'on remarque,
et qu'on connoist aussi bien aux hom-[220]mes qu'aux femmes; c'est
pourquoy, etc.
Il faut donc en chercher la difference
par leurs formes, lesquelles estant infuses dans les individus,
les font agir ou par leurs propres puissances, et sans aucuns
empeschemens de la matiere, ou par la disposition des organes
de sujets qu'elles informent. Quant aux organes ils sont generalement
semblables, et n'ont aucunes differences sensibles dans l'un ou
dans l'autre sexe. C'est pourquoy il n'y a pas sujet de s'arréter
à leurs particularitez.
Si les formes des corps qui sont substances
intelle-[221]ctuelles sont infuses dans les individus par un principe
superieur, duquel elles soient directement emanées, elles
sont sans aucun doute égales en puissance, grandeur et
mouvemens.
Car de se persuader qu'elles soient distinguées
entre elles, par ordre ou par degrez de priorité ou autrement,
même qu'elles soient differentes ou comprises sous differents
sexes, et qu'elles se multiplient d'elles-mêmes, ou entre
elles, comme font la plus-part des corps materiels; ce seroit
établir le cercle des Philosophes à une multiplication
à l'infiny des existences superieures et des inferieures,
et s'imaginer que [222] les ames et les esprits seroient imaginairement
en masculin et en feminin comme nous distinguons les choses sensibles
et materielles qui sont sous ces deux genres, ce qui seroit une
erreur bien extravagante.
Mais si comme raisonnables et mesme comme
Chrestiens, nous avoüons que le principe duquel et par lequel
les ames sont infuses dans le corps, est l'estre des estres, c'est
à dire le Dieu éternel que nous adorons, et que
nos ames soient des soufles de sa Divinité, nous les devons
necessairement concevoir égales entre elles, tant en grandeur,
force, puissance, bonté, et en tout, et el-[223]les n'auront
aucune difference entre-elles en toutes leurs actions, et ainsi
nous ne devons considerer que les moyens, les organes, ou les
instrumens par lesquels elles agissent, qui sont generalement
semblables et égaux, ou peu differens entr'eux, comme il
est dit cy-devant; et il n'y a pas plus de difference d'un sexe
à l'autre, qu'il y en a souvent entre les individus en
chacun sexe; c'est pourquoy on peut avec autant de raison que
de verité, dire qu'ils sont égaux en tout, et ainsi
nous n'en devons considerer que les differences dans les effets,
et par les actions generales et particulieres.
[224] Mais parce que les adversaires establissent
tout leur fondement, et tirent leurs plus forts raisonnemens des
differences qui sont, ou qu'ils disent estre aux formes des organes,
et des instrumens, et tous les mouvemens differents qui se rencontrent
ou qui sont entre les deux sexes; Je leur répons, comme
c'est une necessité qu'il y ait quelque dissemblance, à
cause qu'ils sont destinés par la nature à differens
effets pour l'entretien et conservation des especes, que cela
ne fait rien pour les actions qui dependent de la volonté.
Les facultez de l'ame de l'un et de l'autre sexe étant
toutes égales; autrement les ames [225] et les esprits
seroient dissemblables, contre ce qui est demontré cy-devant;
et quant à ce que les adversaires disent que les ventricules,
les sutures des testes, et cerveaux feminins sont plus petits,
et plus serrez que ceux des mâles, et qu'ils se remplissent
par consequent plus facilement et sans presque aucune évaporation
des humeurs acres, fuligineuses et mordiquantes, qui piquent plus
promptement et plus violamment les nerfs et les membranes des
femmes, à raison des étressissemens et compressions
des sutures capitalles et coronalles, et que c'est ce qui les
transporte si souvent aux mouvemens fan-[226]tasques et precipitez,
ausquels on les voit presque toûjours; Je répons
que tant s'en faut que cela soit prejudiciable à leur sexe,
que c'est ce qui les releve de beaucoup au-dessus de celuy des
hommes, desquels les esprits et humeurs estant sans comparaison
plus pesantes, sont tres-difficilement muës et agitées;
et qui est celuy qui ignore que les plus parfaites quintes essences
soient celles qui s'évaporent le plus promptement et qui
ne se perdent et s'évanoüissent presque en un instant
dans les airs, si les vases et les vaisseaux qui les contiennent
ne sont étroitement fermez; et que c'est par cette raison,
[227] que la sage et tres-prudente nature, a ainsi comprimé
et resserré tant les ventricules que les sutures des testes
des femmes, et principalement les coronalles; et ne sçait-on
pas aussi que tous les composez sont d'autant plus excellents
que toutes leurs parties agissent avec plus de promptitude, et
que les machines sont d'autant plus admirables que les parties
qui les composent ont entr'elles de plus grandes velocitez, et
queleurs ressorts ont plus de promptitude; et qu'au contraire
tous les composez, soit naturels ou artificiels, sont d'autant
moins estimables par leurs effets ou actions, que leurs parties
agissent plus [228] lentement; c'est ce qui est bien connu de
tous les Geometres, et que les Philosophes remarquent en divers
animaux et principalement aux Asnes et aux Buffles, et aux Boeufs,
lesquels pour avoir de grosses testes, n'en ont pas plus de cervelles
ny plus d'esprit. Que les hommes se vantent donc tant qu'ils voudront,
et qu'ils fassent gloire de la grandeur de leurs corps et de la
grosseur de leurs testes, cela leur est commun avec de tres-stupides
animaux, et de tres-grosses et lourdes bestes; il est donc certain,
generalement parlant; que les femmes ont plus de vivacité
d'esprit que les hommes; ce qui se mani-[229]feste dans toutes
les rencontres de la vie où elles sont employées:
c'est ce que les plus excellens politiques, les naturalistes,
et les legislateurs ont tres-bien connu, ayant parlé des
femmes dans leurs loix d'une maniere tres-avantageuse; et de plus
la nature qui est plus équitable, ne fait elle pas voir
par le plus parfait et le plus admirable de ses ouvrages, qui
est la femme, qu'elle y a travaillé avec beaucoup de soin,
puis qu'elle employe plus de temps à faire une fille qu'un
garçon, parce qu'il faut plus de temps à faire un
ouvrage plus parfait qu'un qui l'est moins, et c'est pour cette
raison que les masles vivent à [230] cinq, et sept mois
aussi bien qu'à neuf; mais la nature a besoin de neuf mois
tous entiers pour achever son chef-d'oeuvre qui est la femme,
et c'est aussi par cette admirable creature que Dieu a finy son
ouvrage, ou l'oeuvre de ses mains comme dit l'Ecriture, en ayant
parlé cy-devant.
