Résumé
- Oeuvres - Choix bibliographique -
Choix iconographique
- Jugements
Marie-Catherine
Le Jumel de Barneville naît en 1650 ou 1651, à Barneville-la-Bertrand, d’une
famille noble. Elle perd son père très jeune. Sa mère, Judith-Angélique de
Saint-Pater, épouse ensuite le marquis de Gudanes. Veuve ou séparée de lui,
elle vit avec le marquis de Courboyer, riche gentilhomme protestant. À l’âge
de quinze ou seize ans, la jeune Marie-Catherine épouse le 6 mars 1666 François
de La Motte, baron d’Aulnoy, âgé de quarante-six ans (mariage
vraisemblablement arrangé). Le baron, libertin notoire,
est le protégé du duc de Vendôme. Ses finances se détériorent après
la mort de ce dernier. Marie-Catherine devient très vite mère de Marie-Angélique,
puis de Dominique-César. Tous deux meurent en bas âge. Deux autres enfants
vivront: Marie-Anne (1668), future Madame de Hèere, et Judith-Henriette (1669),
future marquise de Bargente. Enceinte de Marie-Anne, Mme d’Aulnoy, sans doute
battue par son mari, se réfugie chez sa mère, à Paris. Le baron fuit ses créanciers
et les agents de Colbert. Mme de Gudanes et Courboyer préparent une
conspiration destinée à en débarrasser définitivement la jeune femme, avec
l’aide de deux gentilshommes. Le baron est arrêté pour crime de lèse-majesté
(1669), mais la machination est découverte et deux des trois complices sont exécutés.
Le baron, sorti de prison en janvier 1670, vivra séparé de son épouse.
Marie-Catherine, enceinte pendant le procès, séjourne peut-être quelques
jours à la Bastille, après la naissance de sa fille. Après avoir passé une
année dans un couvent, vraisemblablement jusqu’au printemps 1692, elle voyage
en Flandres (1672-1673) et en Angleterre (1675). Elle met au monde à Paris deux
filles, Thérèse-Aimée (1676) et Françoise-Angélique-Maxime (1677), avec qui
elle se rend peut-être en Espagne (1679-1680). (Sur la réalité de ce séjour
qui inspira certaines de ses oeuvres et sur la justesse de ces dates, les avis
divergent.) Suit un nouveau séjour en Angleterre (1682), où elle fait la
connaissance de Saint-Évremond. Mme d’Aulnoy se fixe ensuite à Paris, peut-être
dès 1685, et, de manière certaine, en 1690. Ses premières oeuvres, parues
entre 1690 et 1691, lui octroient un vif succès. Elle fréquente le salon que
Mme de Lambert ouvre rue de Richelieu en décembre 1692, y côtoie Choisy, Fénelon,
Mlles Bernard, La Force, Mme de Murat. Elle en ouvre un elle-même rue
Saint-Benoît (dates inconnues). Selon Mme Du Noyer, elle y aurait reçu des
Anglais, issus des milieux de la diaspora protestante. Dans ces salons, les
contes de fées furent sans doute dits ou lus avant leur publication, en 1697.
Marie-Catherine
meurt le 12 ou 13 janvier 1705, à son domicile rue Saint-Benoît; elle est
inhumée dans sa paroisse de Saint-Sulpice. Ses quatre filles lui survivront,
mais on ne leur connaît aucune descendance.
C
- 1690 :
Histoire d’Hypolite, comte de Duglas,
par Mme D***, Paris, L. Sevestre, 2 t. en 1 vol. (le 2e tome contient le
premier conte de fées, sans titre à l’origine, mais plus tard appelé «L’île
de la Félicité», p.143-181) -- éd. René Godenne, Histoire d’Hypolite, comte de Duglas, Genève, Slatkine, Paris,
1979, 2 t. en 1 vol. (reproduction en fac-similé de l’éd. de Paris, L.
Sevestre, 1698). (Le conte de fées seul figure dans éd. Philippe Hourcade, Contes
I..., voir infra et dans éd. Elizabeth Lemirre, Le Cabinet des fées, t.1, Contes
de Madame d’Aulnoy, Arles, Picquier Poche, 1988.)
- 1690 : Mémoires
de la Cour d'Espagne, Paris, Barbin, 2 vol.
- 1691 :
Relation du Voyage d'Espagne, Paris, Barbin, 3 vol. (la troisième lettre
contient un petit conte merveilleux: l’histoire de Mira, mais il ne s’agit
pas d’un conte de fées; on peut le lire dans Contes
I, voir infra et dans Le
Cabinet des fées, voir supra).
- 1691 :
Sentimens d'une âme pénitente (sur
le psaume 50, Miserere Mei Deus; les
deux poèmes chrétiens de 1691 et 1693 sont introuvables aujourd’hui).
- 1692 : Histoire
de Jean de Bourbon, Prince de Carency, Paris, Barbin, 3 vol. (une édition
paraît la même année à La Haye chez Moetjens, sous le titre
Histoire de Jean de Bourbon).
