Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique - Jugements
Ekaterina Romanovna Dachkova naît
le 17 [28] mars 1743 à Saint-Pétersbourg. Fille
du comte Romane Vorontsov et de sa femme Marfa (née Sourmina),
elle perd sa mère à l'âge de deux ans et est
élevée dans la famille de son oncle, Mikhaïl
Vorontsov, chancelier d'État. Elle reçoit une très
bonne éducation, maîtrise quatre langues, surtout
le français. En février 1758, elle épouse
le prince Mikhaïl Dachkov. Elle a une fille, Anastassia (1760-1831),
et deux fils, Mikhaïl (1762) et Paul (1763-1807). En 1759,
elle fait la connaissance de la future impératrice Catherine
II, qui devient son amie. Elle prend d'ailleurs une part active
dans le coup d'état qui la met sur le trône le 28
juin 1762. Elle débute peu après dans la littérature
avec des traductions de philosophes français (Voltaire,
Helvétius).
Après la mort de son mari (1764),
elle vit à Moscou. Elle écrit des poèmes
en russe et en français (non conservés), des pièces
de théâtre, elle traduit des encyclopédistes
français, elle rédige des articles sur des questions
relatives à l'éducation, des discours académiques,
des lettres. En 1768, elle voyage à l'ouest de la Russie,
puis part à l'étranger avec son fils en vue de lui
donner une éducation européenne (1770-1771), avant
de renouveler l'expérience en 1775-1782. Elle visite l'Allemagne,
l'Angleterre, la Hollande, la France, l'Italie, la Suisse, faisant
la connaissance de Diderot, Voltaire, Raynal, W. Robertson, A.
Smith, B. Franklin. De retour en Russie, elle est nommée
directrice de l'Académie impériale des sciences
de Saint-Pétersbourg le 24 janv. 1783, et le 21 oct. de
la même année, directrice de l'Académie impériale
russe, fondée à son initiative. Elle commence alors
à éditer la revue Sobesednik liubitelei rossiïskogo
slova (1783-1784) puis la revue Novyie ejemesiatchnyie
sotchinenia (1786-1796) [voir OEuvres]. Elle protège
aussi plusieurs écrivains russes. La notoriété
de la princesse, qui par ailleurs chante et compose de la musique,
est alors pleinement reconnue: elle devient membre de la Soc.
phil. de Philadelphie, de la Soc. écon. de Saint-Pétersbourg,
de l'Acad. Royale d'Irlande, de l'Acad. de Berlin ainsi que de
celle de Stockholm. Dachkova exerce ses fonctions à la
tête de l'Acad. impériale des sciences de Saint-Pétersbourg
jusqu'en 1794, date à laquelle paraît le premier
dictionnaire de la langue russe en six volumes, à la rédaction
duquel elle a participé.
Après l'avènement au trône
de Paul Ier (1796), Dachkova est exilée dans son village
Korotovo (nord-ouest de la Russie), puis dans celui Troitskoïé
(sud de Moscou). En 1801, le nouveau tsar Alexandre Ier l'invite
à prendre part à nouveau à la vie de la Cour,
et elle se rend parfois à Saint-Pétersbourg et à
Moscou, mais elle préfère vivre à Troitskoïé.
Une jeune fille irlandaise, Martha Wilmot, parente d'amis anglais,
vient séjourner chez elle de 1803 à 1808 avec sa
soeur Catherine et l'encourage à écrire ses Mémoires.
C'est en français que Dachkova rédige son oeuvre
majeure, Mon Histoire, terminée en 1805. Elle y
retrace sa vie depuis son enfance, décrit les événements
politiques qui ont amené Catherine II au pouvoir, ses entretiens
avec Diderot et Voltaire, sa vie en exil. L'oeuvre s'inscrit dans
la tradition des Mémoires aristocratiques français,
et la tendance apologétique y est prononcée. En
1807, une copie du texte est emportée par Catherine Wilmot
en Angleterre, tandis que Martha, arrêtée à
la frontière russe en 1808, brûle l'original. Dachkova
décède le 4 [16] janvier 1810 à Troitskoïé.
On trouve chez elle une autre copie de ses Mémoires, qui
circule dans la société aristocratique jusqu'à
sa publication.
Dachkova est un cas frappant de la transgression
des limites assignées aux femmes au XVIIIe siècle.
Elle a suscité chez plusieurs de ces contemporains étrangers,
surtout les Français (comme C.-C. de Rulhière, Ch.-F.-Ph.
