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iconographique - Choix de liens électroniques
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Antoinette Du Ligier de la Garde, fille
de Melchior du Ligier de la Garde, maître d'hôtel
d'Anne d'Autriche, et de Claude Gaultier, naît le 31 décembre
1637 à Paris (selon certains, le lendemain). Elle reçoit
une éducation très sérieuse et apprend le
latin, l'italien et l'espagnol. Douée d'une grande beauté
ainsi que d'une intelligence vive et d'une facilité pour
les vers, elle cultivera toute sa vie la compagnie des gens de
lettres. À treize ans et demi, elle épouse Guillaume
de La Fon de Bois Guérin, seigneur Deshoulières,
lieutenant-colonel d'un régiment au service du prince de
Condé. Le mari part bientôt pour la guerre et ne
demandera à sa femme de le rejoindre qu'en 1653, à
Rocroy, puis à Bruxelles. Quand la Fronde prend fin, elle
l'encourage à quitter le parti de Condé et à
accepter l'amnistie offerte par Louis XIV. Mais Condé,
averti de leurs projets, les fait arrêter et les enferme
dans la forteresse de Vilvorden. En août 1657, ils s'évadent,
regagnent la France et sont reçus à la Cour. Le
roi nomme Deshoulières gouverneur de Sète en Languedoc,
mais sa femme préfère rester à Paris. Son
salon devient l'un des plus brillants de la capitale, réunissant
beaucoup d'hommes et de femmes de lettres éminents. Le
couple aura quatre enfants, mais seule Antoinette-Thérèse
-qui deviendra également une poétesse reconnue-
survivra à ses parents.
Les vers de Mme Deshoulières circulent
depuis sa jeunesse en manuscrit, mais elle hésite longtemps
à tenter l'épreuve de la publication, empêchée
par les préjugés associés à son rang
et par peur des critiques. En 1672, Donneau de Visé publie
deux de ses poèmes dans le tout premier numéro du
Mercure galant. D'autres vers y paraîtront à
partir de 1677. Cette même année, en tant que championne
de Corneille, elle appuie la Phèdre de Pradon contre
celle de Racine et compose un sonnet malicieux qui lui vaut l'hostilité
de ce dernier et de Boileau. En 1678, poussée par ses amis,
elle obtient un privilège pour la publication de ses oeuvres,
mais elle attend plus de neuf ans pour s'en servir. Elle publie
sa tragédie Genséric en 1680, peu après
sa création à l'Hôtel de Bourgogne, cachant
son nom mais pas son sexe. En 1683, Mme Deshoulières, disciple
depuis longtemps du mouvement libertin, se réconcilie avec
l'Église catholique, conversion probablement inspirée
par celle de son ancien maître, le poète Dehénault,
et par ses problèmes de santé (un cancer au sein
l'affligera pendant une quinzaine d'années). Elle compose
quelques poèmes religieux et louera même la révocation
de l'Édit de Nantes. Sa réputation grandit à
tel point qu'elle est élue à l'Académie de
Ricovrati à Padoue (1684) et nommée membre d'honneur
de l'Académie d'Arles (1689). En 1690, l'Académie
française fait lire un de ses poèmes pendant une
séance. Elle participe à quelques querelles littéraires:
ainsi, Moderne avant la lettre, elle préconise l'utilisation
du français, et non du latin, pour les inscriptions sur
l'arc de triomphe que le roi projette de se faire construire.
Celui-ci lui accorde une pension en 1693; mais, lorsqu'elle meurt
le 17 février 1694, un an après son mari, elle serait,
selon certains biographes, assez déshéritée.
À part quelques essais théâtraux,
dont le seul Genséric sera achevé et représenté,
la plupart de son oeuvre consiste en petits poèmes familiers
(idylles, vers adressés à ses amis, vers sur la
vie domestique et sur ses animaux) et vers de circonstance (louanges
du roi et des ministres). La partie la plus durable de cette oeuvre
est la série de poèmes philosophiques et moraux,
où elle dénonce l'hypocrisie et la vanité,
prône la probité, l'amitié et la paix, exprimant
avec une douce mélancolie la brièveté de
la vie et le bonheur supérieur des plantes et des animaux
comparés aux humains. Ses vers gracieux et élégants
témoignent de son amour de la nature et de l'humanité,
parfois assaisonné d'un peu d'humour. Sa tragédie,
qui sera vite oubliée malgré un succès initial,
peut s'interpréter comme une tentative de rénover
le genre après la retraite de Corneille et de Racine, en
faisant valoir un refus pessimiste de toutes les valeurs héroïques.
