Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Jugements
Claire de Duras, fille du comte de Kersaint
et de Claire de Paul d'Alesso d'Eragny, nait le 22 mars 1777 à
Brest. Elle passe une partie de son enfance dans le cloître
de Panthémont. Son père, un libéral qui récuse
cependant les cruautés des Républicains, est guillotiné
le 5 décembre 1793. En 1794, elle s'exile avec sa mère
en Philadelphie pour s'installer, finalement, aux Antilles. Par
la suite, les deux femmes immigrées vont en Suisse, puis
à Londres où Claire épouse Amédée
Bretagne-Malo Durfort de Duras, en 1797. En 1798 nait leur fille
Félicie, puis suit Clara un an après. En 1801, la
famille rentre en France. En 1808, Claire de Duras fait la connaissance
de Chateaubriand. Leur relation déterminera la future vie
de Claire. Sous la Restauration, son mari profite de la faveur
de Louis XVIII. Pendant ce temps, Claire peut alors se consacrer
à son salon aux Tuileries, qui est fréquenté
par Humboldt, Cuvier, Montmorency, Talleyrand et Mme de Staël.
Mme de Duras réussit à obtenir pour son ami Chateaubriand
le poste d'ambassadeur à Londres. Mais son ami ne se montre
guère reconnaissant. En outre, très déçue
par sa fille préférée Félicie, qui
la délaisse après son mariage avec le prince de
Talmont, Claire de Duras est désormais gagnée par
un sentiment de déception. Cette expérience se manifeste
dans sa correspondance avec Rosalie de Constant et Chateaubriand,
ainsi que dans son oeuvre littéraire. Après plusieurs
dépressions nerveuses, elle meurt à Nice en janvier
1828.
Claire de Duras n'a pas fait publier de
son vivant son premier roman Olivier, terminé en
1822, le sujet de l'ouvrage lui semblant trop osé. Effectivement,
il s'agit de l'histoire d'un jeune homme qui souffre d'impuissance
sexuelle. L'édition de Denise Virieux, publiée en
1971 d'après les manuscrits, a montré que ce roman
avait servi de modèle à l'Armance de Stendhal.
Dans le petit roman Ourika, publié en 1823, et inspiré
par un fait réel, domine également le thème
de la différence, ici sous une perspective raciale. La
jeune Sénégalaise Ourika est élevée
par Mme de B.. en France, où elle vit la Révolution,
l'exil et l'Empire. Eprise du fils de Mme de B..., elle doit cependant
réaliser que la barrière raciale empêche un
mariage avec celui-ci. Son désespoir va jusqu'à
l'autodestruction. Finalement, Ourika en meurt. Le sujet de l'exclusion
sociale détermine aussi le destin d'Edouard, personnage
principal du roman du même nom. Après la mort de
ses parents, Edouard est acceuilli dans la maison du duc de Nevers
où il tombe amoureux de sa fille, jeune veuve. Cependant,
l'inégalité de conditions rend leur union impossible,
et Edouard se fait tuer pendant la guerre d'Indépendance
américaine. En 1827, enfin, sont publiées les Pensées
de Louis XIV.
Parmi les manuscrits de l'oeuvre de Duras
se trouvent des fragments de deux autres romans: Le Moine du
Saint-Bernard (évoqué dans une lettre à
Rosalie Constant, datée du 15 mai 1824) et Les Mémoires
de Sophie (partiellement publiés par Agénor
Bardoux dans sa biographie de Claire de Duras). Le recueil religieux,
Réflexions et Prières inédites, a
été publié de façon posthume.
Comme les ouvrages de beaucoup d'autres femmes du XVIIIe et du
XIXe siècles, les romans de Claire de Duras ont longtemps
été considérés comme des romans sentimentaux.
De nos jours, le sujet omniprésent de l'altérité
rend ses ouvrages de nouveau intéressants pour les chercheurs.
En effet, l'auteur reprend les principes fondamentaux de la Révolution
française qui ont déjà été
sujets à réflexion pendant le Siècle des
Lumières, par exemple le principe d'égalité
entre les hommes (et les femmes). Dans ses romans, elle démontre
comment ces principes sont mis en échec par la vie.
Claire de Duras, daughter of the Count of Kersaint and of Claire de Paul d'Alesso d'Eragny, was born on March 22, 1777, in Brest. She spent part of her childhood at the Panthémont convent school. Her father was a liberal, but he spoke out against the cruelty of the Republicans and was guillotined on December 5, 1793. In 1794, Claire's mother took her into exile in Philadelphia before settling in the West Indies. They later returned to Europe, first to Switzerland, then to London, where Claire married Amédée Bretagne-Malo Durfort de Duras in 1797. The couple had two daughters, Félicie, born in 1798, and Clara a year later. In 1801, the family returned to France. In 1808, Claire de Duras made the acquaintance of Chateaubriand-a meeting that was to change her life. During the Restoration, her husband was in favor with Louis XVIII. Claire was hence able to devote herself to her salon in the Tuileries, where she was hostess to Humboldt, Cuvier, Montmorency, Talleyrand, and Madame de Staël. Claire de Duras had Chateaubriand appointed ambassador to London; he proved rather ungrateful however. Claire was also bitterly disappointed by Félicie, her favorite daughter, who neglected her mother after her marriage to the Prince of Talmont. This feeling of disappointment cast a gloom over her life, as is apparent from both her letters to Rosalie de Constant and Chateaubriand and her literary works. She suffered from bouts of nervous depression, and died in Nice in January 1828.