Il est constant que les femmes ont un plus
grand partage des dons du Ciel et de la nature que les hommes:
elles ont plus de pieté, elles sont plus fidelles dans
leurs promesses, plus constantes et plus fortes en ce qu'elles
aiment; elles surpassent de beaucoup les hommes en beautez, et
en toutes perfections; ce qui est suffisam-[231]ment prouvé,
tant par les authoritez des plus habiles, et des plus galants
hommes, que par toutes les raisons dites cy-devant, et ainsi elles
n'ont qu'à en combattre les plus stupides et les plus grossieres.
Tout ce qui est dit cy-devant sur le sujet
des hommes et des femmes, et de leurs differences, tant generales
que particulieres; leurs divers effets à raison de quelque
dissemblance remarquées entre les deux especes, et entre
les particuliers; et apres avoir montré la substance des
genres et des especes par la perte des individus, et par leur
rétablissement. Et apres avoir dé-[232]montré
et prouvé le tout par raison et par bonnes authoritez,
il reste à répondre aux invectives de Platon, d'Aristote
et de Salomon; et pour y parvenir, je dis que toutes les Histoires
nous apprennent que Platon, et Aristote ont étez extrémement
haïs, non seulement de toutes les belles et plus spirituelles
femmes, mais même de celles qui ne l'étoient que
mediocrement. Car Platon étoit ainsi nommé, à
cause qu'il avoit les épaules trois ou quatre fois plus
larges que l'ordinaire des autres hommes. Il étoit haut
et vouté, et avoit les membres excessivement grands et
gros; de sorte qu'il etoit tres-fort, et ainsi il rem-[233]porta
plusieurs fois le prix de la luite aux jeux Olimpiques. Il étoit
effroyable à voir; il avoit la tête fort large, les
joües grosses, les yeux et le nez gros, larges; il ressembloit
plustost à un Ciclope, ou à quelque lourd, ou puissant
porte-faix, qu'à un honneste homme, ou à un grand
Philosophe. C'est pourquoy il ne se faut pas étonner s'il
étoit hay des femmes jusqu'au point qu'elles ne le pouvoient
regarder sans horreur, et ainsi il ne voyoit point de femmes,
parce qu'elles ne le pouvoient voir ny regarder, comme il est
dit; donc il ne faut pas s'étonner si en quelques endroits
de ses oeuvres il y a [234] mal traitté les femmes; il
a dit assez d'autres impertinences touchant divers excellents
sujets, comme chacun sçait; il n'est pas necessaire de
les repeter icy, c'est pourquoy, etc.
Quant à son disciple Aristote, qui
étoit fils d'un Medecin, il est certain qu'il est le Prince
des Philosophes, et qu'il a été un des plus rares
et des plus excellens hommes du monde pour l'esprit, mais pour
son corps il étoit tres-diforme; car il étoit de
tres-petite taille, étant boiteux, bossu, et avoit les
jambes tortuës, et les bras courts et tres disproportionnés
en toutes les parties de son corps, et de plus il étoit
begue et tres-[235]laid de visage, c'est pourquoy il étoit
rebuté de toutes les femmes, et c'est de quoy on ne se
doit étonner; car on sçait bien que pour en estre
aimé, qu'il faut estre ou bien fait, ou au moins n'estre
pas difforme. Il est donc à considerer que toutes ces raisons
ont fait le sujet de invectives que ces Philosophes ont fait injustement
contre les femmes. Il n'y a dont aucun sujet de s'étonner,
puis que non seulement n'ayant pas été aimés
des femmes, ils en ont été souvent mocquez, méprisez
et tres-mal traitez, ont écrit diverses choses contre elles,
lesquelles toutesfois ils ont retractées lors qu'ils ont
été hors des violences de [236] leurs passions,
comme on voit dans la suite de leurs oeuvres.
Quant à Salomon, il n'y a pas sujet
de s'étonner que celuy qui a tant abusé de la sagesse
de Dieu, ait aussi mal parlé du chef d'oeuvre de sa Divinité
qui est la femme, et il faut avoüer que la nature humaine
étoit tres-perverse en luy, puis qu'il n'a employé
qu'à son détriment et à son dommage, ce qui
luy devoit servir à sa gloire et à son salut: ainsi
il ne faut faire aucun fondement sur ce qu'il a dit contre les
femmes. Il me seroit impossible, à moins que de faire plusieurs
tres-grands et tres-gros volumes, de rapporter icy les noms des
vertueuses, des prudentes, des [237] genereuses et tres-sçavantes
femmes, qui ont brillé avec admiration dans leur siecle,
et qui par leur vie ont embelly les livres des plus graves et
des plus celebres Autheurs, qui en ont traité dans l'histoire;
c'est pourquoy je termineray ce discours, par les noms de quelques-unes
que j'ay estimé des principales pour la science et les
belles lettres.