Résumé
- Oeuvres - Choix bibliographique -
Choix iconographique
- Jugements
Marguerite d’Arbouze, née le 15 août 1580 à
Villemont en Auvergne, est la fille du chevalier Gilbert de Véni d’Arbouze,
gentilhomme de la chambre du roi, et de Jeanne d’Épinac, parente du garde des
sceaux Michel de Marillac. Son oncle Jacques d’Arbouze est abbé et réformateur
de Cluny (m. 1639). A l’âge de neuf ans, Marguerite entre à l’abbaye bénédictine
de Saint-Pierre de Lyon, puis y fait profession le 21 août 1599, peu avant la
nomination comme abbesse de Françoise de Beauvilliers, dont la soeur Marie est
abbesse à Montmartre (Paris). Soutenue par sa supérieure et encouragée par le
jésuite Claude de Lingendes, Marguerite tente de réformer l’établissement,
dont la règle mitigée ne correspond pas à son désir d’austérité. Au bout
de dix ans, lassée de la résistance de ses compagnes, Marguerite cherche à
rejoindre une communauté plus observante. Elle songe au Carmel, puis à
Montmartre, car la réforme introduite par Marie de Beauvilliers en a fait une pépinière
de bénédictines engagées dans le renouveau de la vie contemplative. Les démarches
de Marguerite finissent par aboutir. Arrivée à Montmartre durant l’été
1611, elle est tenue, en signe de soumission à une règle plus rigoureuse, de
recommencer un noviciat avant de prononcer ses voeux, le 12 août 1612. Chargée
du noviciat d’une maison dépendante de Montmartre, La Ville-l’Évêque, au
Faubourg Saint-Honoré, Marguerite en devient la prieure durant l’absence de
Marie de Beauvilliers, appelée à d’autres fonctions en 1614. Marguerite fait
rapidement de ce lieu, agrandi par ses soins, un point de rencontre de
l’aristocratie féminine parisienne activement engagée dans la Réforme
catholique. Au retour de l’abbesse, l’entente entre les deux femmes au
caractère trempé semble compromise. L’autorité naturelle de Marguerite, ses
initiatives en faveur du prieuré et son succès auprès des élites de la Cour
portent ombrage à Marie. Des malentendus surgissent, notamment à propos de
l’adoption d’une règle que Marguerite souhaite plus épurée. Son désir de
retour aux sources rejoint les préoccupations des réformateurs, au moment où
l’adoption des décrets du Concile de Trente est à l’ordre du jour de l’Assemblée
du Clergé (1615). La notoriété de Marguerite s’accroît encore
lorsqu’elle reçoit la visite d’Anne d’Autriche, amenée à La Ville-L’Évêque
par les soeurs du roi. C’est le début d’une indéfectible amitié. Après
un bref retour à Montmartre, que l’abbesse lui impose, Marguerite, désormais
protégée de la reine, est nommée par Louis XIII au siège abbatial du
Val-de-Grâce, dans la vallée de la Bièvre. Soutenue par son cousin Michel de
Marillac, elle s’y installe en 1619, avec l’intention d’y reconstituer une
communauté de bénédictines réformées; elle consulte à cette fin Eustache
de Saint-Paul Asseline, de l’ordre des Feuillants, Laurent Bénard, le prieur
du collège de Cluny, et le capucin Honoré de Paris. Son futur biographe et
admirateur inconditionnel, le théologien Jacques Ferraige, la rejoint pour la
seconder dans une entreprise qui prend corps avec le transfert du couvent au
Faubourg Saint-Jacques, en 1621. Soucieuse d’y rétablir la règle de saint
Benoît à la lettre, elle en prépare une édition commentée, publiée en
1623. Ses efforts pour restaurer la clôture et la communauté des biens ne
plaisent pas à toutes les moniales. De nouvelles recrues sont au contraire séduites.
Leurs familles contribuent à la prospérité et à la renommée d’un
Val-de-Grâce cher au coeur de la reine. Conseillère spirituelle de ses filles,
pour qui elle compose des textes de direction, Marguerite, jalouse de son
charisme, s’efforce de limiter l’intervention des confesseurs auprès des
moniales. Dotée d’une autorité que lui confèrent ses expériences mystiques
et son érudition et que lui reconnaissent théologiens (Duval, Le Clerc) et
religieux (Binet, Granger, d’Attichy), elle se voit régulièrement consultée,
tant par d’autres supérieures que par quantité de visiteurs qui se pressent
au parloir. Refusant d’exercer un abbatiat à vie, elle présente sa démission
en 1626. Elle consent ensuite à se rendre à La Charité-sur-Loire, puis à
Charenton-en-Berry, pour aider à la réforme de communautés bénédictines. En
visite chez la Maréchale de Montigny, elle s’éteint le 16 août 1626, au château
de Sery.
