Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Jugements
Née vraisemblablement à
Stuttgart en 1771, Louise Fusil est issue d'une famille d'acteurs
dont le plus connu est son grand-père François Liard-Fleury,
un temps comédien du Théâtre-Français.
Sa prétendue parenté avec son homonyme, Abraham-Joseph
Bénard, dit Fleury, le fameux acteur de la Comédie-Française,
est douteuse. François Liard a épousé une
demoiselle Clavel, tante de la célèbre cantatrice
Antoinette Clavel, mieux connue sous le nom de Mme Saint-Huberti.
Cette dernière initie Louise à l'art du chant et
la fait venir à Paris où elle devient l'élève
de Piccini. Le père de Louise, Henri Liard-Fleury, et sa
mère, Catherine Durussose, sont également
acteurs. Peu de temps avant que n'éclate la Révolution,
Louise épouse, à Toulouse, le comédien Fusil.
Ami de Talma, il participe aux spectacles du Théâtre
de la République où Louise fait aussi quelques apparitions.
Le couple, dont naîtra une fille prénommée
Henriette, actrice à son tour, ne tarde pas à se
séparer: Fusil est engagé à Marseille tandis
que la jeune femme mène une carrière en solo à
Bruxelles, Gand, Anvers, Tournai et Lille où elle accompagne
en tournée le Chevalier de Saint-Georges, célèbre
compositeur et interprète originaire de la Guadeloupe.
En 1806, elle quitte la France pour la Russie (Pétersbourg
et Moscou) où elle exerce ses talents sur les scènes
des théâtres impériaux et dans une petite
troupe de comédiens français dirigée par
Aurore Bursay, jusqu'en 1812. Forcée de fuir Moscou en
flammes, elle revient en France avec, dans ses bagages, une jeune
«orpheline», la petite Nadèje, recueillie pendant
la retraite de Russie. L'histoire est émouvante mais elle
est peu crédible, et l'on s'accorde à penser que
«l'orpheline de Wilna», comme on l'appelle alors,
est en réalité la fille naturelle de Louise. De
retour en France, elle l'adopte, la forme au chant, à la
danse et à la comédie, et la montre sur les scènes
européennes où elle recueille un assez joli succès.
Bouleversée par la disparition prématurée
de Nadèje, survenue en 1832, Louise Fusil séjourne
un temps en Angleterre avant de rentrer définitivement
en France où, poussée par le besoin, elle publie
en 1841 ses Souvenirs d'une actrice. De 1844 à 1848,
elle dirige une «revue de modes et de littérature»
qui, malheureusement pour elle, ne connaît pas le succès
de ses Mémoires. Oubliée de tous, elle meurt en
1848, dans le plus complet dénuement.
On possède peu de témoignages
sur ses qualités de chanteuse et de comédienne,
et seuls les deux gros volumes des Souvenirs lui valurent
une réelle notoriété. Ils se révèlent
fort agréables à lire et d'un réel intérêt,
en dépit de lourdes erreurs factuelles et chronologiques.
On rencontre dans le quotidien de cette artiste de second plan
les noms qui noircissent les colonnes des manuels d'histoire:
Saint-Georges, Talma, Lekain, Louvet, Chénier, Dauberval,
Boïeldieu, Rostopchin, Gluck, Grétry, le prince de
Ligne ou le célèbre comte du Barry. La deuxième
partie, essentiellement consacrée à la vie en Russie,
associe les charmes de la peinture naïve aux détails
documentaires et au reportage. La mémorialiste ne se borne
pas aux observations de salon. Outre les qualités littéraires
indéniables de l'oeuvre, qui mêle habilement la technique
du portrait aux procédés romanesques, les descriptions
pittoresques aux réflexions abstraites, on reconnaîtra
sans peine son intérêt historico-sociologique, voire
ethnologique. L'ouvrage constitue un document de choix pour l'étude
des conditions de vie des comédiens à la fin du
XVIIIe siècle, un témoignage privilégié
de l'évolution des modes, de l'art de la scène dramatique
et lyrique. Louise Fusil écrit en femme qui a longuement
réfléchi sur son métier et sur son art. Elle
commente la réorganisation des théâtres, leur
libéralisation, la rémunération des comédiens,
etc. Lectrice cultivée, elle note avec pertinence l'influence
de la Révolution sur les nouveaux courants littéraires,
le retour à l'antique et l'idéalisation des héros
de la république romaine. Fine observatrice des moeurs
de son temps, elle n'était cependant ni une moraliste,
ni une progressiste et l'on ne trouve sous sa plume aucune réelle
critique de l'Ancien Régime. Si Louise Fusil est peu citée
dans les histoires du théâtre, les historiens de
la France mentionnent souvent ses anecdotes relatives à
la Révolution au titre de «sources», malgré
le peu de fiabilité de ses informations. Une édition
critique de ces Souvenirs paraîtra prochainement
aux éditions H. Champion.
