Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Jugements

Née de Gabrielle de La Tour et de Louis I de Bourbon-Montpensier (1402-1486), Gabrielle de Bourbon est la descendante de plusieurs générations de princes et de princesses, phares de la vie intellectuelle et politique de la fin du Moyen Age. Mariée en 1485 à Louis II de La Trémoille (1460-1525) par sa tante, la régente Anne de Beaujeu, elle s'installe d'abord au château de Bommiers (Indre), où naît, en 1487, un fils unique, Charles, filleul du roi Charles VIII. Le château de Thouars, dans le Poitou, devient ensuite sa résidence principale. Durant les trente années de son mariage, elle est le plus souvent seule pour représenter la toute-puissance des La Trémoille, alors que Louis s'illustre dans la guerre de Bretagne, puis dans celle du Milanais. Les centaines de lettres, écrites ou signées de sa main, les comptes, les inventaires et son testament, conservés dans le Chartrier de Thouars, permettent de cerner le rôle et la personnalité d'une grande dame, maîtresse attentive de ses serviteurs et de ses domaines, mère soucieuse de l'éducation de son fils, puis de son petit-fils François, princesse d'un château dont la bibliothèque, la collection d'oeuvres d'art, la chapelle qu'elle fait construire, sont les marques d'une grandeur aristocratique en même temps que d'un idéal spirituel. Le sentiment religieux qui, durant les dix dernières années de sa vie, s'exprime dans le choix de ses lectures, dans sa correspondance et dans son oeuvre, inspire le testament, dicté le 23 novembre 1516, une semaine avant qu'elle ne rejoigne, dans la chapelle Notre-Dame, son fils, tué à Marignan.
De sa grand-mère, Marie de Berry, de sa mère, Gabrielle de La Tour, Gabrielle de Bourbon a gardé le goût des manuscrits historiés: travaillent pour elle Quentin du Bourlabé, enlumineur à Paris, et Merevache, peintre poitevin, que lui présente Jean Bouchet, son conseiller entre 1510 et 1516. Sa bibliothèque est surtout constituée d'ouvrages de spiritualité et d'enseignements moraux, que vient compléter une collection de tableaux et de tapisseries, illustrant sa dévotion particulière à la Vierge et au Christ. Consciente du devoir d'enseignement que lui confère son rang social, elle compose des traités didactiques et religieux à l'usage des femmes de sa maison et des «simples personnes». L'Instruction des jeunes filles, citée dans Le Panegyric de Jean Bouchet et enregistrée dans l'inventaire après décès, est aujourd'hui perdue. Demeurent le Petit traicté sur les doulleurs de la passion et Le voyage espirituel entreprins par l'ame devote, suivi du Fort chasteau pour la retraicte de toutes bonnes ames. Le triptyque, qui se situe dans la tradition des Méditations sur la vie du Christ du pseudo-Bonaventure, traduit l'influence de Jehan Henry qui, avant 1484, dédie à Gabrielle son Livre de meditation sur la reparation de nature humaine, et celle de Jean Bouchet qui lui offre, en 1510, trois Epistres familières sur le thème du rachat par le sang du Christ. Gabrielle de Bourbon, pour son Petit traicté, choisit alors la même forme allégorique qui conduit la méditation du lecteur sur le chemin du calvaire, puis devant le mystère des sept joies de la Vierge. Dans le Voyage espirituel, «l'Ame dévote» traverse les sept journées qui, après bien des rencontres dangereuses, mènent au royaume du Christ. Le mariage mystique sur lequel s'achève le Voyage infléchit l'itinéraire vers une spiritualité qui ne peut plus guère s'accommoder de la dévotion des laïcs. Le fort chasteau, en douze séquences (nombre de la cité céleste), accueille les âmes portées seulement par la «bonne jalousie de l'amour de Dieu». Commence alors une conquête inspirée du rituel courtois dans ses procédés, de Jean Gerson dans sa terminologie, et du Cantique des cantiques dans sa signification. Écrivant non pour des religieuses mais pour des laïcs, Gabrielle de Bourbon illustre le succès d'un enseignement qui fait de la piété féminine son meilleur instrument, en même temps qu'elle exprime la difficile conciliation entre un ordre social et une exigence spirituelle conduisant au refus du monde.
Bien qu'après La Croix du Maine, quelques érudits se soient intéressés à elle (Hilarion de Coste, Eloges; Dreux du Radier, Hist. litt. du Poitou), la princesse comme l'écrivaine ont été oubliées. À la fin du XIXe siècle, Maulde La Clavière la nomme pour un de ses manuscrits, mais il faut attendre la fin du XXe siècle pour voir réapparaître l'ensemble de son oeuvre.

