Résumé -
Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique
- Choix de liens - Jugements
On sait peu de
choses de la famille, de l’enfance et de l’éducation d’Isabella Andreini,
l’une des actrices, poétesses et dramaturges les plus connues de la
Renaissance. Elle est née en 1562 à Padoue, d’un père d’origine vénitienne,
Paolo Canali. Probablement à l’âge de quinze ans, elle commence sa carrière
en tant que comédienne auprès de la troupe Comici
Gelosi, où elle rencontre l’acteur Francesco Andreini qu’elle épouse
en 1578. Le couple aura sept enfants, dont Giovan Battista Andreini, qui suivra
le chemin de ses parents en tant que comédien et dramaturge. Isabella Andreini
est très vite identifiée à son rôle de «prima donna innamorata», au point
que son nom seul évoque le personnage de la jeune amoureuse. En 1583, elle et
son mari sont nommés directeurs de la troupe des Comici
Gelosi.
I
P
L
- ap. 1580-1604 : Lettere
della signora Isabella Andreini, Venise, M.A. Zaltieri, 1607 -- éd. Giovan Battista Combi, Venise, 1647.
- 1588 : Mirtilla
pastorale (pastorale en 5 actes),Vérone, S. Dalle Donne et C.
Franceschini -- ed. Maria Luisa Doglio, Lucca, Maria Pacini Fazzi Editore, 1995.
- 1588 ? : Epitalamio
nelle nozze de l’illustrissimi don Michele Peretti e donna Margherita Somaglia,
s.l., s.d.
- 1589 : La
Pazzia di Isabella (comédie perdue) Palazzo Vecchio à Florence, 13 mai
1589 (une description de cette pièce se trouve in: Flaminio Scala, Il
Teatro delle favole rappresentative, éd Ferruccio Marotti, Milan, Edizioni
Il Polifilo, Appendice II).
- 1601 : Rime,
Milan, Girolamo Bordone et Pietromartire Locarni compagni -- éd. Antonio Bulifon, Naples, 1696.
- Fragmenti
di alcune scritture, éd. Flaminio
Scala, Venise, G. B. Campi, 1617 (dialogues fictifs
entre des personnages de l'histoire et de la mythologie gréco-romaine,
notamment sur l’amour et sur le théâtre; les textes paraissent avoir été
écrits à partir de 1590; ils ont été réunis par son mari après sa mort) --
éd. Giovan Battista Combi
(voir supra).
- De’Angelis,
Francesca Romana, La Divina Isabella.Vita
straordinaria di una donna del Cinquecento, Florence, Sansoni Editore, 1991
(cette oeuvre contient des informations intéressantes et précieuses sur la vie
d’Isabella Andreini. Toutefois on pourrait lui reprocher dans certains
passages un manque d’objectivité).
- Decroisette Françoise, «La première
‘Divine’: Isabella Andreini ou l’invention d’un rôle», dans Au
théâtre, au cinéma, au féminin, Mireille Calle-Gruber et Hélène Cixous,
Paris, L’Harmattan, 2001, p.193-215.
- MacNeil, Anne, «The
divine madness of Isabella Andreini», Journal of the Royal Musical Association, Oxford, Oxford
University Press, 1995, 120, p.195-215.
- Marotti Ferruccio et Giovanna Romei,
La Commedia dell’arte e la società
barocca. La
professione del teatro,
Rome, Bulzoni editore, 1991, 1994.
- Panizza, Letizia et
Sharon Wood (éd.), A History of Women’s
Writing in Italy, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.
- Fin du 16e s.: Ecole franco-flamande, Scène de la comédie italienne
avec Isabelle Andreini et la troupe des Gelosi (huile sur bois), Paris, musée
Carnavalet (inv.P.628).
- Other
Women’s Voices. Translations of women’s writings before 1700 (extraits
de plusieurs oeuvres) :
-
A la Seignora Isabella Andreini
O siècle bien heureux,
qui jouit favorable
Du bien, par qui nos maux
tous les jours sont distraits,
Dont la bouche & les
yeux jettent de si doux traits;
Que qui moins les ressent
est le plus misérable.
Le renom
d'Isabelle errant inévitable
Nous peut ravir le sens de
loin comme de près;
Bref on ne saurait voir,
touché de ses attraits
Rien de plus admiré, ni
de plus admirable.
C'est une
autre Sapho, qui peut avec ses vers,
Donner lustre à son sexe,
enflammer l'univers,
Et faire écrire Amour des
plumes de son aile.
Donc, esprits que Daphné
couronne de ses bras,
Afin de vivre au monde
affranchis du trépas
Pour oracle & pour
muse invoquéz ISABELLE.
(Siméon-Guillaume
de La Roque (1603-1609), cité dans François et Claude Parfaict, Histoire
de l'ancien théâtre italien depuis son origine en France, jusqu'à sa
suppression en l'année 1697, Paris, Rozet, 1767)
- «La graziosa Isabella,
decoro delle scene, ornamento de’Teatri, spettacolo superbo non meno di virtù
che di bellezza, ha illustrato ancor lei questa professione in modo che, mentre
il mondo durarà, mentre staranno i secoli, mentre avran vita gli ordini e i
tempi, ogni voce, ogni lingua, ogni grido risuonarà il celebre nome d’Isabella.»
