Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Jugements
Enfant posthume de Charles Ier d'Amboise
et de Catherine de Chauvigny, Catherine d'Amboise est issue de
cette importante famille de Touraine qui compte de si nombreux
mécènes sous le règne de Louis XII. Mariée
très jeune à Christophe de Tournon, sieur de Beauchastel,
chambellan de Charles VIII, dont elle a un enfant qui ne survit
pas, elle est veuve à 17 ans et se remarie, en 1501, avec
Philibert de Beaujeu, seigneur de Lignières, qui meurt
en 1541. À plus de soixante ans, elle contracte un troisième
mariage avec Louis de Clèves, comte d'Auxerre, qui la laisse
à nouveau veuve en 1545. La mort de son frère, Charles
Chaumont d'Amboise, en 1511, puis celle de son neveu, Georges
II d'Amboise, à Pavie en 1525, la font héritière
de la seigneurie de Chaumont et également d'une partie
de la bibliothèque du grand prélat humaniste Georges
d'Amboise. Elle prend alors sous sa protection le fils naturel
de Chaumont d'Amboise, le poète Michel d'Amboise, qui lui
dédiera La penthaire de l'Esclave fortuné
(1530).
Tout comme Anne de Graville, belle-soeur
de son frère Charles, Catherine d'Amboise laisse des oeuvres
manuscrites attestant le rôle culturel des grandes dames
de l'aristocratie à l'aube de la Renaissance. C'est en
Berry, dans le château de Lignières, où avait
grandi Jeanne de France, qu'elle compose des traités didactiques
et des poésies religieuses. Les deuils qui l'ont frappée
très jeune, les traverses dans la destinée d'une
famille placée au sommet du royaume, sont à l'origine
de son premier essai littéraire en 1509 ; Le Livre des
prudens et imprudens des siecles passés est un long
traité en prose rassemblant, à la manière
du De casibus virorum illustrium de Boccace, les destinées
de ceux et de celles qui, depuis Adam jusqu'à Charlemagne,
illustrent les conséquences du vice et le pouvoir de Prudence.
Pour chacun des douze livres, ont été retenues six
histoires, tirées, entre autres, de l'Ancien Testament,
de Boccace, de Vincent de Beauvais, de La Mer des histoires
d'Orose ou des Histoires romaines. Catherine ne masque
pas ses dettes à l'égard d'une littérature
riche en exempla, mais également à l'égard
des Chroniques qui fondent l'idéal de l'aristocratie. Le
recueil, tout en proposant un miroir de vertus, dans la tradition
des grandes compilations historiques et didactiques, fait écho
à cet humanisme aristocratique dont le cardinal d'Amboise
fut un des plus illustres représentants. Voisinent alors
avec les grandes figures de l'histoire profane et sacrée,
Cicéron, Virgile et Boèce qui a «repandu les
sciences en traduisant Aristote».
Le déclin de la maison d'Amboise,
après le décès du cardinal, en 1510, puis
de Charles Chaumont d'Amboise et de son fils Georges, accentue
la prédilection de Catherine pour Boèce. Dans La
Complaincte de la dame pasmée contre Fortune, récit
allégorique en prose, l'auteure qui, ici, reste anonyme
apparaît à la fois comme narratrice et actrice: terrassée
par de nouveaux malheurs, elle reçoit la visite de Raison
qui l'engage à méditer sur les misères de
ce monde, pour finalement trouver le chemin du «parc d'Amour
divin», où réside Dame Patience. La réflexion
sur l'inconstance de la Fortune, inspirée par Sénèque
et par le livre De la consolation de Boèce, devient
méditation religieuse qui permet finalement de détrôner
celle dont les «idolâtres» ont fait une déesse.
Les malheurs du monde ne sont que le difficile mais bref passage
conduisant vers la félicité éternelle. Cette
pérégrination mystique, qui s'achève sur
une vision du Christ en croix, annonce la dernière oeuvre
connue de Catherine d'Amboise: Les devotes epistres. Dans
ces poésies écrites et signées de son château
de Lignières, et contenant une Epistre à Jesus
Christ, une Epistre à la Vierge, suivie d'un
Chant Royal et d'une Epistre de Jesus Christ, l'influence
de la littérature pénitentielle n'efface pas la
culture antiquisante: pour louer la Vierge, Catherine invoque
les anges, Judith, Ester et Rachel mais aussi les Muses, Amphion,
Orphée et Apollon.
Catherine d'Amboise est absente de l'histoire
littéraire. À la fin du XVIe siècle, Les
Bibliothèques de La Croix du Maine et de Du Verdier
l'ignorent. L'abbé Goujet, au XVIIIe siècle, retient
son nom parce qu'elle est la tante de Michel d'Amboise. Grâce
à l'édition de ses Epistres, au XIXe siècle,
des études consacrées aux poètes chrétiens
(La Maynardière, A. Müller) lui accordent une brève
mention. Ce n'est que tout récemment que l'intérêt
s'est porté sur l'ensemble de son oeuvre.
Posthumous daughter of Charles I d'Amboise and Catherine de Chauvigny, Catherine d'Amboise was born into one of the foremost families of Touraine, which produced many patrons of the arts in the reign of Louis XII. Catherine was married extremely young to Christophe de Tournon, sieur de Beauchastel, Charles VIII's chamberlain. She bore him a child who died shortly after birth, and was widowed by the age of seventeen. In 1501, she married Philibert de Beaujeu, seigneur de Lignières, who died in 1541. She was over sixty when she married her third husband, Louis de Clèves, comte d'Auxerre, who left her a widow again in 1545. The deaths of her brother Charles Chaumont d'Amboise in 1511 and her nephew Georges II d'Amboise in Pavia in 1525 meant that she inherited the domain of Chaumont and part of the library of the great humanist prelate Georges d'Amboise. She took under her protection the illegitimate son of Chaumont d'Amboise, the poet Michel d'Amboise, who later dedicated his La penthaire de l'Esclave fortuné to her (1530).