The daughter of Gabrielle de La Tour and Louis I de Bourbon-Montpensier (1402-1486), Gabrielle de Bourbon descended from a line of princes and princesses, political and literary luminaries of the late Middle Ages. In 1485 her aunt, the regent Anne de Beaujeu married her to Louis II de La Trémoille (1460-1525); she initially occupied the castle of Bommiers (Indre) where in 1487 their only son Charles, godson of Charles VIII, was born. Subsequently she established her primary residence in the castle of Thouars, in the Poitou region. During the thirty years of her marriage she was frequently the sole representative of the all-powerful de La Trémoille family while Louis was away distinguishing himself in battle, first in Brittany then in the Milan area. Hundreds of letters, account books, inventories and her will, all preserved in the archival "Chartrier de Thouars", allow the reader to recreate a precise picture of a great lady: conscientious steward of her people and her lands, concerned with the education first of her son, then of her grandson François and mistress of a castle in which the library, the art collection, the chapel she had built all give evidence of both aristocratic splendor and spiritual idealism. The religious sensibility of the final ten years of her life informed her choice of reading material, her correspondence and her own works and inspired her will, dictated November 23, 1516, one week before she died. She was buried in the chapel of Notre Dame near her son who had been killed at Marignan.
Gabrielle de Bourbon developed a taste for illuminated manuscripts from her grandmother Marie de Berry and her mother Gabrielle de la Tour. The Parisian illuminator Quentin du Bourlabé and Merevache, a painter from the area of Poitiers, worked for her after having been introduced to her by Jean Bouchet, her advisor from 1510 to 1516. Her library was largely made up of spiritual and moralizing works, and this collection was completed by paintings and tapestries which depicted her special devotion to the Virgin and to Christ. Aware that her social standing obliged her to pass on her knowledge, she composed didactic and religious texts for the benefit of women in her retinue and "simple people". The Instruction des jeunes filles, quoted in Jean Bouchet's Le Panegyric and listed in her inventory after her death, is now lost. However, the Petit traicté sur les doulleurs de la passion and Le voyage espirituel entreprins par l'ame devote as well as the Fort chasteau pour la retraicte de toutes bonnes ames are extant. This three-part oeuvre, which is in the tradition of the Meditations on the Life of Christ of the Pseudo-Bonaventure, shows the influence of Jehan Henry, who had dedicated his Livre de meditation sur la reparation de nature humaine to Gabrielle before 1484, as well as that of Jean Bouchet who, in 1510, presented her with three Epistres familières on the subject of redemption through the blood of Christ. Gabrielle de Bourbon subsequently chose the same allegorical format, leading the reader in meditations on the Way of the Cross and on the Seven Joys of the Virgin. In the Voyage espirituel, the "devout soul" travels for seven days encountering many dangerous situations before reaching the kingdom of Christ. The mystic marriage in which the Voyage culminates takes a path which is scarcely possible in the spiritual life of the laity. Le fort chasteau, composed in twelve stanzas (twelve being the number of the celestial city), welcomes souls who are drawn to it solely by the love of God. The ensuing conquest of the city is inspired by the rituals of courtly tradition, by Jean Gerson's terminology, and in its symbolism by the Song of Songs. Writing not for nuns but for laypeople, Gabrielle de Bourbon demonstrates the success of instruction which uses women's piety as its best instrument, and at the same time, expresses the difficult reconciliation between social concerns and a spirituality which aims at denial of the world.
Despite references to her as a writer by La Croix du Maine, and subsequently Hilarion de Coste's Éloges and Dreux du Radier's Histoire Littéraire du Poitou, the princess' writing has been forgotten. At the end of the 19th century, Maulde de La Clavière alludes to one of her manuscripts, but it was not until the end of the 20th century that her works again became available.