(Tommaso Garzoni da Bagnacavallo, De’ comici e tragedi così auttori come recitatori, cioè de gli
istrioni [1585], cité par Ferruccio Marotti et Giovanna Romei, op.cit., p.12) [La charmante Isabelle, merveille de la scène,
ornement des théâtres, spectacle superbe non seulement par sa beauté, mais également
par sa vertu, a illustré ce métier de telle façon que tant que le monde
durera, tant que les siècles s’ensuivront, tant que l’ordre et le temps
persistent, chaque voix, chaque langue, chaque cris fera retentir le célèbre
nom d’Isabelle. (Traduction V. Denzel)]
- «Nel
giorno, che sublime in bassi manti
Isabella imitava alto
furore;
Estolta con angelici sembianti
Ebbe del senno altrui
gloria maggiore;
Alhor
saggia tra ‘l suon, saggia tra i canti
non mosse piè, che non sorgesse Amore,
Né voce aprì, che non crease amanti,
Né riso fè, che non beasse un core.
Chi fu quel giorno a
rimirar felice
Di tutt’altro quaggiù cesse il
desio,
Che sua vita per sempre ebbe serena.
O di Scena dolcissima
Sirena,
O de’Teatri Italici Fenice,
O tra Coturni insuperabil Clio.»
(Gabriello Chiabrera,
Sonetto CLXXI [vers 1601], in Isabella Andreini, Rime d’Isabella Andreini comica gelosa intenta detta l’Accesa,
Naples, Presso Antonio Bulifon, 1696, p.213.) [“The
day on which, sublime in lowly cloaks, / Isabella imitated high madness; / And
exalted with angelic features / Had greater glory from the wisdom of others; //
Then, wise among the sound, wise among the songs, / She did not move a foot that
did not bring forth Amore. / Nor lifted voice that did not create lovers, / Nor
made a smile that did not delight a heart. // Whoever was that day to gaze
happily, / For all else of this world desire ceased, / That his life forever was
serene. // O! of the stage sweetest Siren, / O! of Italian theatres the Fenice,
/ O! among Thespians unsurpassable Clio” (Traduction Anne MacNeil, op.cit., p.195.)]
- «Nae
tu mihi animo defectum Naturae supples, Andreinia, virilis gloriae non capax
tantum sed consors: imo tu sexum linquens, ipso virtutis nisu in virum te
transformas. Quod si a viro virtus
dicenda, felicior tu viro, quae mulier fructum virtutis proceas: si vero a
virtute vir, tibi praemium melioris nominis debetur, quae munia melioris nominis,
viri inquam, obis. Vir igitur es.» (Ericius
Puteanus, lettre à Isabella Andreini, 9 nov. 1601, Milan, cité dans MacNeil,
voir supra, Choix bibliographique, p.207-208) [Truly in my opinion you
supply a defect of Nature, Andreina, who are not only capable of male glory but
in fact an equal partner in it. Nay more, abandoning your own sex, you transform
yourself by the labour of virtue into a man. Now if the word virtue derives from
the word man, then you are more fruitful than a man, you who, though a woman,
bring forth the fruit of virtue. But if the word man derives from the word
virtue, then the reward of the better name, I mean the name of man, is due to
you who perform the offices belonging to the better name. Therefore you are a
man. (traduction MacNeil)]
- «Je ne crois point
qu’Isabelle
Soit une femme mortelle,
C’est plustost quelqu’un des
Dieux
Qui s’est desguisé en femme,
Afin de nous ravir l’âme
Par l’oreille, et par les yeux.
Se peut-il trouver au
monde
Quelqu’autre humaine faconde
Qui la sienne ose esgaller?
Se peut-il dans le Ciel mesme
Trouver de plus douce cresme
Que celle de son parer?
Mais outre ce qu’elle
attire
Toute âme par son bien dire:
Combien d’attraits et d’amours
Et d’autres grâces célestes,
Soit au visage, ou aux gestes,
Accompagnent ses discours?
Divin esprit, dont la
France
Adorera l’excellence
Mille ans après ton trespas,
(Paris vaut bien l’Italie),
L’assistance te supplie
Que tu ne t’en ailles pas.»
(Isaac Du Ryer, «À
Isabella Andreini» [vers 1604], in Frédéric Lachèvre, Un Émule inconnu au début du XVIIe siècle de Marthurin Régnier:
Isaac Du Ryer (1568?-1634), Paris,
Librairie Historique Margraff, 1943, p.119-120.)