L'oeuvre poétique de Mme Deshoulières, très
admirée de ses contemporains, a continué à
être lue pendant le XVIIIe siècle. Mais au siècle
suivant, la poétesse, jugée démodée,
va sombrer dans l'oubli, malgré l'effort de quelques lecteurs
enthousiastes, comme Sainte-Beuve, pour la réhabiliter.
Daughter of a cavalier in the royal service, Melchior du Ligier de la Garde, who may also have served as majordomo to Anne of Austria, and of Claude Gaultier, Antoinette was born on Dec. 31, 1637 (according to some sources, the following day). She received a very serious education and learned Latin, Italian and Spanish. Endowed with great beauty as well as with a quick mind and a facility for verse, she would cultivate the society of men of letters for her whole life. At age thirteen and a half she married Guillaume de La Fon de Bois-Guérin, Seigneur Deshoulières, lieutenant colonel in a regiment in the service of the Prince de Condé. The husband soon left for the war and in 1653 asked his wife to join him in Rocroy, and then in Brussels. When the Fronde ended, she encouraged him to leave the side of Condé and to accept the amnesty offered by Louis XIV. But Condé, informed of their plans, had them arrested and locked them up in the fortress of Vilvorden. In August of 1657 they escaped, got back to France and were received at court. The king named Deshoulières governor of Sète, in the Languedoc region, but his wife did not accompany him there, preferring to remain in Paris. Her salon became one of the most brilliant in the capital, attracting many eminent men and women of letters. The couple would have three (or four) children, of whom only Antoinette-Thérèse would survive her parents. The daughter would likewise become an important poet, though without attaining her mother's celebrity.
Mme Deshoulières's poems circulated in manuscript starting in her youth, but she hesitated for a long time before facing the hazards of publication, prevented by the prejudices connected with her rank and by fear of criticism. In 1672 Donneau de Visé published two of her poems in the very first issue of the Mercure galant. Other poems would appear there starting in 1677. That same year, being a champion of Corneille, she supported the Phèdre of Pradon against the play of the same name by Racine and composed a malicious sonnet that won her the enmity of the latter writer and of Boileau. In 1678, urged on by her friends, she obtained official permission for the publication of her works, but she would wait over nine years before making use of it. She published her tragedy Genséric in1680, shortly after its premiere at the Hôtel de Bourgogne, hiding her name but not her gender. In 1683 Mme Deshoulières, who for a long time had been close to the freethinkers, reconciled with the Catholic Church; her conversion was probably inspired by that of her former mentor, the poet Dehénault, and by her health problems (breast cancer, which would plague her for some fifteen years). She composed some religious poems and even praised the revocation of the Edict of Nantes. Her reputation became so great that she was elected to the Accademia dei Ricovrati in Padua in 1684. She was likewise the first woman to be elected to an academy in France (the Académie d'Arles in 1689). In 1690 the French Academy had one of her poems read during a session but refused the request made by her friends to admit her to membership. She participated in several literary quarrels; for example, a champion of the Moderns before the label was invented, she advocated the use of French, rather than Latin, for the inscriptions on a triumphal arch that the king was planning to have constructed. Despite the pension that the king granted her in 1693, she was nearly ruined when she died on Feb. 17, 1694, a year after her husband.
Of the plays she worked on, only Genséric was completed and performed. This tragedy, which would be quickly forgotten despite its initial success, can be interpreted as an attempt to renew the genre after the retirement of Corneille and Racine, by displaying a pessimistic rejection of all the heroic values. The rest of her corpus consists mainly of short familiar poems (idylls, pieces addressed to her friends, poems about domestic life and even about her animals) and occasional verse (praises of the king and his ministers). The most interesting part of this corpus is the series of philosophical and moral poems, in which she denounces hypocrisy and vanity, while praising integrity, friendship and peace, and expresses with a gentle melancholy the brevity of life and the greater happiness of plants and animals as compared to humans. Her gracious and elegant verse testifies to her love of nature and humanity, sometimes seasoned with a dash of humor. The poetic corpus of Mme Deshoulières, much admired by contemporaries, continued to be read during the eighteenth century. But in the following century she was deemed outmoded and faded into obscurity, despite the effort of several enthusiastic readers, especially Sainte-Beuve, to rehabilitate her.
