Résumé - Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique - Jugements
Catherine II est née le 21 avril/2
mai 1729, à Stettin (Pologne). Baptisée Sofie-Frédérique-Auguste,
elle est la fille du prince Christian-Auguste d'Anhalt-Zerbst
et de sa femme Johanne-Élisabeth, née princesse
de Schleswig-Holstein. Elle reçoit une éducation
française.
En février 1744, elle vient en Russie avec sa mère
sur l'invitation de l'impératrice Élisabeth Petrovna.
En juin de la même année, elle se convertit à
la religion orthodoxe sous le nom de Catherine Alexeïevna
et, le 25 août 1745, elle épouse le grand-duc Pierre
Fedorovitch, héritier du trône russe. Leur fils unique
Paul (futur empereur) naît en 1754. Catherine n'est guère
heureuse dans son ménage, mais elle supporte tout pour
acquérir les faveurs du public russe, ce à quoi
elle parvient avec éclat.
Après la mort d'Élisabeth
Petrovna, Catherine réussit, le 28 juin/8 juillet 1762,
en s'appuyant sur la garde impériale, à renverser
son mari, devenu empereur, et à se proclamer souveraine
de Russie. L'assassinat de Pierre par les complices de Catherine
menaçant de ternir son règne, elle tâche de
s'imposer comme souveraine éclairée. Entretenant
une correspondance avec Voltaire, d'Alembert et Grimm, elle propose
d'imprimer l'Encyclopédie en Russie, invite les
deux premiers et Diderot à Saint-Pétersbourg (seul
Diderot accepte cette invitation en 1773), achète la bibliothèque
de Diderot (la laissant à sa disposition tant qu'il est
en vie) et celle de Voltaire (après sa mort), finance la
rédaction de la Correspondance littéraire
de F.-M. Grimm. Sur son invitation, le sculpteur français
É.-M. Falconet érige à Saint-Pétersbourg
la statue de Pierre le Grand, grand-père de son époux,
devenue symbole de la ville.
À l'intérieur, Catherine
II entame une série de réformes, en rédigeant
le projet d'un nouveau code de lois (Instruction). Son
époque devient l'âge d'or de la noblesse russe. Elle
favorise le développement des sciences et des arts, fait
ouvrir plusieurs établissements d'enseignement, notamment
le premier Institut des filles nobles. Elle affermit la monarchie
absolue. Ses nombreux favoris n'ont pas de réel pouvoir.
À l'extérieur, les guerres avec la Turquie permettent
d'annexer la Crimée et d'autres territoires au sud de l'Empire
russe. À la suite du partage de la Pologne, la Russie occupe
des territoires considérables à l'ouest.
Grande intellectuelle, Catherine II traduit
un chapitre du roman de Marmontel Bélisaire. Elle
rédige également un ouvrage en français,
Antidote (dirigé contre le Voyage en Sibérie
de Chappe-d'Auteroche où la Russie était présentée
sous des couleurs bien sombres), des notes sur l'histoire russe
et de nombreuses comédies dans les deux langues. Ses oeuvres
publiées ne sont pas signées, ce qui rend parfois
difficile leur attribution. En 1769, elle fonde la revue littéraire
Vsiakaïa vsiatchina [Un pot-pourri]. En 1771,
elle commence à écrire ses Mémoires,
qu'elle reprend ensuite en 1791 et que, selon toute évidence,
elle retravaille jusqu'à la fin de sa vie. Le texte s'arrête
vers 1759-1760, avant l'avènement de Catherine au trône,
et la présente comme une forte personnalité, inspirée
par la plus grande ambition, souffrant de la malveillance de son
mari et de la tzarine Élisabeth, mais qui réussit
à s'élever au-dessus de ces contingences. Il existe
sept rédactions des Mémoires. La version
réputée la plus achevée est publiée
en traduction russe en 1858, les autres sont publiées en
français en 1907. Catherine II décède le
5/16 novembre 1796, à Saint-Pétersbourg.
De son vivant, Catherine II a été
perçue par ses sujets comme une vraie «mère»,
tandis qu'en Europe elle a été jugée diversement.
Les encyclopédistes, et surtout Voltaire, ont entretenu
le mythe de la "Minerve du Nord", souveraine éclairée
d'un jeune État. D'autres, pour qui la Russie restait un
pays barbare, ont véhiculé de son impératrice
des représentations négatives (C.-C. Rulhière,
J.-H. Castéra). Après sa mort sont apparus des jugements
plus équilibrés, fondés sur une meilleure
connaissance de la personnalité de l'impératrice
(le prince de Ligne, le comte de Ségur).
Si l'image de Catherine II comme souveraine
de la Russie continue de se préciser grâce aux recherches
historiques, l'étude de son oeuvre littéraire n'a
commencé que ces dernières années et demeure
encore insuffisante.
En russe
- [années 1770] : O vremia ! [Oh, le temps !], comédie
en trois actes, Saint-Pétersbourg, Senatskaia tipografiïa,
s.d.
- 1774 : Gospoja Vestnikova s semieiu [Madame Vestnikova avec
sa famille], comédie en un acte, Saint-Pétersbourg,
Senatskaia tipografiïa.
- 1774 : Imianiny gospoji Vortchalkinoï [La fête
de Madame Vortchalkina], comédie en cinq actes, Saint-Pétersbourg,
Senatskaia tipografiïa.
- 1781 : Skazka o tsarevitche Khlore [Conte du prince Chlore],
Saint-Pétersbourg, tipografiïa Akademii naouk.
- 1785 : Obmanchtchik [L'imposteur], Saint-Pétersbourg,
tipografiïa Akademii naouk.