- «Ma se della felice
memoria della mia studiosa madre non io, ma altri parlar volesse, non direbbe
che ‘n Roma fu non solo dipinta, ma coronata d’alloro in simulacro colorato
fra ‘l Tasso e ‘l Petrarca, alor che, doppo una mensa fattale
dall’Illustrissimo e Reverendissimo Cardinal Cinzio Aldobrandini, dov’erano
per commensali sei Cardinali saputissimi, il Tasso, il Cavalier de’ Pazzi,
l’Ongaro ed altri poeti preclari, sonettando e scrivendo improvisi, la stessa,
doppo il Tasso, ne portò il primo vanto? Dia credito a questa doppo la sua
morte in Lione l’essersi formate a memoria di lei medaglie grandi di bronzo,
d’argento e d’oro, dall’una parte con l’imagine di Isabella Andreini,
dall’altra una Fama con due trombe. Ed ogni giorno, pellegrine genti non solo
da così famosa città passando vanno (mercé loro) ad onorar il sepolcro di
quella con preghiere e celebrarla con lodi, ma cercano di quelle medaglie
possedere.» (Giovan Battista Andreini, La
Ferza. Ragionamento Secondo. Contra l’Accuse Date Alla Commedia [1625],
cité par Ferruccio Marotti et Giovanna Romei (éd.), op.
cit., p.521) [Mais si quelqu’un d’autre souhaiterait parler à ma place
de la réputation heureuse de ma mère érudite, ne raconterait-il pas que
lorsqu’elle fut invitée auprès du très illustre Monseigneur le cardinal
Cinzio Aldobrandini, chez lequel se trouvaient également six doctes Cardinaux,
le Tasse, le Chevalier de’ Pazzi, l’Ongaro et d‘autres poètes réputés,
qu’elle fut non seulement dépeinte, mais également couronnée dans un
simulacre coloré avec un laurier parmi Pétrarque et le Tasse, et qu’après
avoir composé des sonnets et des écrits improvisés, elle remporta, après le
Tasse, le premier prix? Ceci est prouvé par le fait qu’après sa mort, qui
s’est produite à Lyon, on fabriqua des grandes médailles en bronze, en
argent et en or qui représentent d’un côté l’image d’Isabella Andreini,
de l’autre le symbole de la Fama avec
deux trompettes. Tous les jours il y a des pèlerins qui passent par cette ville
célèbre non seulement pour honorer (grâce à eux!) sa tombe, en priant et en
la couvrant d’éloges, mais ils essayent également de s’approprier de ces médailles.
(Traduction V. Denzel)]
- «I maggiori poeti d'Italia facean tutti a gara in celebrar questo tipo
singolare di donna, che al raro sapere sembrò giungere una rara virtù, con
versi di ogni maniera [...] Quanto al valore letterario d'Isabella Andreini,
poco vi rimane da dire. In mezzo ai petrarcheggiamenti diluiti all'acqua di
rosa, poteva stare anche Lei, non ultima certo. [...] Né s'ha da far troppo
carico a Isabella di queste rettoriche e vacue piccinerie, poichè formavan pur
troppo elemento non ultimo della Commedia dell'Arte.» (Luigi Rasi, I
Comici italiani. Biografia, Bibliografia, Iconografia 3, Firenze/ Paris,
Fratelli Bocca / Klincksieck, 1897, p.91-101) [Les plus grands poètes d'Italie
célébrèrent à qui mieux mieux cette femme unique, qui sembla unir à son
rare savoir une rare vertu, exprimée dans des vers de tous les styles. [...]
Quant à la valeur littéraire d'Isabella Andreini, il reste peu à dire. Au
milieu des vers pétrarquisants, dilués avec de l'eau à la rose, il y avait également
un place pour Elle, qui n'était certainement pas la dernière [dans le
rang][...]. Toutefois il ne faut pas trop reprocher à Isabella ces petitesses
rhétoriques et vides, car malheureusement elles faisaient partie du style de la
Commedia dell'Arte.» (Traduction V. Denzel)].
- «Se
volessi descrivere a parte a parte tutte le virtù d'Isabella Andreini sarebbe
cosa assai lunga, e per la debolezza de' miei talenti troppo malegevole impresa.
Basterà solo, ch'io dica che ella fu eccellente Poetessa, saggia Filosofa, e
valorosa Commediante. V'aggiungerò ancora, che fu Moglie fedele, Madre amorosa,
ed esemplarissima Cristiana, pregi tutti che la resero un vero modello di virtù,
ed uno specchio di saviezza, e d'onestà.» (Francesco Bartoli, Notizie
storiche de' comici italiani che fiorirono intorno all'anno MDL fino a'giorni
presenti, Padoue, Per Li Conzatti a S. Lorenzo, 1782, p.32-33. [«Si je
voulais décrire un part un toutes les vertus d'Isabella Andreini, cela durerait
trop longtemps et ce serait également une entreprise mal faite à cause de mon
faible talent. Il suffit que je dise seulement qu'elle fut une excellente poétesse,
une sage philosophe et une habile comédienne. J'ajouterai encore, qu'elle fut
une épouse fidèle, une mère pleine d'amour et une chrétienne exemplaire; grâces
à ces qualités elle devint un vrai modèle de vertu et un miroir de sagesse et
d'honnêteté.» (Traduction V. Denzel)].
Valentina Denzel, 2007.
Dictionnaire des femmes de l'ancienne France
Copyright SIEFAR (Société Internationale pour l'Etude des Femmes de l'Ancien Régime)