(traduction de l'auteur)
OEUVRES
- Poésies, Paris, Veuve Mabre-Cramoisy, 1688.
- Poésies, Lyon, A. Besson [édition compilée
par sa fille], 1695.
- OEuvres de Madame et de Mademoiselle Deshoulières,
augmentée de leur éloge historique et de plusieurs
pièces qui n'avaient pas encore été imprimées,
Paris, chez David, 1747 [comprend toutes les oeuvres listées
ci-dessus ainsi que des inédits].
- Lettres de Mme Deshoulières au prince de Condé,
éd. H. de Châteaugirond, Paris, A. Firmin Didot,
1829.
La liste précise des oeuvres de Mme Deshoulières
sera présentée prochainement par Volker Schroeder.
En attendant, on peut s'appuyer sur la liste provisoire ci-dessous
établie par Aurore Evain d'après l'édition
de 1747.
- 1658 : Portrait de Mlle de Vilenne; Portrait de M.
de Lignières.
- 1667 : Sonnet en bouts rimés sur l'or.
- 1671 : Lettre de Gas, épagneul de Mme Deshoulières,
A M. le comte de L. T.
- 1672 : Lettre de Gas, épagneul de Mme Deshoulières,
A Courte-oreille, Tournebroche de M...; Apothéose
de Gas, mon chien. A Iris; Epître A M. Mascaron,
évêque de Tulle, et depuis d'Agen.
- 1673 : A Mlle de La Charce, pour la fontaine de Vaucluse.
- 1674 : Les Moutons, idylle, Paris, impr. royale, s.d.
- 1674? : Sonnet en bouts rimés. Pour le roi;
deux Chansons.
- 1675 : Imitation de la 1ère ode d'Horace.
- 1676 : Ballade A M. Charpentier sur son livre intitulé
«Défense de la langue française [...]».
- 1677 : Sonnet burlesque sur la Phèdre de Racine
[attribué]; Lettre en chansons A M. Deshoulières;
Les Fleurs, idylle.
- 1677? : Au roi. Madrigal;
- 1678 : Les Oiseaux, idylle; Ode A M. de La Rochefoucauld;
Epître de Tata, chat de Mme la marquise de Montglas,
A Grisette, chatte de Mme Deshoulières [suivi d'une
quinzaine de pièces en vers échangées entre
Grisette, Tata et Cochon, chien de M. le maréchal de Vivonne];
Rondeau A M. le maréchal duc de Vivonne; Au Roi.
- 1679 : Aux Muses, sur la paix de Nimègue; Epître
A M. le maréchal duc de Vivonne; Élégie.
- 1679? : A Iris, stances; Ballade A l'une de ses filles
qui fut depuis religieuse; Epître A M. Lucas de Bellesbat;
Rondeau A M....; L'Oranger, A Madame....; Imitation
de Lucrèce; Lettre A M. Le Pelletier de Souzy,
intendant de Flandres [en vers]; Réponse A M.
de Senecé; deux Chansons; Fragmens de l'Opéra
de Zoroastre et Sémiramis.
- 1680 : Genséric (trag. en 5 actes, en vers), Paris,
C. Barbin. Hôtel de Bourgogne (Paris), le 20 janvier 1680
-- Éd. Perry Gethner, Femmes dramaturges en France (1650-1750),
Pièces choisies, t.2. Tübingen, G. Narr, 2002.
- 1680 : Célimène, églogue; Iris,
églogue.
- 1680? : Stances; deux Airs; Epître chagrine
A Mlle....; Ode A Climène; Ballade A Iris;
Rondeau A M. l'abbé*** qui lui avait écrit qu'il
n'y avait rien de si triste qu'une extrême sagesse;
L'Hiver, idylle A M. Lucas de Bellesbat; A Madame, songe;
Chanson sur M. l'Abbé Testu.
- 1681? : Fragmens de la tragédie de Jule Antoine.
- 1682 : Idylle sur la naissance de Louis, duc de Bourgogne,
petit-fils de Louis XIV.
- 1683 : Ballade A M. de Pointy, commandant une galiote nommée
La Cruelle au bombardement d'Alger.