Masson, L.-Ph. de Ségur, auteurs des mémoires sur
la Russie) un intérêt malveillant. En Russie impériale
elle a toujours été respectée comme une gloire
nationale, un personnage historique sans précédent,
mais après la révolution socialiste elle est tombée
en discrédit comme un des supports du régime tsariste.
L'intérêt envers Dachkova s'est accru considérablement
ces derniers temps, y compris en Russie, après l'abolition
de la censure idéologique (on publie surtout des nouveaux
documents sur «la présidente des deux Académies»).
Les recherches se poursuivent aussi aux Etats-Unis et en Europe.
Ekaterina Romanovna Dashkova was born in Saint Petersburg on 17 [28] March 1743, to Count Roman Vorontsov and his wife Marfa, née Surmina, who died when Ekaterina was just two. She was brought up with the family of her uncle Mikhail Vorontsov, the State Chancellor. She received an excellent education, mastering four languages, and was espcially at ease in French. In February 1758 she married Prince Mikhail Dashkov. She gave birth to a daughter, Anastassia (1760-1831), and two sons, Mikhail (1762) and Paul (1763-1807). In 1759, she met the future empress Catherine II, and the two women became friends. In fact, Ekaterina played an active role in the coup d'état that put Catherine on the throne on 28 June 1762. Shortly afterwards, Ekaterina tried her hand at literature, translating the works of French philosophers such as Voltaire and Helvetius. After the death of her husband in 1764, she moved to Moscow. She wrote (non-extant) poetry and plays in Russian and French and translated the French encyclopedists. She also wrote articles on education, speeches for the academy, and numerous letters, and sang and composed. In 1768, she traveled in western Russia before going abroad with her son in 1770-71, and again in 1775-82, in order to give him a European education. She visited Germany, England, Holland, France, Italy, and Switzerland, and met Diderot, Voltaire, Raynal, William Robertson, Adam Smith, and Benjamin Franklin. On her return to Russia, Ekaterina was appointed director of the Imperial Academy of Sciences in Saint Petersburg on 24 January 1783, and on 21 October that same year she became director of the Imperial Russian Academy, founded on her own initiative. She began editing the journal Sobesednik lyubitelei russkogo slova (1783-84) and later the journal Novyja ezhemiesachnyja sochinenia (1786-96) (see bibliography). She was also the protector of several Russian writers. Her brilliance was widely acknowledged and she was invited to join the philosophical society of Philadelphia, the economic society of Saint Petersburg, the Irish Royal Academy, and the academies of Berlin and Stockholm. She led the Imperial Academy of Science in Saint Petersburg until 1794. That year saw the publication of the first Russian dictionary in six volumes, to which Ekaterina had contributed.
When Paul I succeeded to the throne in 1796, Ekaterina was exiled to her village of Korotovo in north-western Russia, then to Troitskoye, south of Moscow. In 1801, the new Czar, Alexander I, invited her to return to court. She occasionally visited Saint Petersburg and Moscow but preferred to remain in Troitskoye. From 1803 to 1808 two young Irish women came to live with her. Martha Wilmot and her sister Catherine, who were related to one of Ekaterina's English friends encouraged her to write her memoirs. Ekaterina's major work, Mon Histoire, was written in French. The text, completed in 1805, recounts her life from childhood, describing the political events that put Catherine II on the throne, her own conversations with Diderot and Voltaire, and her years in exile. The book is in the tradition of French aristocratic memoirs with strong overtones of the genre known as apologia. In 1807, Catherine Wilmot took a copy of the text with her back to England. Martha was arrested at the Russian border in 1808 and burnt the original manuscript. Ekaterina died in Troitskoye on 4 [16] January, 1810. A second copy of the memoirs was found among her possessions. It was read widely among aristocratic circles prior to its publication.
Ekaterina Dashkova is a striking case of a woman who transgressed the limits set for her sex in the 18th century. She was decried by a number of foreign contemporaries, particularly French writers, including C.-C. de Rulhière, Ch.-F.-Ph. Masson, and L.-PH. de Ségur, who all wrote memoirs on Russia. In Imperial Russia she was always considered a national treasure and a woman of unparalleled historical significance, although, after the Bolshevik revolution she was discredited for her support of the Czarist regime. Interest in her has grown significantly in recent years, particularly in Russia after the abolition of ideological censorship, where a number of new documents have shed light on her presidency of the two academies. She continues to be studied in the United States and Europe as well.
(traduction de Susan Pickford)
OEUVRES
a) en français
- 1777 : Le petit tour dans les Highlands. Éd. Antony
G. Cross, in XVIII vek [XVIII siècle],
Saint-Pétersbourg, 19, 1995, p.223-238.