C
- 1623 : La
Vraie Règle de S. Benoît, avec les constitutions accomodées à icelle pour
les religieuses bénédictines de Notre-Dame du Val de Grâce, dite de la Crèche,
par la Mère Marguerite d’Arbouse et Dom Eustache de Saint-Paul, Paris, Veuve Chastellain.
- 1623 : La
Vraye règle de S. Benoist avec les constitutions accomodées à icelle pour les
religieuses bénédictines de Nostre-Dame du Val de Grace, ditte de la Crèche,
par le commandement de Monseigneur le réverendissime archevesque de Paris, Paris, J. Bessin.
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La vraye règle de saint Benoist avec les
constitutions accommodées à icelle, que la Bienheureuse Mère Marguerite d’Arbouze,
de sainte Gertrude, autrefois Abbesse du Monastère Royal du Val-de-Grâce a
faites d’authorité apostolique et sont confirmées de la mesme authorité,
Paris, sn, 1628.
- La
Règle du bien-heureux Père s. Benoist, patriarche des religieux de l’Occident,
avec les constitutions qui y ont esté accommodées pour la réforme de
l’abbaye royale de Nostre-Dame du Val de Grâce,
Paris, Louis Billaine, 1676.
- Exercice
journalier pour les Religieuses Bénédictines de Nostre-Dame du Val-de-Grâce,
par la Révérende Mère Marguerite de Veni d’Arbouze, abbesse et réformatrice
de l’Abbaye de Nostre-Dame du Val-de-Grâce, avec un Traité de l’Oraison
mentale par la même, Paris, Louis Billaine, 1676.
- Bremond, Henri, «Marguerite d’Arbouze», dans Histoire
littéraire du sentiment religieux en France, t.II,
L’invasion mystique (1590-1620), Paris, Bloud et Gay, 1916, p.485-536.
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- 1628 : Crispin de Passe, Marguerite de Véni d’Arbouze et Anne d’Autriche en prières devant
le St-Sacrement (gravure en frontispice) -- Jacques Ferraige, La
Vie admirable et digne d’une fidèle imitation de la B. Mère Marguerite d’Arbouze,
ditte de saincte Gertrude,
Paris, Fiacre Dehors, 1628 --
Trésors d’art sacré à l’ombre du
Val de Grâce, dir. Jacques Charles, Paris,
Délégation à l’Action artistique de la Ville de Paris, 1988, p.187
-- Barbara B. Diefendorf, From Penitence to Charity...,
voir supra, Choix bibliographique,
p.155.
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- «Lorsqu’elle
estoit encores au Val, elle eut un grand amour à lire la saincte Escriture
[...], le Verbe éternel, qui exprime en soy tout ce qui est en la divinité, en
la terre et au ciel, luy en avoit donné une cognoissance infuse, une
intelligence savoureuse et une science amoureuse de sorte qu’elle entendoit
l’Escriture et les Pères les plus difficiles, les lisant en latin, sans
jamais l’avoir appris, ce que j’admirois grandement, mais surtout qu’elle
comprit avec tant de clarté et promptitude la Somme de S. Thomas et les oeuvres
éminentes de S. Denys, qui sont difficiles, et les oeuvres du grand S. Augustin
qu’elle admiroit, notamment les Traittez qu’il a fait sur S. Jean. [...]
Elle sçavoit le latin, françois, italien, espagnol sans estude, comprenoit les
plans de bastiments, parloit et ordonnoit des médecines fort à propos,
chantoit et sçavoit la notte, composoit en vers, quand Dieu luy inspiroit
quelque mystère, sans qu’elle eust jamais appris les mesures ny les quantitez
qu’il y falloit observer.» (Jacques Ferraige, La Vie admirable..., voir supra,
Choix iconographique, p.181 et
p.235)
- «La réputation
de la bienheureuse Mère ayant rempli toute la France, elle passa jusqu’en
Italie et aux autres lieux les plus éloignés et inspira le désir à Madame
Catherine de Lorraine, Abbesse de Remiremont, de venir à Paris et de
s’enfermer six mois au Val de Grâce, afin de recevoir ses sages instructions.»
