Résumé - Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique - Jugements
Fille du roi Louis XI et de sa seconde
épouse Charlotte de Savoie, soeur aînée de
Jeanne de France et du futur Charles VIII, Anne de France naît
en 1461 à Genappe en Brabant, près de Bruxelles.
À la mort de Charles VII, Louis XI monte sur le trône
et installe sa famille à Amboise. La princesse est l'enjeu
de stratégies matrimoniales précoces. Encore nourrisson,
elle est fiancée au jeune Nicolas, marquis de Pont-à-Mousson
et petit-fils de René d'Anjou. Mais c'est Pierre, de plus
de vingt ans son aîné, sire de Beaujeu et frère
cadet du duc Jean II de Bourbon, qu'elle épouse. Le contrat
est conclu à Jargeau en novembre 1473, et le mariage est
célébré à Tours en 1474.
À la mort de Louis XI en 1483, Anne
et Pierre de Beaujeu reçoivent la garde de Charles VIII,
un adolescent fragile de treize ans. Anne, la «moins folle
femme de France» selon son père, fait alors preuve
de grandes qualités politiques en des temps difficiles.
Les Beaujeu sacrifient Olivier Le Dain et Jean Doyat, serviteurs
haïs de Louis XI, sur l'autel de l'apaisement et cherchent
à acheter l'obéissance du peuple et des princes
par des libéralités. Face à l'hostilité
de Louis d'Orléans, futur Louis XII et époux mécontent
de sa soeur Jeanne, Anne de France manoeuvre habilement les États
généraux de Tours en janvier 1484 et consolide son
autorité. Le jeune roi est sacré en mai à
Reims. Toutefois, les princes ne désarment pas. Louis d'Orléans
déclenche la «Guerre folle»; en 1486, l'archiduc
Maximilien d'Autriche menace les frontières. La contestation
princière prend pied dans le duché de Bretagne de
François II. Menées par Louis de La Trémoille,
en relation constante avec Anne, les armées royales remportent
la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier en juillet 1488, et Louis
d'Orléans est fait prisonnier. En 1491, le mariage de Charles
VIII avec la duchesse héritière Anne de Bretagne
prépare le rattachement du duché au royaume.
À partir de 1488, Madame et son
époux se consacrent plus particulièrement à
la principauté bourbonnaise. En effet, à la mort
du duc Jean II de Bourbon, Anne de France négocie avec
le cardinal Charles de Bourbon: ce dernier renonce à l'héritage
ducal en faveur de son frère, Pierre de Beaujeu, en échange
d'une rente à vie sur la seigneurie du Beaujolais. Désormais
ducs de Bourbon, Anne et Pierre vont faire de la cour de Moulins
le brillant centre de leur puissance, d'autant que Charles VIII
et Anne de Bretagne y séjournent souvent et que Pierre
demeure second personnage du régime jusqu'à son
décès. Après la mort précoce d'un
petit garçon, Anne donne naissance à Suzanne en
mai 1491. La représentation d'Anne de France, de Pierre
II de Bourbon et de leur fille unique sur le retable du Maître
de Moulins symbolise la puissance de la maison ducale à
la fin du XVe siècle.
Veuve en octobre 1503, Anne de France
continue de veiller avec soin sur les destinées bourbonnaises
en arrangeant le mariage de Suzanne avec son cousin Charles de
Montpensier, futur connétable de Bourbon, en mai 1505.
Entre la mort du duc Pierre et le mariage de Suzanne, elle écrit
un traité didactique à l'intention de sa fille pour
lui rappeler ses devoirs de princesse, traité qui sera
publié avec l'accord de Suzanne. En tant que duchesse douairière,
elle participe activement à la gestion de la principauté
bourbonnaise aux côtés de son gendre, à qui
elle aurait conseillé, selon la déposition faite
par l'évêque d'Autun au procès du connétable,
de s'allier avec l'empereur Charles Quint contre le roi de France.
Anne assiste à la rapide décadence de la lignée
ducale: après la mort de Suzanne sans héritier en
avril 1521, la succession bourbonnaise est contestée par
la mère du roi de France, Louise de Savoie. Anne de France
meurt à Chantelle le 14 novembre 1522 à soixante
et un ans. Elle est enterrée auprès de son époux
le 4 décembre dans la chapelle du prieuré de Souvigny.
L'historiographie a surtout retenu d'Anne
de France qu'elle a été une femme de pouvoir dotée
d'une forte personnalité. Pourtant, cette princesse a été
également une bibliophile avertie, qui a collectionné
et reçu la dédicace de plusieurs livres, et qui
a pris la plume lors de son veuvage. On lui doit ainsi, outre
le traité didactique adressé à sa fille Suzanne
de Bourbon, une nouvelle qui remanie le Réconfort de
Madame de Fresne écrit par Antoine de La Sale en 1457.
Son château de Moulins, agrandi à partir de 1488,
adopte de manière novatrice les influences italiennes de
la Renaissance et abrite une importante librairie.
