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Née à Nîmes le 12
juin 1663, Anne-Marguerite Petit est issue d'une famille bourgeoise
calviniste. Sa mère, Catherine Cotton, meurt peu après
sa naissance. Abandonnée par son père, Jacques Petit,
elle est adoptée par sa tante maternelle, Mme Saporta,
qui l'élève dans la religion protestante à
Orange et lui donne une éducation très soignée.
Après la révocation de l'édit de Nantes,
elle assiste aux dragonnades à Nîmes et résiste
à toutes les tentatives de conversion, avant de fuir la
France une première fois, déguisée en marmiton,
le 1er janvier 1686. Après maintes aventures scabreuses
et rocambolesques qu'elle raconte dans ses Mémoires,
elle se retrouve à La Haye chez un de ses oncles paternels.
Maltraitée et sans ressources, elle succombe aux prières
conjuguées de sa tante et de son oncle maternel, Gaspard
Cotton, riche protestant converti dont elle est l'unique héritière:
elle revient en France et découvre que pendant son absence
sa tante aussi a abjuré entre les mains de son parent et
célèbre convertisseur, le père La Chaise.
Elle tente de fuir une deuxième fois en emmenant sa tante.
Elles sont arrêtées à Dieppe.
Dans un effort de catéchisation,
son oncle l'envoie aux Nouvelles catholiques puis à l'Union
chrétienne de la rue Saint-Denis. Finalement, elle abjure
en épousant Guillaume Du Noyer, catholique issu d'une famille
de robe sans fortune, capitaine au régiment de Toulouse,
coureur et joueur invétéré, qui ne s'intéresse
qu'à l'héritage et aux biens de sa femme, sans compter
la pension royale qu'on lui octroie pour avoir épousé
une huguenote.
Pourtant, en 1701, ruinée par les
dépenses de son volage mari, engagée par la promesse
faite à sa tante sur son lit de mort de n'unir sa fille
aînée qu'à un protestant et profondément
touchée par la mort du ministre Claude Brousson, elle décide
de tourner «le dos à la tyrannie»; elle reprend
le chemin de la Hollande avec ses filles, ses bijoux et le peu
d'argent qui lui reste, tout en abandonnant son fils, promis au
Père la Chaise. Elle réside six mois à la
Société de «Schiedam» sollicitant
une pension qui ne lui sera jamais accordée. Après
un bref séjour à Londres où elle devient
la cible de la calomnie des réfugiés, elle revient
en Hollande et s'établit dans le village de Voorburg mettant
sa plume au profit d'un bi-hebdomadaire en vogue, La Quintessence
des Nouvelles, dont elle devient l'éditrice en chef
en décembre 1710, ce qu'elle restera jusqu'à sa
mort, en 1719. Grâce à l'écriture, elle peut
alors subvenir aux besoins de ses filles. «C'est le Refuge
qui m'a érigée en auteur» déclare-t-elle
dans l'une des Lettres historiques et galantes (LHG), oeuvre
qui la rend célèbre et où elle fait la chronique
des principaux événements arrivés à
la fin du règne de Louis XIV et au début de la Régence;
cette «anatomie de la France», qui s'articule autour
d'une correspondance fictive entre deux dames de condition (l'une
habitant Paris et l'autre en province), deviendra un succès
de librairie aussi bien qu'un succès de scandale. Autre
grand succès, ses Mémoires, qui rompent avec
la tradition du genre: on y est plongé dans un univers
picaresque, où les individus sont aux prises avec des difficultés
matérielles, sociales, politiques et religieuses; le texte
revêt une valeur hautement historique éclairant l'évolution
des mentalités et des pratiques en cours pendant une époque
charnière, la fin du grand siècle. Elle y revendique
les droits de la conscience, les droits de la mère et accorde
une place de choix à la tolérance. Nouvelliste,
gazetière, épistolière, éditrice et
mémorialiste de la dispersion et du Refuge, Mme Du Noyer
écrit en français pour un lectorat majoritairement
français. Sa plume acérée porte aussi bien
sur la mode, les maladies féminines, la condition des galériens,
l'obsession de l'argent, le goût du jeu, la calomnie des
«faux frères» trouvés au Refuge, les
mariages désastreux de ses filles, la cupidité de
ses gendres, que sur les mesures de marginalisation et d'exclusion
employées contre ses coreligionnaires en France.
Elle a connu une certaine notoriété
jusqu'à la fin du XVIIIe siècle; une partie de ses
LHG a même été traduite en anglais.
Citée par les historiens du protestantisme, en partie à
cause des références à Jean Cavalier et Voltaire,
ce n'est que depuis les années 1980 que l'ensemble de son
oeuvre a suscité des recherches sérieuses parmi
les historiens du journalisme de l'Ancien régime, les spécialistes
de l'histoire des coutumes et les critiques féministes.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Arnelle [Mme de Clauzade]. Mémoires et des
Lettres galantes de Mme Du Noyer (1663-1720) avec un avant-propos
et des notes, Paris, Louis Michaud, 1910; (suite:) Les Filles
de Madame Du Noyer. Fontemoing, 1921.