Probably born in Stuttgart in 1771, Louise Fusil came from a family of actors, of whom the most well-known is her grandfather, François Liard-Fleury, at one time a member of the Théâtre-François. His presumed relationship with his namesake, Abraham-Joseph Bénard, known as Fleury, the famous actor of the Comédie Française, is doubtful. François Liard married a demoiselle Clavel, aunt of the famous diva Antoinette Clavel, better known under the name of Madame Saint-Huberti. The latter introduced Louise to the art of singing and brought her to Paris where she became a student of Piccini. Louise's father, Henri Liard-Fleury, and her mother, Catherine Durussose, were also actors. Shortly before the outbreak of the Revolution, Louise married the actor Fusil, in Toulouse. A friend of Talma's, he participated in the spectacles of the Théâtre de la République, where Louise also appeared several times. The couple, who produced a girl, Henriette, who would also become an actress, separated not long afterwards: Fusil was hired in Marseille whilst the young woman led a solo career in Brussels, Ghent, Antwerp, Tournai and Lille where she accompanied the tour of the Chevalier de Saint-Georges, a famous composer and interpreter from Guadeloupe. In 1806, she left France for Russia (St Petersburg and Moscow) where, until 1812, she displayed her talents on the stages of imperial theatres and within a small troup of French actors directed by Aurore Bursay. Forced to flee the fires of Moscow, she returned to France with, amongst her luggage, a young "orphan", little Nadèje, rescued during Napoleon's flight. The anecdote is moving, but hardly credible, and it is more reasonable to assume that the "orphan of Wilna", as she is now known, was in truth Louise's illegitimate daughter. Back in France, she adopted Nadèje and taught her to sing, to dance and to act, putting her on the stage throughout Europe, where she gained moderate success. Distraught following the loss of Nadèje in 1832, Louise Fusil lived in England for a while, before returning once and for all to France, where, out of necessity, she published in 1841 her Souvenirs d'une actrice. Between 1844 and 1848, she edited a 'fashion and literary periodical", which, unfortunately for her, did not receive the same success accorded to her memoirs. Forsaken by all, she died, in 1848, in the most abject poverty.
Few testimonies of her qualities as singer and actress have survived and she was only really well-known for the two large volumes of her Souvenirs. These are a pleasant read and of real interest, despite serious factual and chronological errors. We encounter, through Louise's account of her daily life, the names of those who fill the pages of history: Saint-Georges, Talma, Lekain, Chénier, Dauberval, Boïeldieu, Rostopchin, Gluck, Grétry, the prince de Ligne or the famous Count Du Barry. The second part, essentially devoted to life in Russia, combines the charm of a simple portrait with documentary details and reports. The memoirs are not merely conversation pieces. Aside from the undeniable literary qualities of the work, which skilfully blend the technique of portraiture with fiction, rich and detailed descriptions with abstract reflections, the historico-sociological, even ethnological, value of the text is easily recognisable. The work constitutes a prime document for the study of the lifestyle of actors at the end of the eighteenth century, and an exceptional testimony of the evolution of fashion and of the art of dramatic and lyrical theatre. Louise Fusil writes like a woman who had long reflected on her work and her profession. She comments on the reorganisation of theatres, their emancipation, the remuneration of actors etc. Widely-read, she notes pertinently the influence of the Revolution on new literary currents, the return to antiquity and the idealisation of heroes of the Roman Republic. A skilled commentator of the mores of her time, she was however, neither moralist, nor reformist and her work lacks any real critique of the Ancien Régime. If Louise Fusil is rarely cited in the context of theatre history, historians of France often mention her anecdotes as a primary source for the history of the Revolution, despite the unreliability of her accounts. A critical edition of her Souvenirs is forthcoming from H. Champion.