- 1684 : Epître au Roi sur son voyage de Flandre
pour le siège de Luxembourg, 22 avril 1684; Bouts
rimés A M. le duc de Saint-Aignan sur des rimes qui couraient
alors; Le Ruisseau, idylle; Epître A M. le
duc de Montausier en lui envoyant la ballade qui suit.
- 1684? : deux Réponses A M. le duc de S. Aignan. Réponse
au madrigal du duc de S. Aignan; Rondeau redoublé
A M. le duc de Saint-Aignan, sur la guérison de la fièvre
quarte.
- 1685 : Ode au Roi sur la venue du Doge de Gênes;
Au Roi, sur la révocation de l'édit de Nantes;
Epître chagrine A Mlle de La Charce.
- 1685 : Louis, églogue, Paris, imp. J.-B. Coignard,
1687.
- 1685? : Songe d'Iris; A M. de Turgot de Saint-Clair,
madrigal; A Mme***, en lui envoyant des fiches, madrigal;
Chanson sur l'air de Jean de Vert; Lettre A M. Doujat.
- 1686 : Idylle sur le retour de la santé du roi,
Paris, Impr. J.-B. Coignard.
- 1686 : Réflexions diverses.
- 1686? : Réflexions diverses.
- 1687 : Préface A ses Poésies; Rimes
en ailles, en eilles, en ille et en ouille que M. le maréchal
de Vivonne lui donna [...]; Rimes en eilles; Rimes
en ille; Rimes en ouille; Au R. P. Bouhours sur
son livre de l'Art de bien penser sur les ouvrages d'esprit;
Sur le même ouvrage; Réponse de Mme Deshoulières
A M. de Saint-Gilles [sur la parodie de l'opéra d'Achille
qu'il avait faite].
- 1687? : Réponse de Mme Deshoulières A M. de
Saint-Gilles, chanson.
- 1688 : Epître A M. le duc de Montausier sur la prise
de Philisbourg, Paris, Vve de S. Mabre Cramoisy.
- 1688 : Epître A Mme de Maintenon.
- 1688? : Caprice; Billet A M. Doujat; Epître
A M. le Maréchal duc de Vivonne, vice-amiral de France;
A M. Garnier
- 1689 : Dialogue composé pour être chanté
devant le roi; Epître A M. le duc de Montausier,
20 décembre 1689.
- 1689? : A M. le baron de Breteuil, interlocuteur des
Ambassadeurs.
- 1690 : Sur la mort de M. le duc de Montausier, idylle,
s.l., s.d.
- 1690 : Epître A Monseigneur le duc de Bourgogne
sur la prise de Mons qui fut lue A l'Académie française
le 25 août 1690, Paris, Impr. J. B. Coignard, 1691.
- 1690 : A M. le marquis de Marcilly pour le jour de la Saint-Louis;
Stances irrégulières sur les victoires remportées
pendant la campagne de 1690; A M. Caze pour le jour de
sa fête.
- 1690? : La Solitude, idylle; quatre Airs; Lettre
A Madame*** [en prose]; Epître A M. de Pontchartrain;
Rondeau.
- 1691 : Epître A la goutte, Paris, J. Villette,
1692.
- 1691 : Epître A M. Le Pelletier de Souzy.
- 1692 : Epître chagrine au Père de La Chaise,
confesseur du roi; Lettre A Mme d'Ussé, fille de
M. de Vauban [en vers]; Rondeau; A M. l'abbé
de Lavau, de l'Académie française.
- 1693 : Réflexions morales de Mme Deshoulières
sur l'envie immodérée qu'on a de faire passer son
nom A la postérité, Paris, J. Villette.
- 1693 : Epître A Mgr, sur son départ pour l'Allemagne;
Epître A Mme la comtesse d'Alegre; Epître
A M. Arnauld, fermier général; Au roi, madrigal;
Réponse A M. Turgot de Saint-Clair, madrigal; Epître
A M. Fléchier, évêque de Lavaur et ensuite
de Nîmes; Paraphrase du pseaume XII : usquequo, domine;
Paraphrase du pseaume XIII : dixit insipiens; Paraphrase
du pseaume CXLIV : lauda, anima mea, dominum.
- 1693? : La Tubereuse, A Madame***.
-? : Epître chagrine A Mme***; Daphnis, églogue
A M. d'Audiffret, envoyé du roi A Mantoue; Lettre
A M. Thevart, médecin [en prose]; Placet au roi.