- Van Dijk, Suzan. «Madame Dunoyer, auteur de la Quintessence
des Nouvelles, 1711-1719», in Traces de femmes. Présence
féminine dans le journalisme français du XVIIIe
siècle. Amsterdam/Maarssen, Holland University Press,
1988.
- Reynolds-Cornell, Régine. Fiction and Reality in the
Mémoires of the Notorious Anne-Marguerite Petit Du Noyer.
Biblio 17, Tubingen, 1999.
- Goldwyn, Henriette, «Journalisme polémique à
la fin du XVIIe siècle: le cas de Mme Du Noyer»,
in Colette Nativel (dir.), Femmes savantes, savoirs de femmes.
Genève, Droz, 2000.
- Nabarra, Alain. «Correspondances réelles, correspondance
fictive: les Lettres historiques et galantes de Mme Dunoyer
ou "la rocambole" d'un "petit badinage établi
d'abord pour le plaisir"», in Marie-France Silver et
Marie-Laure Girou Swiderski (dir.), Femmes en toutes lettres,
Les Epistolières du XVIIIe siècle. Oxford,
Voltaire Foundation, 2000.
CHOIX DE LIENS ÉLECTRONIQUES
http://www.camisards.net/memoires-accessoires_fr.htm
Henriette Goldwyn, 2004.
(dernière mise à jour: juin 2004)
JUGEMENTS
- «Vous ne trouverez pas mauvais que je vous dise, que nous
avons lu vos Mémoires [...] avec tout le plaisir, le contentement
et la satisfaction possible. Vous avez trouvé le grand
art d'engager le lecteur à lire plus qu'il ne voudrait
[...]. Je ne vous dirai rien du bon arrangement des matières,
de la concision avec laquelle elles sont couchées, ni des
traits d'esprit qui y brillent de toutes parts.» (lettre
de Monsieur le V***, Mémoires de Madame Du Noyer
[1710, vol. 3], Avant-propos).
- «Je ne saurai blâmer M. du Noier, qui toujours trop
généreux, a été contraint de supporter
les malignités de cette Diabolique Xantippe [...] sa punition
est d'être obligée à faire une misérable
Quintessence, par laquelle elle se charge de plus en plus de la
haine des honnêtes gens [...]. Servez-vous utilement de
celui-ci [livre], comme étant la clé pour pénétrer
dans les Mémoires que Madame du Noier, assistée
d'un moine défroqué, a jugé à propos
de donner au public» ([M. Du Noyer], Mémoires
de Monsieur Du N**, Paris, Jérôme Sincère,
1713, Avis au lecteur).
- «Mme Du Noyer avait de l'esprit, de la vivacité
et de l'enjouement; elle possédait plus de connaissances
que n'en ont d'ordinaire les personnes de son sexe; elle conçut
le projet de tirer parti de ses talents et de demander à
sa plume des moyens d'existence [...]. Elle n'était pas
belle, de fort petite taille et chaque année prenait un
peu plus d'embonpoint [...] ses manières avaient quelque
chose de masculin qui n'était pas fait pour plaire.»
(Michel Nicolas, Histoire littéraire de Nîmes
et des localités voisines qui forment actuellement le département
du Gard, vol. 2, Paris, Cherbuliez, 1854, p.47-8).
- «Mme Du Noyer, une des femmes assez rares du XVIIe siècle
qui écrivaient pour le public, n'est cependant guère
connue que des bibliophiles et de quelques érudits»
(Arnelle, Mémoires et Lettres Galantes... voir supra
[1910], Avant-propos, p.5).
- Elle «rédigea une gazette libelle: La Quintessence
des Nouvelles. Une publication qui ne pouvait amuser le lecteur
qu'en piquant sa curiosité était condamnée
à un succès de scandale et devait créer à
son auteur de nombreuses inimitiés [...] Ce fut pour répondre
à des calomnies qu'elle publia les mémoires de sa
vie surchargés d'une foule de détails qu'on lui
a reprochés. Ses Mémoires sont un plaidoyer.
Ils soulèvent de nombreux orages.» (M. Nicolas, Histoire
littéraire de Nîmes... voir supra, p.49).
- (Mme Du Noyer réussit à redonner à la Quintessence
des Nouvelles) «toute sa réputation [et à
en faire] l'un des journaux les plus importants, les plus influents
et les plus lus du début du XVIIIe siècle [...].
Les feuilles [très recherchées circulaient de main
en main, on se les arrachait] avec empressement [et on les lisait]
avec avidité». (Alain Nabarra, in Jean Sgard, Dictionnaire
des journaux (1600-1789), Paris, Universitas, 1991, p.362).
- «Constamment rééditées, les Lettres
historiques et galantes sont l'un des plus grands succès
de librairie dans la première partie du XVIIIe siècle»
(Jean Sgard, Dictionnaire des journaux 1600-1789, Paris,
Universitats 1991, p.824).