Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique - Jugements
Née à Niort (Deux-Sèvres)
le 16 juin 1782 dans un milieu de notaires aisés et bientôt
républicains, Fortunée Bernier, future épouse
Briquet, reçoit une "éducation libérale"
qui lui donne et le goût de la littérature (française,
italienne, anglaise et allemande) et celui des sciences naturelles
et de l'histoire. À quinze ans, elle se marie à
un homme de lettres, ancien vicaire de l'évêque constitutionnel
de Poitiers devenu professeur à l'École centrale
de Niort après sa déprêtrisation. C'est dans
le cadre des conférences publiques de cette École
et du périodique qui en publie les travaux, que paraissent
les premières oeuvres de celle qu'on salue déjà
comme "une enfant prodige": poésies de circonstance,
dialogues, fables et calendriers républicains. Le premier
de ceux-ci attribue à chaque jour de l'an VII le nom d'une
plante accompagnée de ses caractéristiques linnéennes,
le second en l'an VIII est placé sous le patronage des
"Femmes célèbres par leurs écrits",
le troisième enfin sous celui des "Femmes artistes"
(et mécènes).
À Paris, reçue dans le salon
de la poétesse Fanny de Beauharnais et à la Société
des Belles Lettres où elle lit son Ode en l'honneur
des vertus civiles, elle est saluée dès l'an
IX (1800) comme une "jeune Muse, modeste et aimable",
son portrait est gravé par Gaucher et elle entre en relations
avec des célébrités du monde des lettres
et des sciences. Ses Odes (à Dolomieu le minéralogiste,
à Écouchard-Lebrun le poète, etc.) sont publiées
en brochures séparées, ainsi que dans divers périodiques
(le Nouvel Almanach des Muses, la Décade
et la Bibliothèque Française) où elle
publie aussi des comptes rendus d'ouvrages, des poésies
fugitives et des études (sur Klopstock, Duboccage, etc.).
Une activité à la fois lyrique, scientifique et
journalistique qu'elle poursuit quelque temps dans la presse niortaise,
de 1804 à son divorce (1808). Elle meurt à Niort
le 14 mai 1815.
Son principal titre de gloire reste son
Dictionnaire historique, bibliographique et littéraire
des Françaises et des étrangères naturalisées
en France, connues par leurs écrits, ou par la protection
qu'elles ont accordée aux gens de Lettres, depuis l'établissement
de la Monarchie jusqu'à nos jour, publié en
1804. Héritier du De Claribus Mulieribus
de Boccace et autres galeries (peintes ou écrites) de femmes
illustres, cet ouvrage dérive plus encore des dictionnaires
littéraires qui se multiplient au XVIIIe siècle
dans toute l'Europe et dont les compilations de l'Anglais Ballard,
de l'abbé Joseph de La Porte et de Louise de Keralio sont
les exemples les plus fameux. Ce monument d'érudition féministe
(mais dédié à deux figures masculines qui
ne le sont guère: Rousseau et Bonaparte) n'en reste pas
moins original par son ampleur et par son souci de n'oublier aucune
des activités qui lient depuis toujours les femmes au monde
des lettres: mécénat, salons, relations épistolaires,
travail éditorial, traductions, fictionnalisations variées,
et qui s'ajoutent à des publications, souvent ignorées,
en matière de pédagogie, journalisme, sciences,
histoire, spiritualité ou philosophie. C'est ainsi que
sont énumérées par Fortunée Briquet
près de six cents femmes, depuis Radegonde au VIe siècle
(sainte, reine, écrivaine et victime), jusqu'à ses
amies les plus proches, qu'elles soient ou non encore vivantes:
les dames Beauharnais, Du Boccage, Pipelet, Staël, Viot,
etc. Chacune, quand cela est possible, a droit à une notice
bio-bibliographique où figurent parfois des extraits d'oeuvres,
éventuellement restées manuscrites. Le style de
l'ouvrage est sobre et élégant et l'ampleur du savoir
qui s'y déploie, surprend d'autant plus que la mémoire
de ce travail et de son auteure a été perdue jusqu'aux
redécouvertes liées aux célébrations
locales du Bicentenaire de la Révolution.
Born in Niort (Deux-Sèvres) on June 16, 1782, into a family of prosperous notaries who were soon to become Republican, Fortunée Briquet (née Bernier) received a liberal education that stimulated her interest in literature (French, Italian, English and German), the natural sciences, and history. At the age of fifteen she married a man of letters, vicar to the constitutional bishop of Poitiers, who shortly thereafter left the priesthood to become a professor at the École centrale of Niort. Briquet was heralded as a child prodigy, and her earliest works-circumstantial poetry, dialogues, fables, and Republican calendars-were presented at the École centrale as public lectures, then published in its journal. In her first calendar, she assigned a plant to every day of Year VII, classifying each according to Linnaean characteristics; while her second, for Year VIII, was dedicated to "Women famous for their writing"; and her third "Women artists" (and patrons).
