Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Jugements
Isabella Agneta Elisabeth van Tuyll
van Serooskerken, dite Belle de Zuylen, est née le 20 octobre
1740 au château de Zuylen près d'Utrecht aux Pays-Bas.
Fille aînée de Diederik Jacob, baron van Tuyll van
Serooskerken et de Helena Jacoba de Vicq, elle a quatre frères
et une soeur. Très jeune, elle apprend le français:
de 1748 à 1753 elle a une gouvernante suisse, Jeanne-Louise
Prévost. Elle passe avec elle vers 1750 une année
à Genève. En rentrant, elles s'arrêtent à
Paris et rencontrent le peintre Quentin de La Tour qui fera en
1766 le portrait de Belle. Mlle Prévost quitte la Hollande
en octobre 1753 et entame avec son ancienne élève
une correspondance qui durera jusqu'en 1758: elle l'incite à
lire et à faire des extraits de ses lectures. Par ailleurs
Belle profite des leçons dispensées à ses
frères, s'initie au latin, étudie sérieusement
la peinture et la musique, lit les classiques français
du XVIIe siècle et suit de près la production littéraire
de son époque. Le 28 février 1760, elle rencontre
lors d'un bal à La Haye David-Louis Constant d'Hermenches
(1722-1785), colonel d'un régiment suisse au service des
Etats-Généraux et commence une correspondance, d'abord
clandestine, qui se poursuivra jusqu'en 1775 et où s'élabore
son talent d'épistolière. De 1764 à 1768,
elle correspond également avec le futur biographe de Samuel
Johnson, James Boswell, qui lui fait découvrir Adam Smith.
Elle écrit des vers et des «portraits» qu'elle
fait circuler, et fait paraître en 1762 Le Noble,
conte dans lequel elle se moque des préjugés de
son milieu. L'édition de 1763 sera retirée du commerce
par ses parents. En 1764, elle écrit une comédie,
Justine, qui n'a pas été retrouvée.
Toute cette période est occupée aussi par la recherche
d'un mari. Belle refuse environ une douzaine de candidats et se
résout en 1771 à épouser le précepteur
de ses frères, Charles-Emmanuel de Charrière de
Penthaz (1735-1808), gentilhomme suisse sans titre ni fortune.
Elle passera la seconde moitié de sa vie, jusqu'à
sa mort le 27 décembre 1805, au manoir du Pontet à
Colombier dans la principauté de Neuchâtel, et c'est
sous le nom d'Isabelle de Charrière qu'elle publiera.
Les années 1784-1785 marquent le
coup d'envoi de sa carrière littéraire puisqu'elle
publie alors ses deux premiers romans, les Lettres neuchâteloises
et les Lettres de Mistriss Henley. Puis suivent les Lettres
écrites de Lausanne, une comédie, un opéra
comique (perdu). Pendant un séjour à Paris en 1786-1787,
lors duquel elle publie trois recueils de sonates pour clavecin,
elle rencontre Benjamin Constant, avec qui elle noue un échange
épistolaire qui se maintiendra jusqu'en 1805 malgré
les intermittences dues à la liaison de Benjamin avec Mme
de Staël. Isabelle s'intéresse vivement aux idées
pré-révolutionnaires et, de retour en Suisse, elle
se livre à une activité journalistique intense,
publiant pamphlets et essais politiques (Observations et conjectures
politiques, Lettres d'un évêque français
à la nation). Les excès de la Révolution
et ses répercussions en Europe l'inquiètent et ses
interrogations nourrissent ses lettres à Constant, lui
inspirent des pamphlets tels que les Lettres trouvées
dans la neige (1793) et éveillent de nouveau son inspiration
romanesque: romans de la Révolution et de l'Emigration
(tels que Lettres trouvées dans des portefeuilles d'émigrés)
et de l'après Révolution (dont Trois femmes
est l'un des plus ambitieux). Cette production romanesque se poursuit
jusqu'à la fin du siècle (Sir Walter Finch et
son fils William). En même temps, l'activité
épistolaire reste des plus importantes: Isabelle entretient,
à partir des années 1790, un commerce épistolaire
avec sa famille néerlandaise et avec des jeunes gens et
jeunes filles qu'elle s'emploie à former, déployant
jusqu'à la fin de sa vie sa passion pédagogique.
Par ailleurs, Isabelle de Charrière a composé 26
comédies, opéras et tragédies lyriques, pour
la plupart restés inachevés ou non publiés.