- 1803-1805 : Mon histoire, éd. Petr Bartienev,
in Arkhiv kniazia Vorontsova [Les archives du prince Vorontsov],
Moscou, V.Gote, 1881, vol. 21 -- Éds Alexandre Worontsoff-Dachkoff,
Catherine Le Gouis, Catherine Worontsoff-Dachkoff, Paris, L'Harmattan,
1999.
- Lettres à son père Romane Vorotsov, à
ses frères Alexandre Vorontsov, Semion Vorontsov, à
son neveu Mikhaïl Vorontsov, à Iouriï Neledinskiï-Meletskiï,
à l'impératrice Maria Fedorovna, à l'empereur
Paul, 1758-1806, in Arkhiv kniazia Vorontsova [Archives
du prince Vorontsov], éd. Petr Bartenev, Moscou, V.
Gote, 1872-1881, vol.5, 12, 21, 24 (publiées en français).
- Lettres à William Robertson, 1776-1786, in E.R.Dachkova,
O smysle slova «vospitaniïe». Sotchineniïa.
Pis'ma. Dokumenty [De la signification du mot «éducation».
OEuvres. Lettres. Documents], éd. Galina Smaguina,
Saint-Pétersbourg, Dmitriï Boulanine, 2001, p.228-230,
233-236, 239-240 (en français), 251-252 (en anglais).
- Lettres éparses : à Pavel Dachkov, 1779, in Materialy
dlia biografii kniaguini E.R.Dachkovoï [Matériaux
pour la biographie de la princesse E.R.Dachkova], Leipzig,
Kasprovitch, 1876, p.102-108 (en traduction russe); à Mme
Hamilton, 1804-1805, in ibid., p.118-125 (en traduction
russe); aux deux mêmes, à l'impératrice Maria
Fedorovna, à Martha Wilmot, 1806-1808, Istoritceskiï
vestnik [Messager d'histoire], Saint-Petersbourg, 1882,
N 9, p. 668-675 (en traduction russe).
b) en russe
- 1774 : article : Pis'mo k drougou [Lettre à
un ami], Opyt troudov Volnogo Rossiïskogo sobraniïa
pri Imp. Moskovskom ouniversitete [Essai des travaux de
l'Assemblée libre russe auprès de l'Université
de Moscou], Moscou, partie 1, p.78-80 -- E.R.Dachkova, O
smysle slova «vospitaniïe», voir supra,
p. 92-93.
- 1775 : relation de voyage : Poutechestviïe odnoï
rossiïskoï znatnoï gospoji po nekotorym Angliïskim
provintsiïam [Le voyage d'une dame noble russe dans
quelques provinces anglaises], Opyt troudov Volnogo
Rossiïskogo sobraniïa pri Imp. Moskovskom ouniversitete
[Essai des travaux de l'Assemblée libre russe auprès
de l'Université de Moscou], Moscou, partie 2, p.105-144.
- 1783-1784, articles parus dans Sobesednik liubiteleï
rossiïskogo slova [Interlocuteur des amateurs du mot
russe]: Poslaniïe k slovou «tak» [Epître
sur le mot «ainsi»], 1783, partie 1, p.15-23;
Sokrachtcheniïe katekhizissa tchestnogo tcheloveka [Le
catéchisme abrégé de l'honnête homme],
1783, partie 1, p.34-35; O smysle slova «vospitaniïe»
[De la signification du mot «éducation»],
1783, partie 2, p.12-28; Poutechestvouïuchtchiïe
[Les voyageurs], 1784, partie 11, p.120-132 -- E.R.Dachkova,
O smysle slova «vospitaniïe»...,
voir supra, respectivement p.113-119, 119, 120-127, 146-153.
- 1783 : Discours prononcé lors de l'ouverture de l'Académie
impériale russe : Retch', govorennaïa pri otkrytii
imperatorskoï Rossiïskoï Akademii, Saint-Pétersbourg,
imp. Akademiïa naouk.
- 1783 : Poésies : Nadpis' k portretou Ekateriny II
[Inscription au portrait de Catherine II], Sobesednik
liubiteleï rossiïskogo slova [Interlocuteur des
amateurs du mot russe], partie 1, p.14.
- 1786 : Toisiokov, comédie en cinq actes, Saint-Pétersbourg,
pri Akademii naouk -- E.R. Dachkova, Literatournyïe sotchineniïa
[OEuvres littéraires], éd. Galina Moisseïeva,
Moscou, Pravda, 1990, p.267-312.
- 1786 : Poésies : Prittcha. Ottsy i deti [Parabole.