- 1692 : Nouvelles
espagnoles, par Madame D***, Paris, Barbin, 2 vol.
- 1693 : Nouvelles
ou mémoires historiques contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans
l'Europe tant aux guerres, prises de places, et batailles sur terre et sur mer
qu'aux divers intérests des princes et des souverains qui ont agi depuis 1672
jusqu’en 1679, par Madame D***, Paris, Barbin, 2 vol. in-12 (texte attribué
à Mme d'Aulnoy par le Dictionnaire des
Ouvrages anonymes).
- 1693 : Le
Retour d'une âme à Dieu (sur le psaume 102, Benedic anima mea), Paris, Vve de Théodore Girard (texte
originellement intitulé Sentimens d'une
âme qui retourne à Dieu; les deux poèmes chrétiens de 1691 et 1693 sont
introuvables aujourd’hui).
- 1695 : Mémoires
de la cour d'Angleterre, par Madame D***, Paris, Barbin, 2 vol. (quelques
exemplaires portent le titre Anecdote
secrette et galante de la cour d'Angleterre, Amsterdam, L'Honoré et
Castellan, 1727).
- 1697 : Les
Contes des fées, par Mme D***, Paris, Barbin et al., 4 vol. (t.1:
Gracieuse et Percinet, La
Belle aux cheveux d'or, L'Oiseau bleu,
Le Prince Lutin; t.2:
La Princesse Printanière, La
Princesse Rosette, Le Rameau d'or,
L'Oranger et 1'Abeille, La
Bonne Petite Souris; t.3: Don Gabriel
Ponce de Léon, nouvelle espagnole, Le
Mouton, Finette Cendron, Fortunée;
t.4: Babiole, Don Fernand de Tolède,
nouvelle espagnole, Le Nain jaune,
Serpentin vert) --
éd. Philippe Hourcade, Contes I, Paris, Société des Textes Français Modernes, 1997 (seule édition
contemporaine qui propose les contes dans leur encadrement de nouvelles, le cas
échéant).
- 1698 : Contes
nouveaux ou les Fées à la mode, par Madame D***, Paris, Vve de Théodore
Girard, 4 vol. (t.1: La Princesse
Carpillon, La Grenouille bienfaisante,
La Biche au bois; t.2: Le
Nouveau Gentilhomme bourgeois, nouvelle, La
Chatte blanche, Belle-Belle ou le
Chevalier Fortuné; t.3: Le Nouveau
Gentilhomme bourgeois (suite), Le Pigeon et la Colombe, La
Princesse Belle-Etoile et le prince Chéri; t.4: Le Nouveau Gentilhomme bourgeois (suite), Le Prince Marcassin, Le
Dauphin) -- éd.
Philippe Hourcade, Contes
II, Paris, Société des Textes Français Modernes, 1998.
- 1703 : Le
Comte de Warwick, par Madame d'Aulnoy, Paris, Compagnie des libraires
associez, 2 vol. (seul ouvrage publié sous son nom).
Déplorant
que plusieurs ouvrages d’autres auteurs aient été publiés sous son nom,
Madame d’Aulnoy a dressé par deux fois la liste de ses oeuvres, dans la préface
de ses Nouvelles ou Mémoires historiques
(1693) et dans celle de son dernier ouvrage, Le Comte de Warwick
(1703).
- (autrefois attribué à Mme d’Aulnoy): Nouvelles
d'Elisabeth Reyne d'Angleterre, Paris, Barbin, 1674 (attribution fausse
d'après Foulché-Delbosc).
- (autrefois attribué à Mme d’Aulnoy): Mémoires
des avantures singulières de la cour de France..., par l'auteur du Voyage
et Mémoires d'Espagne, 2e éd., La Haye, J. Alberts, 1692.
- (autrefois attribué à Mme d’Aulnoy): Mémoires
secrets de Monsieur L.D.D.O. ou les Avantures comiques de plusieurs grands
princes de la cour de France, par Madame D***, Paris, J. Bredou, 1696.
- (autrefois attribué à Mme d’Aulnoy): Les
Chevaliers errans et le génie familier, par Madame la comtesse D***, Paris,
Ribou, 1709 (qui sont de Mme d’Auneuil).
- (autrefois attribués à Mme d’Aulnoy): plusieurs
contes: La Princesse Arc-en-ciel,
Les Illustres Fées, contes galans dédiés aux dames (Mailly) et,
notamment, L’Isle inaccessible (Mailly),
Le Roi magicien (Mailly), La
Reine de l’isle des fleurs (Mailly), Le
Prince Guérini (Mailly), Pauvre et fière,
Petite Miette, Un Agneau parmi les loups.
- Beeler, James Rush, «Madame d’Aulnoy, Historical Novelist of the
Late Seventeenth Century», thèse de doctorat, Chapel Hill, Chapel Hill
University of North Carolina, 1964.
*
Defrance, Anne, Les Contes de fées et les
nouvelles de Madame d’Aulnoy. L’écriture féminine à rebours de la
tradition (1690-1698), Genève, Droz, «Histoire des idées et critique littéraire»,
369, 1998 (thèse 1987).