Like Anne de Graville, her brother Charles's sister-in-law, Catherine d'Amboise left handwritten works that reflect the important cultural role played by women in the upper echelons of the aristocracy at the dawn of the Renaissance. It was in the Berry region, in the Château de Lignières, where Jeanne de France grew up, that Catherine wrote her didactic treatises and religious poems. The early loss of her husband and child and the reversals of fortune of her family at the very heart of the kingdom prompted her, in 1509, to write her first literary essay entitled Le Livre des prudens et imprudens des siècles passés. Like Boccaccio's De Casibus Virorum Illustrium, this long prose treatise examined the fortunes of men and women, from Adam to Charlemagne, who were examples of the danger of vice and the power of Prudence. Each of the twelve books contains six stories, taken from, among other sources, the Old Testament, Boccaccio, Vincent de Beauvais, the Mer des Histoires by Orosius, and the Roman Histories. Catherine acknowledged her debt to the literature of exempla as well as to the Chronicles, which transmitted the ideals of the aristocracy. The collection, while proposing a mirror of virtues in the tradition of the great historical and didactic compilations, also echoed the tradition of aristocratic humanism as embodied by Cardinal d'Amboise. Alongside great figures of both sacred and secular history, the work included Cicero, Virgil, and Boethius who "spread science by translating Aristotle".
The decline in the influence of the House of Amboise after the deaths of the cardinal in 1510 then Charles Chaumont d'Amboise and his son Georges, heightened Catherine's special affinity for Boethius. In La Complaincte de la dame pasmée contre Fortune, a prose allegory, the author-who in this work remains nameless-is both narrator and character. Afflicted once again by misfortune, she is visited by Reason, who persuades her to meditate on the hardships of this mortal world, before setting her on the path to "the garden of Divine Love" where Dame Patience resides. Reflections on the fickleness of Fortune, inspired by Seneca and Boethius's Consolation of Philosophy, give rise to a religious meditation that finally allows her to bring Fortune down from the false throne set up by idolaters. The hardships of the world are but a brief, difficult passage on the path to eternal happiness. This mystical pilgrimage, which finishes with a vision of Christ on the cross, adumbrates Catherine d'Amboise's last known work, Les devotes epistres. These poems, composed in the Château de Lignières, include an Epistle to Jesus Christ and an Epistle to the Virgin, followed by a Royal Song and Epistle from Jesus Christ. The influence of the tradition of penitential literature does not entirely exclude references to antiquity: for instance, to praise the Virgin, Catherine calls on not only the angels, Judith, Esther, and Rachel, but also the Muses, Amphion, Orpheus, and Apollo.
Catherine d'Amboise has largely been ignored by literary history. In the late XVIth century, La Croix du Maine and Du Verdier left her out of Les Bibliothèques. In the XVIIIth century, Abbé Goujet mentioned her only as the aunt of Michel d'Amboise. The publication of her Epistres in the XIXth century brought her a few brief paragraphs in studies on Christian poets, such as those by La Maynardière and A. Müller. Only in recent years has her entire production begun to attract critical interest.
(traduction de Susan Pickford)
OEUVRES
- 1509 : Le livre des prudens et imprudens des siecles
passés, inédit.
- 1525-30? : La complaincte de la dame pasmée contre
fortune, inédit.
- 1545? : Les devotes epistres. Les devotes epistres
de Katherine d'Amboise. Éd. Abbé J.-J. Bourassé,
Tours, Imprimerie A. Mame,1861 -- Les devotes epistres.
Éd. Yves Giraud, Fribourg (Suisse), Éditions Universitaires,
2002.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Anselme P., continué par M. du Fourny. Histoire
généalogique, et chronologique de la maison royale
de France, t. VII. Paris, 1733, p.119-129.
- Balteau, J. et M. Barroux (dir.). Dictionnaire de biographie
française, t 2. Paris, 1933, p.486.
- Berriot-Salvadore, E. Les femmes dans la société
française de la Renaissance. Genève, Droz, 1990,
p.417-420.
- Orth, Myra Dickman. «Dedicating Women: Manuscript Culture
in the French Renaissance, and the Cases of Catherine d'Amboise
and Anne de Graville». Journal of the Early Book Society,
Éd. Martha W. Driver, vol.I, 1, 1997, p.17-39.
- Souchal, Geneviève. «Le mécénat de
la famille d'Amboise». Bulletin de la Société
des Antiquaires de l'Ouest. 3e trimestre de 1976, 4e série,
t.XIII, p.485-526; 4e trimestre de 1976, 4e série, t.XIII,
p.567-612.
Evelyne Berriot-Salvadore, 2003.
JUGEMENTS
- «...une qui na seconde
En rhetoricque ny aussi en faconde
Une sans pere : de bonte et de grace
Qui toutes dames de doulceur et lotz passe
Qui est pudicque plus que ne fut Lucresse
Plus que Judith remplye de gentillesse
Une qui na au monde sa semblable/ Qui est piteuse, debonnaire,
amiable
Qui ayme dieu et liberalite
[...]
Celle qui a beaucoup plus de science
Que neut jadis lytavienne hortense...» (Michel d'Amboise,
Les complainctes de lesclave fortune, Paris, Jehan Sainct
Denis, 1529, fol.XXV).