Pères et fils], Novyie ejemesiatchnyie sotchinenia
[Nouvelles compositions mensuelles], partie 5, novembre,
p. 71-72.
- 1793 : Zapiski, pokazyvaiuchtchiïe sravnitelnoïe
sostoïaniïe Akademii v posledstviïe desiatiletneïe
[Mémoires montrant l'état de l'Académie
après dix ans de son existence], Saint-Pétersbourg,
tipografiïa Akademii naouk.
- 1799 : Svad'ba Fabiana [Le mariage de Fabian];
le texte n'a pas été imprimé, et il est perdu.
- 1807 : testament : Doukhovnoïe zavechtchaniïe [Testament],
in Zapiski kniaguini Dachkovoï [Mémoires de la
princesse Dachkova], voir supra, p.318-323. -- E.R.Dachkova,
O smysle slova «vospitaniïe»...,
voir supra, p. 360-365.
- Rapports relatifs à la direction de l'Académie
des sciences, 1783-1795 : in Zapiski kniaguini Dachkovoï
[Mémoires de la princesse Dachkova], éd.
Nikolaï Tchetchouline, Saint-Pétersbourg, A.S.Souvorine,
1907, p.298-311.
- Lettres diverses : au prince Potemkine, 1781-1784, Drevniaïa
i novaïa Rossiïa [La Russie ancienne et moderne],
Moscou, 1879, N 6, p.154-157; à sa fille, Anastassia Chtcherbinina,
entre 1807 et 1810, in Zapiski kniaguini Dachkovoï [Mémoires
de la princesse Dachkova], voir supra, p. 297-298;
à Fedor Kisselev, Iouriï Neledinskiï-Meletskiï
et le comte Piotr Santi, 1807, in ibid., p.313-317.
c) traductions du français vers le russe
- 1763 : Voltaire, Essai sur la poésie épique,
Nevinnoïe ouprajneniïe [Exercice innocent],
Saint-Pétersbourg, N 1-4.
- 1763 : Helvétius, De la source des passions [extrait
de De l'Esprit], Nevinnoïe ouprajneniïe
[Exercice innocent], Saint-Pétersbourg, N 1-6.
- 1774 : Holbach, extrait de La politique naturelle, ou Discours
sur les vrais principes du gouvernement, Opyt troudov Volnogo
Rossiïskogo sobraniïa pri Imp. Moskovskom ouniversitete
[Essai des travaux de l'Assemblée libre russe auprès
de l'Université de Moscou], Moscou, Partie 1, p. 80-84
-- E.R.Dachkova, O smysle slova «vospitaniïe»,
voir supra, p. 93-95.
OEUVRES MUSICALES
- 1779 : Musique pour un hymne spirituel anglais (pour
choeur et orgue), in Recueil des airs composés
par son altesse Madame la Princesse de Daschkow née Comtesse
de Worontsow, inédit.
- ?-1805 : romances, chansons, airs, in Recueil des airs...
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Cross, Antony G. By the Banks of the Thames: Russians
in Eighteenth-Century Britain. Newtonville, Massachusetts,
Oriental Research Partners, 1980.
* Longmire, R.A. Princess Dachkova and the Intellectual Life
of Eighteenth Century Russia, thèse, University of
London, 1955.
* Worontsoff-Dachkoff, Alexandre et Catherine, Le Gouis, Catherine.
Postface et notes de l'édition de Mon Histoire, voir
supra, oeuvres.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Dimitri Levitskiï. Portrait de la princesse Dachkova
(tableau), 1784. Washington, Musée de l'art russe -- Princesse
Dachkova, Mon histoire, voir supra, oeuvres.
- Anonyme. Portrait de la princesse Dachkova (tableau)
1783? Moscou, Académie des sciences de Russie.
- Salvatore Tonci? Portrait de la princesse Dachkova en exil (tableau).
Saint-Pétersbourg, Musée de l'Ermitage -- Princesse
Dachkova, Mon histoire, voir supra, oeuvres.
JUGEMENTS
- «Cette femme hautaine avait l'air d'une méprise
de la nature, elle tenait plus de notre sexe que du sien [...].
Aussi dans les premiers jours du règne de sa souveraine,
montrant une ambition sans mesure, elle avait demandé le
commandement d'un régiment des gardes, et peut-être
même espéré un ministère» (Louis-Philippe
comte de Ségur, Mémoires ou Souvenirs et anecdotes
[1824], Paris, A. Eymery, 1879, vol. 2, p.106).
Elena Gretchanaia, 2003.
(dernière mise à jour: février
2005)