Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Jugements
Auteure parisienne décédée
en 1680, Marguerite Buffet fait aujourd'hui partie des nombreuses
femmes dont les oeuvres sont oubliées. Très peu
d'informations sont actuellement disponibles à son sujet.
Bien que l'avocat au Parlement dont la lettre figure en ouverture
de ses Nouvelles observations sur la langue française
(1668) souligne la réputation dont jouit Buffet dans la
seconde moitié du XVIIe siècle, bien qu'il signale
que ce livre contribue "à augmenter la haute estime
qu'[il a] tousjours faite de [ses] ouvrages", il reste qu'aucun
autre de ces ouvrages n'a été identifié jusqu'à
ce jour. Les rares et succinctes notices biographiques existantes
la présentent ou bien comme philologue, grammairienne française
ou encore comme dame "faisant profession d'enseigner aux
Dames l'art de bien parler et de bien écrire sur tous sujets,
avec l'orthographe françoise par règles", mention
inscrite sur la couverture des Nouvelles observations.
Comme l'indique le titre complet de l'ouvrage
de Buffet, son contenu est double. Dans les deux tiers du volume
sont exposées un certain nombre de recommandations d'ordre
grammatical destinées à un lectorat principalement
féminin. Le tiers restant est meublé par un discours
apologétique vantant les capacités intellectuelles
féminines sur lequel se greffe une liste de figures féminines
modèles destinées à illustrer la validité
de cette défense du féminin.
Marguerite Buffet introduit ses observations
sur la langue au moyen d'une brève réflexion ayant
comme sujet "De la nécessité de bien parler
sa langue et combien la française est estimée de
toutes les Nations." Par la suite, elle divise son propos
en quatre parties. D'abord, Buffet veut favoriser l'utilisation
adéquate des termes du "bel usage" français
en soulignant la nécessité de corriger l'emploi
de plusieurs termes barbares et anciens. Cette première
section occupe à elle seule la moitié des pages
dédiées aux observations sur la langue, confirmant
la préoccupation de l'auteure d'une réforme de la
langue française. Dans un deuxième temps, Buffet
fait état d'un certain nombre de remarques relatives à
la superfluité du langage et au recours fréquent
à des termes inutiles. À cet effet, Buffet n'hésite
pas à se faire la chantre d'une langue juste et claire,
purifiée de ses imperfections et de ses redondances. La
section suivante donne quant à elle des moyens propres
à corriger une mauvaise prononciation de la langue française.
Par la même occasion, Buffet signale l'importance d'employer
judicieusement son temps en profitant des moments libres pour
apprendre et s'instruire. Enfin, la dernière section donne
la juste définition de quelques mots trop souvent employés
à mauvais escient.
Le Traité sur les Éloges
des Illustres Sçavantes Anciennes et Modernes apparaît
comme le prolongement de ces remarques sur la langue. Il fournit
au lectorat des exemples de femmes cultivées et érudites
sachant converser correctement et écrire judicieusement.
Aux conseils théoriques grammaticaux répondent ainsi
des exemples qui servent de preuves.
L'intérêt de ce Traité
sur les Éloges réside en grande partie dans
la symbiose qu'il présente des deux traditions textuelles
vouées à la défense des femmes depuis le
XVe siècle: l'apologie et le discours épidictique.
En eux-mêmes, les Éloges se divisent en trois
parties de longueur variable. Vient d'abord une apologie des femmes
très synthétique exploitant en trente-sept pages
le thème de la supériorité féminine
où est principalement affirmée la valeur intellectuelle
du sexe féminin. L'ouvrage se poursuit par des éloges
dédiés à dix-neuf savantes contemporaines.
Enfin, les cinquante-deux dernières pages de l'ouvrage
accumulent sous forme de liste non moins de quarante et une femmes
illustres des siècles antérieurs au XVIIe.
Du XVIIe siècle à aujourd'hui,
l'ouvrage de Marguerite Buffet est, semble-t-il, passé
relativement inaperçu. Les articles ou textes critiques
en faisant état demeurent sommaires: ou bien ils signalent
seul le titre au passage ou encore ils évoquent brièvement
la nature de l'ouvrage. Par conséquent, un important travail
critique et analytique reste toujours à faire concernant
cette oeuvre et son auteure.
Marguerite Buffet, a Parisian author who died in 1680, is one of the many women writers whose works have fallen into neglect. Very little is known about her even today. Although the parliamentary counsel whose letter opens Marguerite Buffet's Nouvelles observations sur la langue française (1668) underlines the high regard in which she and her works were held in the second half of the seventeenth century, and although he specifically states that her book contributes to "increasing the high esteem that [he] has always held for [her] works", no other works by Marguerite Buffet have been identified to date. The few terse biographical notes that remain record her contribution as a philologist, a grammarian of the French language, or as a lady "whose profession is to teach Ladies the art of speaking and writing well upon all subjects, following the rules of French orthography", as she is described on the cover of her book Nouvelles observations.