OEUVRES
- Entre 1503 et 1505 : Les Enseignements d'Anne de France duchesse
de Bourbonnois et d'Auvergne à sa fille Susanne de Bourbon
(vendus A la requeste de treshaulte et puissante princesse
madame Suzanne de Bourbon...), Lyon, Le Prince, s.d. (rééd.
sous le titre Enseignements moraux, Toulouse, Jehan Barril,
1535).
- Éd. A.-M. Chazaud, Les Enseignements d'Anne de France
duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne à sa fille Susanne
de Bourbon; extrait d'une épistre consolatoire à
Katerine de Neufville, dame de Fresne, sur la mort de son premier
et seul filz (texte original publié d'après
le manuscrit unique de Saint-Pétersbourg aujourd'hui perdu,
et suivi des catalogues des bibliothèques du duc de Bourbon
existant au XVIe siècle, tant à Aigueperse qu'au
château de Moulins, et d'un glossaire; reproduction des
19 miniatures originales d'après les dessins de M. A. de
Queyroy), Moulins, C. Desrosiers, 1878; Marseille, Laffitte reprints,
1978.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Chombart de Lauwe, Marc, Anne de Beaujeu ou la passion du
pouvoir, Paris, J. Tallandier, 1980.
- Pélicier, Paul, Essai sur le gouvernement de la dame
de Beaujeu, 1483-1491, Genève, Slatkine reprints, 1970
[Chartres, 1882].
- Pradel, Pierre, Anne de France, 1461-1522, Paris, Publisud,
1986.
- Viennot, Éliane, «Une nouvelle d'Anne de France:
l'histoire du siège de Brest», in Jean Lecointe,
Catherine Magnien, Isabelle Pantin et Marie-Claire Thomine (dir),
Devis d'amitié. Mélanges en l'honneur de Nicole
Cazauran, Paris, Honoré Champion, 2002, p.139-150.
- Viennot, Éliane, «Gouverner masqués: Anne
de France, Pierre de Beaujeu et la correspondance dite "de
Charles VIII"», in L'Épistolaire au XVIe
siècle, Cahiers L.-V. Saulnier, 18, Paris, Éditions
de la Rue d'Ulm, 2001.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- «Le Maître de Moulins», Anne de France
présentée par saint Jean l'Évangéliste
et Suzanne de Bourbon (huile sur bois), vers 1492/1493?, Paris,
Musée du Louvre [fragments d'un volet droit qui faisait
face à un volet gauche où figurait Pierre II de
Bourbon présenté par saint Pierre] -- Châtelet,
Albert, Jean Prévost. Le Maître de Moulins,
Gallimard, 2001, p.91.
- «Le Maître de Moulins», Triptyque de la
Vierge en gloire (huile sur bois), vers 1497/1500. Moulins,
cathédrale Notre-Dame [avec le duc Pierre, la duchesse
et sa fille sur la face intérieure des volets; à
droite, Anne de France et Suzanne sont agenouillées en
prière et présentées par sainte Anne] --
Châtelet, voir supra, p.103-121; Le Duché
de Bourbon, des origines au Connétable, Saint-Pourçain-sur-Sioule,
Bleu Autour, 2001, p.120.
- Anne de France en compagnie de sa fille Suzanne (enluminure),
Saint-Pétersbourg (fol.1) [assises côte à
côte, les deux femmes lisent sous le regard attentif des
suivantes rassemblées au fond de la scène] -- Les
Enseignements d'Anne de France..., éd. A.-M.
Chazaud, voir supra, OEuvres).
JUGEMENTS
- «Qui vouldra veoir le mirouer des dames
Et le patron ou chascune regarde,
Qui vouldra veoir la regente des femmes,
Et le guidon [«étendard»] ou toutes
prenent garde,
Qui leur honneur preserve et contregarde,
A son povoir de honte et dommage;
Nulle ne vit qui ne luy doye homage
Comme a princesse excellent, souveraine,
Sans excepter ne duchesse [ne] reyne
Ou soit d'Espaigne ou soit d'autre naissance [...].
Le chief enclin regarde Anne de France!»
(Jacques de Brézé, La Chasse, Les Dits du bon
chien Souillard et les Louanges de madame Anne de France [entre
1481 et 1496], éd. Gunnar Tilander, Lund, Carl Bloms Boktryckeri
A.-B., 1959, p.65)
- «Fine femme et delliée s'il en fust onq' et vray
image en tout du Roy Loys son Pere, [...] elle estoit fine, trinquate,
corrompue, plaine de dissimulation et grand'hypocrite, qui, pour
son ambition, se masquoit et se desguisoit en toutes sortes. [...]
C'estoit une maistresse femme, ung petit pourtant brouillonne,
[...] tousjours accompaignée de grand'quantité de
Dames et de filles qu'elle nourrissoit fort vertueusement et sagement»
(Brantôme, Recueil des Dames, Discours sur Mesdames
filles de la noble Maison de France [fin XVIe siècle],
éd. Étienne Vaucheret, Paris, Gallimard, 1991, p.167-171).
Élodie Lequain, 2004.