(Jacqueline Bouette de Blémur, «La vie de la Bienheureuse Marguerite d’Arbouze,
abbesse du Val de Grâce et réformatrice», dans L’Année
bénédictine, t.4, juillet-août, Paris, Louis Billaine, 1670, p.149)
- «La M. d’Arbouze
sembloit estre née pour gouverner des âmes: sa gravité, sa démarche
majestueuse, sa bonne mine, ses regards, ses manières, la douceur et la force
de ses paroles estoient de puissants moyens pour enlever les coeurs.» (Claude
Fleury, La Vie de la vénérable
Mère Marguerite d’Arbouze...,
voir supra, Choix iconographique,
p.86)
- «Sainte, elle
l’était certes, et si grande, si parfaitement aimable qu’en plaçant ici
son portrait en face de celui de Marie de Beauvilliers, j’ai peur d’évoquer
entre les deux abbesses une comparaison qui ne flatterait pas cette dernière.
Marie de Beauvilliers nous intéresse au plus haut point, Marguerite d’Arbouze
nous émeut. Nous ne pouvons pas ne pas l’aimer. [...] Réformatrice elle
aussi, elle n’a pas déployé moins d’énergie que l’autre et elle ne
semble moins héroïque que parce qu’elle fut plus souple et plus tendre. Elle
a gagné tous les coeurs; ses filles nous paraissent unies entre elles plus
intimement et plus simplement que les moniales de Montmartre. Elle est l’Abbesse
idéale. Il est vrai nous éprouvons quelque peine à prêter des couleurs
modernes à sa vie et à son oeuvre, mêlées pourtant d’une manière assez éclatante
et souvent très pittoresque à l’histoire générale de son temps. Effacez
quelques noms propres, oubliez quelques dates, et Marguerite paraîtra la
contemporaine des grandes mystiques médiévales. Mais nous tenons les causes,
ou l’une des principales causes, de l’étrange recul que l’on impose
instinctivement à cette image de sainte. Marguerite d’Arbouze a été de son
temps comme tout le monde et elle le représente fort bien, mais elle a eu pour
biographe une façon de Joinville, naïf, suave et savant qui paralyse, bon gré
mal gré, chez nous le sens historique et qui nous impose les traits délicieusement
archaïques sous lesquels il lui a plu de se représenter son héroïne.»
(Henri Bremond, «Marguerite
d’Arbouze», voir supra, Choix
bibliographique, p.486)
- (A propos de la publication en 1622 par Françoise de
Beauvilliers, devenue abbesse d’Avenay, de méditations tirées des
enseignements de Gertrude de Helfta) «Cela ne peut manquer d’intriguer, quand
on sait que Marguerite d’Arbouze, qui avait une grande dévotion à sainte
Gertrude et même adopté son nom, avait aussi rédigé un Exercice
journalier pour les religieuses bénédictines du Val de Grâce... Avec un traité
de l’Oraison mentale. [...] Sensiblement plus court, et aussi, il faut le
dire, moins savoureux, l’Exercice de
Marguerite d’Arbouze s’apparente à celui de son ancienne Abbesse et témoigne,
sans doute, d’une source commune qui ne peut guère être située qu’à
Montmartre; nouvelle preuve de l’influence directe ou indirecte de Marie de
Beauvilliers.» (Yves Chaussy, Les Bénédictines...,
voir supra, Choix bibliographique,
p.240)
- «Marguerite
de Sainte-Gertrude’s ability to articulate spiritual matters found recognition
after her death in the publication of a book, the Exercice journalier pour les religieuses bénédictines de Nostre-Dame
du Val-de-Grâce, which included a treatise on silent, or meditative, prayer.
[...] Clearly, the superiors of Parisian convents were engaged on a very
personal and individual level with the spiritual development of their nuns.
[...] In the words of Marguerite de Sainte-Gertrude d’Arbouze, the abbess was
“accountable for the souls as well as the bodies” of the nuns entrusted to
her care. As a consequence, she encouraged her daughters, in particular novices,
to “communicate their souls” to her as well as to their confessor. [...] The
importance of her role in forming new generations of nuns was clearly recognized.
Marguerite de Sainte-Gertrude d’Arbouze served as mistress of novices during
at least part of her tenure as abbess of Val-de-Grâce and did not hesitate to
take on this office again after stepping down from her position as abbess. Her
lessons for the novices are reported to have been so popular that the new
superior gave permission for the professed nuns to attend as well. But perhaps
most remarkable here is the implicit equality of the sacramentally ordained
confessor, the abbess, and the mistress of novices when it came to offering
spiritual direction. Ferraige even suggests that the abbess’s role as
spiritual counselor was more important than the confessor’s. It is only in
unreformed houses that the nuns seem to want always to have a confessor around,
he comments; in well-regulated houses, they are “content to communicate their
souls to their Mother.”» (Barbara B. Diefendorf, From
Penitence to Charity..., voir supra,
Choix bibliographique, p.152-154)
Marie-Elisabeth
Henneau, 2007.
Dictionnaire des femmes de l'ancienne France
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