-? : Vers allégoriques de Mme Deshoulières A
ses enfants, Paris, impr. royale, s.d.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Gethner, Perry. «Carthage et Rome au théâtre:
le conflit entre générosité et machiavélisme»,
in Alia Baccar Bournaz, L'Afrique au XVIIe siècle. Mythes
et réalités. Tübingen, Gunter Narr Verlag,
Biblio 17, 149, 2003, p.271 ss.
- Gethner, Perry. «Melpomene Meets Women Playwrights in
the Age of Louis XIV». Neophilologus, 72, 1988, p.17-23.
- Lachèvre, Frédéric. Le Libertinage
au XVIIe siècle (Disciples et successeurs de Théophile
de Viau): les derniers libertins. Paris, Champion,
1924.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Chéron, Élisabeth-Sophie : Portrait de Mme
Deshoulières. 1693. Non localisé. Connu par
les gravures de Jacques Van Schuppen (1695), de Pierre Duflos,
de Pierre Savart, d'Augustin de Saint-Aubin, d'Alexandre Tardieu
(OEuvres de Mme Deshoulières, Paris, Desray, 1799,
frontispice), de Nicolas Ponce.
- Chéron, Élisabeth-Sophie (anciennement attribué
à Nicolas Mignard) : Portrait présumé
de Madame Deshoulières en sainte Agnès. Huile
sur toile (44,5 x 40 cm). Chantilly, Musée Condé
(INV. 321) -- Visage du Grand Siècle, le portrait sous
le règne de Louis XIV 1660-1715, Paris, Somogy, 1997,
p.201.
CHOIX DE LIENS ÉLECTRONIQUES
- Site du compositeur Jean-Louis Murat consacré à
Mme Deshoulières:
http://www.madamedeshoulieres.com
- CESAR. Calendrier Electronique des Spectacles sous l'Ancien
Régime, fiche «Deshoulières, Antoinette»:
http://cesar.org.uk/cesar2/people/people.php?fct=edit&person_UOID=103941.
JUGEMENTS
- «Mme des Houillières qui fait si bien des vers,
et de qui on dit avec tant de vérité dans un Ouvrage
publique qu'il y a tant de délicatesse, de bon goût,
et de bon sens dans tout ce qui vient d'elle, que si l'usage était
que les femmes fussent reçues à l'Académie,
on préviendrait ses souhaits en lui offrant une place dans
cette célèbre Compagnie, à quoi j'ajoute
qu'à moins que de passer pour envieux et injustes, on ne
peut plus refuser aux Dames l'entrée dans les Universités,
et les autres Compagnies, où la capacité fait entrer,
surtout si elles continuent à se rendre si habiles»
(Louis-Augustin Alemand, Nouvelles observations ou Guerre civile
des Français sur la langue [1688], Slatkine reprints,
Genève, 1968, p.223).
- «Il y a plus de substance dans le moindre quatrain de
Mme Chéron que dans tout ce qu'a fait en sa vie Mme Deshoulières,
dont on a voulu faire une héroïne, et de qui tout
le mérite n'a jamais consisté que dans une facilité
languissante, et dans une fadeur molle et puérile»
(lettre de Jean-Baptiste Rousseau à Brossette, 4 juillet
1730, in Léon Greder, Élisabeth-Sophie Chéron
de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture, Paris,
Henri Jouve, 1909, p.74).
- (à propos de Genséric) «En rendant
compte de cette tragédie, nous sommes fâchés
de dire que Mme Deshoulières, qui tient, à si juste
titre, un rang marqué parmi les plus célèbres
poètes français, par ses poésies diverses,
n'entendait en aucune façon le genre dramatique; et de
plus, que sa versification toujours si naturelle et si coulante,
dans ses autres ouvrages, est forcée et dure dans celui-ci»
(Claude et François Parfaict, Histoire du théâtre
françois, Paris, A. Morin, 1734-49, t.3, p.177).
- (à propos de Genséric) «J'ignore
si cette pièce a été représentée,
mais je juge qu'elle l'eût été sans succès.