- 1786 : Chamane sibirskiï [Le chaman de Sibérie],
Saint-Pétersbourg, tipografiïa Akademii naouk.
- 1787-1794 : Zapiski kassatelno rossiïskoï istorii
[Notes sur l'histoire russe], parties I-VI, Saint-Pétersbourg,
imperatorskaïa tipografiïa.
traduction du français vers le russe
- 1768 : traduction du chapitre IX du roman de Marmontel Bélisaire,
in Velizer, sotchinenie gospodina Marmontela, tchlena Frantsouzskoï
akademii, pereveden na Volge [Bélisaire, oeuvre de Monsieur
Marmontel, membre de l'Académie française, traduite
sur la Volga], Moscou, pri Imperatorskom Moskovskom Universitete
[réédité en 1773 et 1785] -- Éd. A.
N. Pypine, in Ekaterina II, Sotchineniïa, voir supra,
t.5, 1903.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Babitch, N.V., Babitch, M.V., Lapteva, T.A. Ekaterina
II. Annotirovannaïa bibliografiïa poublikatsiï
[Catherine II. Bibliographie annotée des écrits
publiés]. Moscou, Rosspen, 2004.
*Carrère d'Encausse, Hélène. Catherine
II: un âge d'or pour la Russie. Paris, Fayard, 2002.
- Davidenkoff, A. (dir.), Catherine II et l'Europe.
Paris, Institut d'Études slaves, 1997.
- Madariaga, Isabel de. Russia in the age of Catherine the
Great. London/New-Haven, Yale University Press, 1981.
- Raeff, Marc (dir.), Catherine the Great: a Profile. Londres,
Macmillan, 1972.
CHOIX
ICONOGRAPHIQUE
- Lampi l'Ancien, Jean-Baptiste. Portrait de Catherine
la Grande (huile sur toile), 1794. Saint-Pétersbourg,
Musée de l'Ermitage -- Catherine II et l'Europe.
- Levitskiï Dimitri. Portrait de Catherine II au Temple
de la déesse de la Justice (huile sur toile), 1783.
Moscou, Galerie d'État Tretiakov.
Elena Gretchanaia, 2006.
JUGEMENTS
- «Si le sexe de Catherine-le-Grand lui eût permis
l'activité d'un homme, qui peut tout voir par lui-même,
se porter partout, entrer dans tous les détails, il n'y
aurait pas un seul abus dans son empire. À la partie près
de ces détails, elle fut sans doute plus grande que Pierre
Ier [...] le rôle de l'impératrice allait le mieux
à son visage, à sa démarche, à l'élévation
de son âme, et à l'immensité de son génie
aussi vaste que son empire. [...] Ses ouvrages frivoles, comme
ses comédies, par exemple, avaient un but moral, comme
la critique des voyageurs, des gens à la mode, des sectes
et surtout des Martinistes, qu'elle croyait dangereux. [...] Il
y a dans son style plus de clarté que de légèreté.
Ses ouvrages sérieux sont profonds. [...] Mais les petites
nuances, le charme des détails, le coloris, n'étaient
pas son fort» (Prince de Ligne. Catherine II [1796], in
Mémoires, lettres et pensées, Paris, François
Bourin, 1989, p.760-761, 766).
- «Usurpatrice du trône qu'elle voulait conserver,
elle fut obligée de caresser ses complices: ils avaient
par leur crime acheté l'impunité. Etrangère
dans l'empire où elle régnait, elle chercha à
s'identifier avec la nation, en adoptant, en flattant même
ses goûts et ses préjugés. Catherine sut quelquefois
récompenser, elle ne sut jamais punir; et ce ne fut qu'en
laissant abuser de son pouvoir qu'elle parvint à la conserver.
Elle eut deux passions qui ne moururent qu'avec elle: son amour
pour l'homme, qui dégénéra en libertinage,
et son amour pour la gloire, qui dégénéra
en vanité. La première de ses passions ne la domina
jamais au point d'en faire une Messaline; mais elle prostitua
souvent sa grandeur et son sexe: elle resta par habitude ce qu'elle
avait été par tempérament. La seconde lui
fit entreprendre des choses louables qui furent rarement achevées,
et des guerres injustes qui lui laissent au moins cette espèce
de gloire qu'on ne peut refuser aux grandes entreprises et aux
heureux succès. La générosité de Catherine,
l'éclat de son règne, la magnificence de sa cour,
ses instituts, ses monuments, ses guerres, sont pour la Russie
ce que le siècle de Louis XIV fut pour l'Europe»
(C.-F.-P. Masson. Mémoires secret sur la Russie, et
particulièrement sur la fin du règne de Catherine
II et sur celui de Paul Ier, T. I, Paris, chez Levrault, Schoell
et Compagnie, 1804, p. 81-82).
- «Lorsqu'on peint Catherine, ses faiblesses sont les ombres
de ce grand tableau; mais elles laissent au moins briller la générosité
de son caractère. Peu de femmes, revêtues d'un pouvoir
absolu, montreraient autant de modération, en voyant leurs
sentiments trahis et leur amour-propre blessé. Cet empire
qu'elle savait prendre sur son courroux est d'autant plus louable,
qu'elle était naturellement, comme elle me l'a dit plusieurs
fois, très vive et même violente. [...] Ne doit-on
pas juger avec quelque indulgence les erreurs de cette femme,
nommée Catherine le Grand par le prince de Ligne,
lorsqu'elle montrait à la fois dans sa conduite tant de
fierté, de douceur et de magnanimité?» (Comte
de Ségur. Mémoires ou souvenirs et anecdotes,
par M. le Comte de Ségur, T. 3,Paris, Alexis Eymery,
1826, p. 497-498).