*
Jasmin, Nadine, Naissance du conte féminin.
Mots et merveilles: Les contes de fées de Madame d’Aulnoy (1690-1698),
Paris, Champion, «Lumière classique», 2002 (thèse 1999).
-
Mainil, Jean, Madame d’Aulnoy et le rire
des fées. Essai sur la subversion féerique et le merveilleux comique sous l’Ancien
Régime, Paris, Kimé, 2001.
-
Sermain, Jean-Paul, Métafictions (1670-1730).
La réflexivité dans la littérature d’imagination, Paris, Champion,
2002.
- Le portrait le plus célèbre de Mme d’Aulnoy (réalisé après sa mort) est reproduit au début de chacun des deux volumes de l’édition des Contes par P. Hourcade (voir supra, oeuvres).
-
«Plusieurs
collections [de contes de fées] récemment publiées font voir combien l’on a
été fécond dans ces bagatelles, et que quelquefois des personnes d’esprit
et de mérite n’ont pas dédaigné de s’y exercer. On peut mettre de l’art
et du goût jusque dans ces frivolités. Madame d’Aulnoy est celle qui paraît
y avoir le mieux réussi.» (Jean-François de La Harpe, Lycée
[1798-1804], Paris, Depelafol, 1825, t.VII, p.365)
- «Les mémoires contemporains nous représentent la
comtesse d'Aulnoy comme une gracieuse et aimable femme, dont la demeure était
le rendez-vous de la compagnie la plus élégante et la plus choisie. Elle ne débuta,
néanmoins, que fort tard dans la carrière des lettres, car elle avait déjà
quarante ans lorsqu'elle publia le meilleur de ses romans: Hippolyte
comte de Douglas, suivi d'un grand nombre d'autres, que les désoeuvrés des
provinces lointaines lisent encore faute de mieux. La Harpe n’hésite pas
cependant à mettre ses quatre volumes de Contes
de Fées au-dessus de ceux de Perrault. Il y a du mérite dans le Comte de Warwick et dans les Nouvelles
espagnoles; sa Relation d'un Voyage en
Espagne abonde aussi en détails piquants et en observations pleines de
finesse. Mais les Mémoires historiques
de ce qui s'est passé de plus remarquable en Europe de 1662 à 1679, ceux de la
Cour d'Espagne, et surtout l'Histoire
de Jean de Bourbon, prince de Carency, ne sont que des compilations
indigestes, n'ayant rien d'historique que le titre et ne reproduisant que le
mauvais côté des romans. On lui attribue encore plusieurs pièces de vers et
le Recueil de Barbin, nouvelle
compilation en cinq volumes. À tout ce fatras, presque constamment écrit sans
esprit, sans goût, sans finesse, un seul ouvrage survivra, c'est le roman d’Hippolyte
comte de Douglas. Il y a dans ce livre de l'imagination et de l'intérêt.
On y trouve de la chaleur, du naturel dans le style, et des aventures
attachantes. Toutefois, l'auteur est une de ces imitatrices de Mme de La Fayette
fort inférieures à leur modèle pour l'art d'inventer et d'écrire.» («Aulnoy»,
dans Dictionnaire de la conversation et de
la lecture, dir. W. Duckett, Paris, M. Lévy, 1852, t.II, p.231)
- «C’est Mme d’Aulnoy qui a lancé cette mode des
contes de fées en insérant dans un de ses romans le premier conte de fées
littéraire. Elle était d’abord romancière, mais elle devint une illustre
conteuse, jusqu’à surpasser Perrault selon certains. Elle a réuni dans ce
genre spécifique le romanesque et le merveilleux qu’elle aimait tant. Son
style tendant naturellement vers l’exagération, elle a su mettre à profit
les ressources du merveilleux. Son ton délibérément enfantin sied également
au conte de fées, même s’il est adressé à un public adulte et féminin.»
(Sophie Raynard, La Seconde Préciosité. Floraison des conteuses de 1690 à 1756, Tübingen,
Gunter Larr Verlag, «Biblio 17», 130, 2002, p.62)
- «Madame d’Aulnoy, l’inauguratrice de la “mode des
contes de fées”, peut être considérée comme une représentante exemplaire
de la culture féminine des salons, car ses textes, en valorisant la sensibilité
et l’imagination, font preuve d’une esthétique nouvelle [...]. En
assimilant les discussions des salons, les contes de madame d’Aulnoy
interrogent le statut et la place de la femme dans la société de l’époque
et mettent à la disposition des lectrices une vision féminine et utopique de
la réalité.» (Roswitha Böhm, «La participation des fées modernes à la création
d’une mémoire féminine», dans Les
Femmes au Grand Siècle. Actes du 33e
congrès annuel de la North American Society for Seventeenth-Century French
Literature, dir. D. Wetsel et F. Canovas, Tübingen, Gunter Narr Verlag, «Biblio
17», 144, 2002, p.119-121)
Anne
Defrance, 2007.
Dictionnaire des femmes de l'ancienne France
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