Le singulier est que Mad. des Houlières, faiseuse d'idylles,
n'a point manqué ici par la force des vers, mais par la
construction du roman; elle a choisi un sujet trop terrible et
digne des grands tragiques grecs» (D'Argenson, Notices
sur les oeuvres de théâtre [1725-1756], H. Lagrave
(éd.), Studies on Voltaire and Eighteenth Century,
43, 1966, p.357).
- «De toutes les dames françaises qui ont cultivé
la poésie, c'est celle qui a le plus réussi, puisque
c'est elle dont on a retenu le plus de vers» (Voltaire,
Le Siècle de Louis XIV [1751], Paris, Garnier-Flammarion,
1966, t.2, p.219).
- «Madame Deshoulières a traité presque tous
les genres; je voudrais pouvoir dire avec un égal succès.
Du moins conviendra-t-on qu'elle a attrapé le naïf
de l'Epître, le noble de l'Héroïque, la finesse
du badinage et la perfection de l'Idille. Elle n'a point d'égal
en ce dernier genre. Tout éloigné qu'il est de nos
moeurs, elle a su le rendre piquant par le contraste habilement
menagé des objets champêtres avec ceux des villes.
Les animaux, les fleurs, les eaux, tout lui fournit des réflexions,
tout entretient ses rêveries. Au premier coup d'oeil elles
paraissent avoir une même teinte de mélancolie: cependant
les nuances varient. C'est une Philosophe, mais une Philosophe
sensible, qui moralise souvent contre la force de son penchant,
plus souvent contre l'impuissance de sa raison. [...] Ses vers
sont doux, simples, et corrects. Elle a bien pratiqué le
rythme des vers de mesure inégale. Je ne parle point de
ses rimes en ailles, eilles, ouilles. Cette espèce de bouts
rimés a, si l'on veut, le mérite de la difficulté
vaincue. Mais la singularité du cadre fait-elle la beauté
du tableau?» (Fréron, Lettres sur quelques écrits
de ce temps, t.III, Lettre III, 13 décembre 1750, Londres
et Paris, Duchesne, 1752-1754, p.52-57).
- «Malgré ses injustices contre Racine, malgré
l'inimitié de Boileau... elle a survécu; elle a
joui longtemps de la première place parmi les femmes poëtes
[...] Elle vaut, elle valait beaucoup mieux que sa réputation
aujourd'hui [...]. Elle semble plus moraliste qu'il ne convient
à une bergère; il y a des pensées sous ses
rubans et ses fleurs. Elle est un digne contemporain de M. de
La Rochefoucauld; on s'aperçoit qu'elle savait le fond
des choses de la vie, qu'elle avait un esprit très-ami
du vrai, du positif même [...] [I]l semble qu'elle ait eu
sa revanche au dix-huitième [siècle]; [...] cette
manière avant tout spirituelle, métaphysique, moraliste
et à la fois pomponnée, de faire des vers prévalut
et marqua désormais au front la poésie du siècle,
avec quelques différences de rubans et de noeuds seulement»
(Sainte-Beuve, Portraits de femmes [1844], in OEuvres,
Paris, Gallimard Pléiade, 1960, t.2, p.1310-1311 et p.1324).
- «Cette dixième muse est encore celle de la traditionnelle
galanterie mourante. [...] Mais ce n'est pas là la corde
qu'elle touche le plus volontiers. Elle s'essaie à exprimer
plus simplement des sentiments moins artificiels. Ses idylles
célèbres, la Solitude, les Moutons,
que cinq ou six générations de 'demoiselles' ou
de 'jeunes personnes' ont continué à apprendre par
coeur, peuvent nous sembler bien fades. Elles n'en sont pas moins
bien supérieures à celles que l'on écrivait
avant elle ou autour d'elle. À défaut de poésie
vraie ou même de rusticité gracieuse, elles ont de
l'aisance, une sorte d'harmonie coulante, de limpidité
qui leur donne le prix de cette belle eau, vantée par Bouhours
comme le modèle du langage, sans couleur, ni saveur, mais
transparente. Et puis, il lui est arrivé de ne plus chercher
à être ni galante, ni tendre, mais simplement spirituelle;
et elle y a réussi. L'amour même n'est plus qu'un
prétexte à dire les choses avec le 'beau tour',
un tour où la préciosité n'est plus qu'un
divertissement ironique» (Daniel Mornet, Histoire de
la littérature française classique 1660-1700,
Paris, Armand Colin, 3e éd., 1947, p.177-178).
Perry Gethner, 2004.