De son temps, son oeuvre, appréciée
de l'entourage suisse, a rencontré peu d'échos en
France. Par contre, plusieurs des romans ont été
traduits en allemand. C'est depuis Sainte-Beuve que sa correspondance
est considérée comme un des chefs d'oeuvre de la
littérature épistolaire. Grâce aux biographes
suisse (Philippe Godet) et néerlandaise (Simone Dubois),
sa personnalité fascinante d'abord, puis son oeuvre ont
finalement reçu l'attention qu'elles méritent.
Isabella Agneta Elisabeth van Tuyll van Serooskerken, known as Belle de Zuylen, was born on October 20, 1740, in the castle of Zuylen, near Utrecht, Holland. She was the eldest daughter of Diederik Jacob, Baron van Tuyll van Serooskerken, and Helena Jacoba de Vicq. She had four brothers and a sister. She began learning French at an early age: from 1748 to 1753, she had a Swiss governess, Jeanne-Louise Prévost, and the two spent a year in Geneva around 1750. On their return journey, they stopped off in Paris, where they met the artist Quentin de la Tour, who was to paint Belle's portrait in 1766. Jeanne-Louise Prévost left Holland in October 1753, but carried on a correspondence with her former pupil until 1758, encouraging her to read and copy extracts from the books she admired. Belle also studied alongside her brothers, learning Latin, studying painting and music in some depth, reading the seventeenth-century French classics, and keeping abreast of contemporary literature. On February 28, 1760, she attended a ball in The Hague, where she met David-Louis Constant d'Hermenches (1722-1785), a colonel in a Swiss regiment in the service of the States General. The two began writing to each other, at first in secret. The correspondence lasted until 1775, helping Belle's epistolary talent to blossom. From 1764 to 1768, she also corresponded with James Boswell, later Samuel Johnson's biographer, who introduced her to the works of Adam Smith. She wrote verse and "portraits" that she distributed among her circle of acquaintances, and in 1762 published The Nobleman, a satire on the prejudices of her social class. The 1763 edition was withdrawn from sale by her parents. In 1764, she wrote a comedy entitled Justine, since lost. These years were also marked by a search for a husband for Belle. She turned down a dozen or so offers before resigning herself in 1771 to marrying her brothers' tutor, Charles-Emmanuel de Charrière de Penthaz (1735-1808), a Swiss gentleman with neither title nor fortune. She spent the second half of her life, until her death on December 27, 1805, in her manor, Le Pontet, in Colombier in the principality of Neuchâtel, publishing her writings under her married name, Isabelle de Charrière.
Her literary career took off in 1784-1785 when she published her first two novels, Lettres neuchâteloises and Lettres de Mistriss (sic) Henley. Her next works were the Lettres écrites de Lausanne, a comedy, and a comic opera, since lost. During a visit to Paris in 1786-1787, she published three collections of harpsichord sonatas. She also met Benjamin Constant and began corresponding with him. They carried on exchanging letters intermittently until 1805, suspending their correspondence during Constant's affair with Madame de Staël. Isabelle developed a keen interest in pre-revolutionary politics, and on her return to Switzerland, she produced a prolific amount of political pamphlets and essays, such as Observations et conjectures politiques and Lettres d'un évêque à la nation. However, she was concerned at the excesses of the Revolution and its repercussions elsewhere in Europe. Her worries are reflected in her letters to Constant and in pamphlets such as Lettres trouvées dans la neige (1793). Her concerns also prompted her to begin writing novels again, describing the Revolution and the Emigration, for example Lettres trouvées dans des portefeuilles d'émigrés, and the post-revolutionary period, Trois Femmes being one of the most ambitious of these. She carried on writing and publishing novels to the end of the century, with titles such as Sir Walter Finch et son fils William. During this period, she continued her voluminous correspondence. From the 1790s on she exchanged letters with her family in Holland and young men and women she helped educate-her passion for teaching lasted to the end of her days. Isabelle de Charrière also wrote 26 comedies, operas, and lyrical tragedies, most of which were left unfinished and unpublished.
During her lifetime, her work, while appreciated by her Swiss friends and acquaintances, did not attract much attention in France, although several of her novels were translated into German. It was Sainte-Beuve who declared her letters to be masterpieces of the epistolary art. Thanks to biographies by the Swiss author Philippe Godet and the Dutch author Simone Dubois, her fascinating character and her writings have finally received the critical attention they deserve.
(traduction de Susan Pickford)
OEUVRES
- 1762 : Le Noble. Conte dans Journal étranger,
combiné avec l'Année Littéraire, août
1762, no.8, Amsterdam, van Harrevelt, 1763, p.540-74 -- Voir infra,
OC.
- 1784 : Lettres neuchâteloises, Amsterdam (=
Lausanne), 1784 -- Voir infra, OC.