(traduction de Hannah Fournier)

OEUVRES
- 1510-1515 : Petit traicté sur les doulleurs de la passion du doulx Jesus et de sa benoiste mere. In Gabrielle de Bourbon, Oeuvres spirituelles (1510-1516), éd. Evelyne Berriot-Salvadore, Paris, Honoré Champion, 1999.
- 1510-1515 : Le voyage espirituel entreprins par l'ame devote pour parvenir en la cité de bon repoux. In Oeuvres spirituelles..., voir supra.
- 1510-1515 : Le fort chasteau pour la retraicte de toutes bonnes ames fait par le commandement du glorieux sainct esperit. In Oeuvres spirituelles..., voir supra.

CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Berriot-Salvadore, Évelyne. «Figures de la séduction dans les oeuvres de spiritualité féminine au début du XVIe siècle», in E. Real Ramos (dir.), El arte de la seduccion en el mundo romanico medieval y renacentista. Universitat de Valencia, 1995, p.65-73.
- Berriot-Salvadore, É. «Le miroir des princesses, un modèle de dévotion séculière au début du XVIe siècle», in G. Gros (dir.), La Bible et ses raisons. Diffusion et distorsions du discours religieux (XIVe-XVIIe s.). Saint-Étienne, Presses de l'Université, 1996, p.77-95.
- Britnell, J. «Gabrielle de Bourbon and a Not-So-Sinful Soul», in Ph. Ford et G. Jondorf (dir.), Women's writing in the French Renaissance. Cambridge, 1999, p.1-26.
- Léger, S. «Gabrielle de Bourbon: une grande dame de la France de l'ouest à la fin du Moyen Age», in G. et Ph. Contamine (dir.), Autour de Marguerite d'Ecosse. Reines, princesses et dames du XVe siècle. Paris, Honoré Champion, 1999, p.181-199.
- Viller, M. et al. (éds). Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, 1937-1950, t.6, p.25-26.

Evelyne Berriot-Salvadore, 2003.

 

JUGEMENTS
- «Cette dame estoit dévote et pleine de grand religion, sobre, chaste, grave sans fierté, peu parlant, magnanime sans orgueil, et non ignorant les lettres vulgaires. Tous les jours ordinairement assistoit aux heures canonialles, oyoit la messe et disoit ses heures dévotement sans ypocrisie; elle se délectoit sur toute chose à ouyr parler de la Saincte-Escripture, sans trop avant s'enquérir des secretz de théologie [...]. Et si estoit son esprit ennobly et enrichy de tant bonnes sciences, qu'elle emploioit une partie des jours à composer petitz traictez à l'honneur de Dieu et de la Vierge Marie et à l'instruction des damoiselles.» (Jean Bouchet, Le Panegyric du chevalier sans reproche, Poitiers, Jacques Bouchet, 1527, fol. LXXXVIIIv).
- «Madame Gabrielle de Bourbon, de la tres-illustre maison de Montpensier, femme de messire Loys de la Trimouille etc. Cette dame avoit un esprit et un jugement esmerveillable. Elle a composé en prose françoise, le Voyage du penitent, le Temple du saint Esprit, l'Instruction des jeunes pucelles, les Contemplations de l'ame devote sur le mystere de l'Incarnation et passion de Jesus-christ. Ses oeuvres ne sont encore imprimées. Jean Bouchet en fait mention en ses Annales d'Aquitaine, et au Panegyric du Chevalier sans reproche, nommé Loys de la Trimouille.» (Premier volume de la Bibliotheque du sieur de La Croix du Maine, Paris, Abel l'Angelier, 1584, p.115).

 

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