Claire de Duras did not wish her first novel, Olivier, completed in 1822, to be published during her lifetime, as she felt the subject matter was too daring. The story is in fact about a young man suffering from sexual impotence. The 1971 publication, edited by Denise Virieux and based on Claire de Duras's manuscripts, demonstrates that this work was used by Stendhal as a model for Armance. Her short novel Ourika, based on a true story, was published in 1823. The central theme is again that of difference, in this case viewed from a racial perspective. Ourika is a young Senegalese woman who grows up in France in the care of Mme B. and lives through the Revolution, the Emigration, and the Empire. She is in love with Mme B.'s son, but comes to realize that the racial barrier means that they can never marry. Her despair is self-destructive, and in the end she kills her. The theme of social exclusion also governs the fate of Edouard, the hero of another, eponymous novel. After the death of his parents, Edouard is taken in by the Duke of Nevers. He falls in love with the duke's daughter, who is a young widow. The difference in their social status makes all thoughts of marriage impossible, and Edouard ends up dying in the American War of Independence. In 1827, Duras also published a work entitled Pensées de Louis XIV.
Claire de Duras left two more novels in a fragmentary state, Le Moine du Saint-Bernard, mentioned in a letter to Rosalie de Constant dated May 15, 1824, and Les Mémoires de Sophie, part of which Agénor Bardoux included in his biography of the author. A religious work entitled Réflexions et Prières inédites was published after her death.
As has so often been the case with women writers of the eighteenth and nineteenth centuries, Claire de Duras was long seen as the author of sentimental novels. The recurrent theme of otherness that runs through her works has recently awakened fresh critical interest. Claire de Duras explores the fundamental principles of the French Revolution that had sparked debate during the Enlightenment, such as the principle of equality of all men (and women, too). Her novels demonstrate how life itself dooms such principles to failure.
(traduction de Susan Pickford)
OEUVRES
- 1822 : Olivier, Ed. Denise Virieux, Paris, J. Corti,
1971.
- 1823 : Ourika. Paris, Imprimerie Royale -- Présentation
et étude de Roger Little. Exeter, Univ. of Exeter Press,
1993.
- 1824? : Le Moine ou l'Abbé du Saint Bernard
(attribution incertaine), inédit.
- 1825 : Edouard. 2 vols., Paris, Ladvocat -- Raymond
Trousson (ed.), Romans de Femmes du XVIIIe siècle,
Paris, Robert Laffont, 1996.
- 1827 : Pensées de Louis XIV, extraites de ses
ouvrages et de ses lettres manuscrites. Paris, Firmin-Didot.
- ? : Les Mémoires de Sophie, fragments publiés
in Bardoux, Agénor (voir infra, choix bibliog.).
- ? : Réflexions et pièces inédites,
par Mme la duchesse de Duras. Paris, Débécourt,
1839.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Bardoux, Agénor. La Duchesse de Duras. Paris,
C. Lévy, 1898.
- Bertrand-Jennings, Chantal. "Condition féminine
et impuissance sociale : les romans de la duchesse de Duras",
Romantisme, 63, 1989, p.39-50.
* Crichfield, Grant. Three Novels of Madame de Duras: "Ourika",
"Edouard", "Olivier". La Hague, Mouton,
1975.
- Pailhès, Gabriel. Mme de Duras et Chateaubriand, d'après
des documents inédits. Paris, Perrin, 1910.
- Von Kulessa Rotraud. "Körper und Alterität im
Roman Ourika von Claire de Duras". Freiburger FrauenStudien,
1997-1, p.91-99.
Rotraud von Kulessa, octobre 2002.
- "Ce serait bien incomplétement connaître Mme de Duras que de la juger seulement un esprit fin, une âme délicate et sensible, comme on pourrait le croire d'après son influence modératrice dans le monde et d'après une lecture courante des deux charmantes productions qu'elle a publiées. Elle était plus forte, plus grande, plus passionnément douée que ce premier aspect ne la montre ; il y avait de puissants ressorts, de nobles tumultes dans cette nature, que toutes les affections vraies et toutes les questions sérieuses saisissaient vivement ; comme l'époque qu'elle représente pour sa part et qu'elle décore, elle cachait sous le brillant de la surface, sous l'adoucissement des nuances, plus d'une lutte et d'un orage." (Sainte Beuve, Portraits de femmes. Paris, Didier, 1858, p.58.)