- 1784 : Lettres de Mistriss Henley, publiées par
son amie, Genève, 1784 -- Voir infra, OC.
- 1785 : Lettres écrites de Lausanne, Toulouse
(= Genève, Bonnant), 1785 -- Voir infra, OC.
- 1787-88 : Observations et conjectures politiques,
Les Verrières, Jérémie Wittel -- Voir infra,
OC.
- 1789 : Lettres d'un évêque français
à la nation, Neuchâtel, Fauche-Borel -- Voir
infra, OC.
- 1793 : Lettre d'un Français, et réponse
d'un Suisse (Lettres trouvées dans la neige), Neuchâtel,
Fauche-Borel -- Voir infra, OC.
- 1793 : Lettres trouvées dans des portefeuilles
d'émigrés, Paris (= Lausanne, Durand) -- Voir
infra, OC.
- 1795 : Trois femmes, in Monthly Magazine,
septembre 1796 -- Voir infra, OC..
- 1799 : Sainte-Anne, dans L'Abbé de La Tour
ou recueil de nouvelles et autres écrits divers, t.III,
Leipzig, Wolf -- Voir infra, OC.
- 1799 : Sir Walter Finch et son fils William, Genève,
Paschoud, 1806 -- Voir infra, OC.
- Oeuvres Complètes [OC], édition critique J.-D.
Candaux, C.P. Courtney, P.H. Dubois, S. Dubois-De Bruyn, P. Thompson,
J. Vercruysse et D.M. Wood, Amsterdam, G.A. van Oorschot, 1979-1984,
10 vol. (t.I à VI: Correspondance, t.VII: Théâtre,
t.VIII et IX: Romans, contes et nouvelles, t.X: Essais,
vers, musique)
- Bibliographie complète dans Courtney -- Voir infra.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- P. Godet, Madame de Charrière et ses amis, Genève,
A.Jullien, 1906, 2 vol.
- C.P. Courtney, Isabelle de Charrière (Belle de Zuylen).
A biography, Oxford, Voltaire founfation, 1993.
- Une Européenne: Isabelle de Charrière en son
siècle. Actes du Colloque de Neuchâtel, 11-13 novembre
1993, Neuchâtel, Attinger, 1994.
- Y. Went-Daoust, Isabelle de Charrière (Belle de Zuylen):
de la correspondance au roman épistolaire, Amsterdam,
Rodopi, 1995.
- M. van Strien-Chardonneau, «Lettres (1793-1805) d'Isabelle
de Charrière à son neveu, Willem-René van
Tuyll van Serooskerken. Une éducation aristocratique et
post-révolutionnaire», in Rapports. Het Franse
boek, 70, 2000, p.86-93.
Madeleine van Strien-Chardonneau et Suzan van
Dijk, 2002.
JUGEMENTS
- «Ah, si cette demoiselle avait la bonté d'écrire
en néerlandais! Quel avantage si le bourgeois se mettait
à lire grâce à elle» (son contemporain
Frans van Lelyveld, fondateur de la Société des
lettres néerlandaises; cité d'après H. Stouten
dans Histoire de la littérature néerlandaise,
Paris, Fayard, 1998, p.379).
- «C'est le ton extrêmement personnel dans certains
de ces récits, qui paraît préjudiciable à
la juste appréciation de ses oeuvres, non seulement à
Genève en 1800, mais aussi dans les Pays-Bas actuels. [...]
A cause de l'intérêt que représente sa vie,
Belle de Zuylen est souvent en proie à une attention qui
concerne exclusivement sa personne» (J. Stouten, in M.A.
Schenkeveld-van der Dussen (éd.), Nederlandse literatuur,
een geschiedenis, Groningen, Nijhoff, 1993, p.370; trad. SvD).
- «[...] Assurément toute l'oeuvre de Mme de Charrière
ne vaut pas Caliste. Hollandaise, elle avait peu de facilité
à manier la langue française. [...]» (J. Larnac,
Histoire de la littérature féminine en France,
Paris, Kra, 1929, p.169).
- «Of all the women novelists of eighteenth-century France,
Isabelle de Charrière (1740-1805) is arguably the greatest»
(M. Hall, dans S. Stephens (éd.), A History of women's
writing in France, Cambridge, Cambridge University press,
2000, p.113).
- «Toutes les opinions de Mme de Charrière reposaient
sur le mépris de toutes les convenances et de tous les
usages» (B. Constant, dans Le Cahier rouge, cité
d'après C. Calame, «Une étude de moeurs»,
intr. aux Lettres neuchâteloises, éd. I. et
J.-L. Vissière, Paris, La Différence, 1991, p.7.