Résumé - Traduction - Choix bibliographique
Dernière
fille de saint Louis et de Marguerite de Provence, Agnès
de France, née vers 1265, épouse Robert II, duc
de Bourgogne, en 1279. Elle en a neuf enfants: Jean, Hugues (futur
duc de Bourgogne), Eudes (son successeur), Louis de Bourgogne
(roi de Thessalonique, prince d'Achaïe et de Morée),
Robert (comte de Tonnerre), Blanche (épouse d'Edouard,
comte de Savoie), Marguerite (épouse de Louis X, roi de
France), Jeanne (épouse de Philippe VI de Valois) et Marie
de Bourgogne (mariée à Edouard, comte de Bar). À
la mort de son époux, en 1306, Agnès devient régente
du duché et exerce la tutelle de ses enfants. L'héritier,
le futur Hugues V, n'a que douze ans. La duchesse négocie
alors les noces de ses filles avec les plus beaux partis possibles:
elle obtient notamment le mariage de Marguerite avec le fils aîné
de Philippe le Bel et, en 1313, la promesse d'unir Jeanne à
Philippe, neveu du roi de France (futur Philippe VI). Lors de
sa régence, Agnès applique avec une extrême
rigueur l'ordonnance royale concernant les biens des juifs, qu'elle
fait saisir et inventorier, alors que son époux Robert
avait refusé de la mettre en pratique; son fils, le duc
Hugues V, s'engagera dans son testament à faire restituer
certains de ces biens.
La
duchesse négocie aussi âprement avec son fils pour
s'assurer la moitié des acquêts réalisés
par son époux durant leur mariage ainsi que son douaire
dans toute son étendue. Elle lui réclame les dix
mille livres qui formaient sa dot et les revenus des fonds de
son douaire. En 1315, Eudes IV succède à son frère
à la tête du duché, mais Agnès participe
toujours activement aux décisions de son gouvernement,
en particulier en ce qui concerne le problème de la succession
au trône de France. La duchesse douairière de Bourgogne,
dernière des enfants de saint Louis à avoir survécu,
tente alors de faire jouer toute son influence en faveur de sa
petite-fille, Jeanne de France, fille de Marguerite, celle-ci
ayant été emprisonnée avec ses cousines en
1314, suite à «l'affaire des brus de Philippe le
Bel». À la mort du roi Louis X le Hutin, en
1316, Agnès demande la tutelle de sa petite-fille, désormais
orpheline de ses deux parents et héritière du trône
de France. Quelques mois plus tard, toutefois, son oncle Philippe
de Poitiers s'en empare (Philippe V, dit Le Long). Agnès
tente de soulever la noblesse de Champagne, avant de s'incliner,
non sans soutenir activement le compromis trouvé: l'affectation
de la Navarre à Jeanne, pour prix de sa renonciation au
trône de France. Elle-même reçoit à
l'occasion l'érection du comté d'Angoulême
en duché-pairie au profit de sa petite-fille (c'est-à-dire
dans un premier temps pour elle-même), une première
dans l'histoire de cette institution.
Agnès
paraît avoir attaché une grande importance à
la mémoire de son père Louis IX: elle possède
son psautier, qu'elle transmet ensuite à sa fille Jeanne.
Elle fonde une chapelle Saint-Louis en l'église de la Sainte-Chapelle
de Dijon et y fait dire une messe chaque année. Agnès
meurt le 19 décembre 1325: elle est inhumée à
Cîteaux auprès de son époux.
Plus
que son rôle de régente du duché de Bourgogne,
c'est l'intervention de la duchesse en faveur de Jeanne de France
qui a retenu l'attention, celle des chroniqueurs, puis celle des
historiens, notamment celle de Paul Lehugeur dans ses écrits
sur le règne de Philippe V.
Agnes of France, youngest daughter of King Louis IX (Saint Louis) and Marguerite of Provence, born around 1265, married Robert II, Duke of Burgundy in 1279. She had nine children: Jean, Hugues (future Duke of Burgundy), Eudes (his successor), Louis of Burgundy (King of Thessalonica, Prince of Achaia and Moree), Robert (count of Tonnerre), Blanche (wife of Edouard, count of Savoy), Marguerite (wife of King Louis X of France), Jeanne (wife of Philip VI of Valois) and Marie of Burgundy (married to Edouard, count of Bar). At the death of her husband in 1306, Agnes became regent of the duchy and was given control of her children. The heir, the future Hugues V, was only twelve years old. The duchess then negotiated the best possible matches for her daughters' marriages: in particular, she arranged the marriage of Marguerite to the oldest son of Philip the Fair, and in 1313 the union of Jeanne and Philip, the nephew of the King of France (the future Philip VI). During her regency, Agnes very strictly applied the royal edict concerning the assets of Jews, which she had seized and inventoried, whereas her husband Robert had refused to carry out the order. In his will, her son, Duke Hughes V, promised to return some of these possessions.
The duchess also negotiated tooth and nail with her son to ensure that she would receive half of the acquisitions that her husband had made during their marriage, as well as her dower in its entirety. She insisted on recuperating both the ten thousand livres from her dowry and the income generated from her dower. In 1315, Eudes IV succeeded his brother at the head of the duchy, but Agnes continued to participate actively in political decision-making, especially regarding the issue of the succession of the king of France. The Dowager of Burgundy, the last of Saint Louis' surviving children, then tried to use all her influence in support of her granddaughter, Jeanne of France, Marguerite's daughter, who in 1314 had been imprisoned with her cousins following the "scandal of Philip the Fair's daughters-in law". When Louis X ("the Quarrelsome") died in 1316, Agnes demanded the guardianship of her granddaughter, who had lost both her parents and was heiress to the French throne. However, several months later her uncle, Philip of Poitiers (Philip V, known as the Tall) seized power. Before giving in, Agnes tried to rally the nobility of Champagne, then actively supported the compromise which was reached: the attribution of Navarre to Jeanne, in compensation for the renouncement of her right to the French throne. Agnes even initially profited from the transformation of the county of Angoulême into a duchy-peerage for her grand-daughter's benefit, a first in the history of that institution.
Agnes seems to have attached great importance to the memory of her father, Louis IX: she owned his Psalter, which she then passed down to her daughter Jeanne. She founded the chapel of Saint-Louis in the Sainte-Chapelle in Dijon and had a mass performed there every year. Agnes died on 19 December 1325, and was buried next to her husband in Cîteaux.
First chroniclers and then historians, especially Paul Lehugeur in his writings on the reign of Philip V, have emphasized Agnes' intervention in favour of Jeanne of France, rather than the role she played as regent of the duchy of Burgundy.(traduction de Michelle Sommers)
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Lehugeur, Paul, Histoire de Philippe le Long, roi de France
(1316-1322), Paris, Hachette, 1897.
- Petit, Ernest, Comptes de Volnay en 1316 pour la duchesse
douairière de Bourgogne Agnès de France, fille de
saint Louis, Paris, Imprimerie nationale, 1902, (extrait du
Bulletin historique et philologique, 1901).
- Petit, Ernest, Histoire des ducs de Bourgogne de la race
capétienne, VI-VII, Paris, Lechevalier, 1885-1905.
- Plancher (Dom), Histoire générale et particulière
de Bourgogne, II, Dijon, imp. de A. de Fay, 1761.
- Viollet, Paul, Comment les femmes ont été exclues
en France de la succession à la couronne, Paris, Klincksieck,
1893 [Extrait des Mémoires de l'Académie des
sciences, inscriptions et belles lettres, 34, 1894, p.125-178].
Anne-Hélène
Allirot, 2004.