As the full title of the work indicates, the content has a dual purpose. Two-thirds of the volume are filled with a certain number of recommendations in the field of grammar, aimed at a primarily female readership. The remaining third consists of a discourse in praise of women's intellectual capacities, followed by a list of female role models who serve to illustrate her defense of women.
Marguerite Buffet introduces her observations on language with a brief text reflecting on the subject of "The necessity of speaking one's language well and how the French tongue is respected by all nations". The rest of the work is divided into four parts. In the first part, Marguerite Buffet encourages the proper and appropriate use of high style in French, emphasizing the necessity of avoiding a number of given archaic terms and barbarisms. This first section accounts for half of all of her observations on language, reflecting her interest in reforming her native tongue. In the second part, she makes a number of remarks concerning superfluity in language and the over-use of unnecessary terms. Here, Marguerite does not hesitate to defend her ideal of the precise, clear use of a language stripped of all its imperfections and superfluities. The following section then details the best ways to correct the faulty pronunciation of French vocabulary. In this same section, she also highlights the importance of using one's time wisely by spending free moments studying and improving oneself. Finally, the fourth section gives the correct definition of a number of words too often used in an inappropriate context.
The Traité sur les Éloges des Illustres Sçavantes Anciennes et Modernes is a continuation of the author's observations on language. This section provides the reader with a number of examples of cultivated, erudite women who were skilled conversationalists and writers, thoughtful in their use of language. The value of the grammatical theory and advice in the first part of the book is thus proven by the examples invoked. What makes this Traité sur les Éloges so interesting is the fact that it represents a symbiosis of two particular traditions that had been developing since the fifteenth century in texts in defense of women: the apology and the epidictic discourse. The Éloges are divided into three parts of varying length. The first part is an apology in defense of women that synthesizes Marguerite Buffet's argument in thirty-seven pages, setting out the superiority of women and in particular the caliber of their intellectual capacities. The work continues with texts in praise of nineteen contemporary woman thinkers. Finally, the last fifty-two pages of the book include a list of no fewer than forty-one illustrious women who lived prior to the seventeenth century.
Whether in the seventeenth century or the present day, Buffet's work seems never to have received much attention. The few articles and critical texts that acknowledge its existence either simply note its title, or, at best, give a brief description of its contents. Consequently, there is still a good deal of critical and analytical work to be done on Marguerite Buffet and her work.
(traduction de Susan Pickford)
OEUVRES
- 1668 : Nouvelles observations sur la langue française;
où il est traitté des termes anciens et inusitez
et du bel usage des mots nouveaux avec les Éloges des Illustres
Sçavantes Anciennes et Modernes, Paris, Imprimerie
Cusson, chez Monsieur Bourdon.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Chang, Leah, «Les Précautions ridicules: textspin
in 17th-Century France», Romances Notes, vol. XXXVIII,
3, printemps 1998, p.333-341.
- Ducharme, Isabelle, «Une formule discursive au féminin:
Marguerite Buffet et la Querelle des femmes», Papers
on French Seventeenth Century Literature, vol. XXX, 58, 2003,
p.131-155.
- Ducharme, Isabelle, «Marguerite Buffet: lectrice de la
Querelle des femmes», in Isabelle Brouard-Arends (dir.)
Lectrices d'Ancien Régime, Rennes, Presses universitaires
de Rennes, 2003, p.311-320.
Isabelle Ducharme, 2003.
JUGEMENTS
- "Little is known about either Buffet or her work, but she
has left a rare and valuable document in this linguistic treatise
written specifically for women (Nouvelles observations sur
la langue française avec les Éloges des Illustres
Sçavantes Anciennes et Modernes), which seems also
to refer to an earlier work giving her pupils rules fo spelling
French correctly. Buffet was thought to be simply a compiler of
the French grammarian Claude de Vaugelas (1595-1650), who showed
particular care in collecting decisions regarding "la chasteté
du langage" [...] but has recently been revalued. Her aim
was to convince women that the study of good speech and writing
was a serious subject that should not be left to "les hommes
de cabinet" (Claire Buck, Women's Literature, s.l.,
Bloomsbury Publishing, 1992).
- "Les savoirs -- ou, plus exactement, les savoir-faire --
indispensables à la "vie civile" (ou mondaine),
voilà ce que, après Mlle de Scudéry, défend
et revendique Mlle Buffet" (Linda Timmermans, L'Accès
des femmes à la culture (1598-1715). Un débat d'idées
de Saint François de Sales à la Marquise de Lambert,
Paris, Honoré Champion, 1993, p.330).