After her arrival in Paris, she was received in the salon of poetess Fanny de Bauharnais and the Société des Belles Lettres, where she read her poem Ode en l'honneur des vertus civiles; as early as Year IX (1800) she was lauded as a "young, modest, and amiable Muse". She frequented literary and scientific circle celebrities, and her portrait was engraved by Gaucher. Her Odes (to the mineralogist Dolomieu and the poet Écouchard-Lebrun, amongst others) were published in separate leaflets and a number of journals (Nouvel Almanach des Muses, Décade and Bibliothèque Française), to which she also contributed reviews, fugitive poetry and miscellaneous studies (on Klopstock, Duboccage, etc.). Back in Niort, from 1804 to 1808, the year of her divorce, she continued these lyrical, scientific and journalistic pursuits in the local press. She died there on May 14, 1815.
Her most famous work remains her Dictionnaire historique, bibliographique et littéraire des Françaises et des étrangères naturalisées en France, connues par leurs écrits, ou par la protection qu'elles ont accordée aux gens de Lettres, depuis l'établissement de la Monarchie jusqu'à nos jours, published in 1804. Steeped in the tradition of Boccaccio's De Claribus Mulieribus and other painted or written galleries of illustrious women, this volume is even more closely related to the burgeoning tradition of literary dictionaries that swept through all of Europe in the eighteenth century, the most famous examples being those of the Englishman Ballard, Abbot Joseph de la Porte, and Louise de Keralio. The uniqueness of Briquet's monument to feminist scholarship (dedicated, however, to two hardly feminist men-Rousseau and Bonaparte) resides in its sheer volume, and the author's determination to leave out none of the activities that have consistently linked women to the world of letters: patronage, the salons, epistolary relationships, editorial work, translations, and a variety of fictional writings, all of which are complemented by oft-overlooked publications dealing with pedagogy, journalism, the sciences, history, and spirituality or philosophy. Fortunée Briquet managed to align some six hundred women, from sixth-century Radegonde (a saint, queen, author and victim) to her closest contemporary friends, both alive and deceased: Mesdames de Beauharnais, Du Boccage, de Pipelet, de Staël, de Viot, and so on. Whenever feasible, each woman was given a bio-bibliographic entry which sometimes includes citations from their works, including those which remained in manuscript form. The style of the work is sober and elegant, and the breadth of the knowledge it contains all the more astonishing when one remembers that the authoress and her work had totally disappeared prior to their rediscovery during the local celebrations of the bicentenary of the French Revolution.
(traduction de Christopher Bouchard et Kathleen
Wilson-Chevalier)
OEUVRES
- 1801 : Ode sur les vertus civiles, Paris, Pougens.
- 1802 : Ode sur la mort de Dolomieu, Précédée
d'une notice sur ce Naturaliste (...), Paris, Pougens.
- 1803 : Ode à Lebrun, Paris, Pougens.
- 1804 : Ode qui a concouru pour le prix de poésie
(dédiée à Pougens), Paris, Pougens.
- 1804 : Dictionnaire historique, bibliographique et littéraire
des Françaises et des étrangères naturalisées
en France, connues par leurs écrits, ou par la protection
qu'elles ont accordée aux gens de Lettres, depuis l'établissement
de la Monarchie jusqu'à nos jours, Paris, Treutell
& Würtz.
- 1806 : Élégies imitées de Milady Montague,
Niort, Dépierris.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- H.-A. Briquet, Histoire de la Ville de Niort, Niort,
Robin, 1832, pp. 52-58 (notice illustrée par son fils,
Apollin).
- H. Plick, "Fortunée Briquet, 1782-1815", in
H. Clouzot, Portraits à la plume, Niort, L. Clouzot,
1891, p.1-7.
- N. Pellegrin, "Entre local et international, botanique,
poésie et féminisme: Fortunée Briquet (Niort,
1782-1815)", Les Apports de l'histoire des provinces à
l'histoire nationale, Versailles, UFUTA, 1995, p.97-110.
- C. Hesse, The Other Enlightenment. How French Women Became
Modern, Princeton, Princeton U. P., 2001, passim.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Gaucher. Portrait (gravure) -- frontispice du Nouvel
Almanach des Muses (1803), no2, et du Dictionnaire.
Nicole Pellegrin, 2002.
- "une femme savante qui accumule les exemples les plus illustres pour faire accepter le petit bout de bas bleu... foncé, qui dépasse sous sa tunique à l'antique. [...] O petites femmes, laissez à l'homme le travail inquiet de la pensée" (H. Plick, "Fortunée Briquet, 1782-1815", in H. Clouzot, Portraits à la plume, Niort, L. Clouzot, 1891, p.5).
- (à propos du Dictionnaire) "travail superficiel mais utilisable" (Roman d'Amat, Dictionnaire de biographie française, Paris, Letouzey, t.7, 1956, p.343).