(traduction de Cathy McClive)
OEUVRES
- 1817 : L'incendie de Moscou, la petite orpheline de Wilna,
passage de la Bérésina et Retraite de Napoléon
jusqu'à Wilna. Par madame Fusil, témoin oculaire.
Ces mémoires sont suivis d'un Voyage aux confins de l'Asie
russe, sur les bords de la Wolga, de Notes sur la Russie, le Kremlin,
Petrosky, et les principaux édifices qui ont été
la proie de flammes, Londres, impr. de Schulze et Dean.
- 1841 : Souvenirs d'une actrice, par Mme Louise Fusil,
Paris, Dumont -- Éd. Valérie van Crugten-André,
Paris, H. Champion, (à paraître, printemps 2005).
- 1843 : «L'Oranger de la superstition», Magasin
de récréations des dames, juillet 1843, Paris,
au bureau de la gazette des femmes, p.80-84 (récit d'une
anecdote survenue à Moscou en 1809).
- 1844 : Proserpine à Paris. Revue anecdotique de Modes,
de Nouveautés, de littérature, d'industrie, etc.,
rédigée par plusieurs dames, Paris, Brière,
Bureaux, à la Tente, au Palais-Royal, 1844 (devient en
1846, Revue des dames. Journal littéraire. Anecdotes
et nouvelles inédites, Bureaux, à la Tente,
au Palais-Royal, Galerie Montensier, 6 au premier; devient en
1848: Revue des arts, de la littérature, depuis 1790
jusqu'en 1848 par Mme Louise Fusil, Auteur des Souvenirs d'une
actrice, de l'incendie de Moscou, du passage de la Bérésina,
de l'île des vieilles [sic], du prince et la chanteuse
[sic], de la famille ste.-Amaranthe [sic], Bureaux,
Salon littéraire de la Tente).
- 1847 : Notice historique sur mademoiselle Mars, par Mme L.
Fusil, auteur des Souvenirs d'une actrice, d'une relation
de l'incendie de Moscou, de nombreuses notices anecdotiques sur
les théâtres, les artistes éminents, et sur
l'art dramatique, du temps de la république, de l'Empire
et de la Restauration. Avec un autographe de l'illustre comédienne
adressé à l'auteur, Paris, à la Tente,
au Palais-Royal et chez les marchands de nouveautés.
- 1848 : Notice historique sur son altesse royale Mme la princesse
Adélaïde, par Mme L. Fusil, Paris, imprimerie
de Madame Lacombe.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Barbé, J.-J. Dictionnaire des musiciens de la Moselle.
Metz, Imprimerie du Messin, 1929.
- Id. «Un chapitre de l'histoire du théâtre
de Metz au XVIIIe, Les Fleury, comédiens et chanteurs».
Le Pays Lorrain, 1925, p.320-326.
- Roman d'Amat et al. (dir.). Dictionnaire de
Biographie française. Paris, Letouzey et Ané,
1976, t.XIV, p.1459-1463.
- Lyonnet, Henri. Dictionnaire des comédiens français
(ceux d'hier). Biographie, Bibliographie, Iconographie [...].
Paris, E. Jorel, 2 vol., librairie de l'art du théâtre,
s.d. [1904].
JUGEMENTS
- (à propos du Théâtre des Beaujolais)
«Le divorce inutile. Comédie en prose
et en un acte par M. Gabiot. Très jolie pièce, écrite
avec pureté, pleine de sentiments relevés, et d'idées
fines et spirituelles; il y règne d'un bout à l'autre
un excellent ton; et l'on ne peut trop engager les acteurs de
ce théâtre à entremêler souvent leurs
opéras de comédies du même genre. Mesdames
Sara et Fusil s'y font applaudir, parce que les bons rôles
siéent toujours aux talents» (Almanach général
de tous les spectacles de Paris et des Provinces pour l'année
1791, p.86-87).
- «Une femme aimable et spirituelle, dont la longue
carrière n'a pas été sans éclat, et
qui a obtenu dans les arts des succès brillants, vient
de finir ses jours dans un hospice [...]. Telle est souvent la
destinée des artistes qui manquent de prévoyance,
et qui ne songent pas qu'une vogue éphémère
ne les préservera pas des chances hasardeuses de l'avenir.
Mme Fusil, née Louise Fleury, qui aurait pu être
inconnue de la génération actuelle, ne l'était
cependant pas, puisque sa plume septuagénaire, qui avait
conservé l'esprit, le grâce et la fraîcheur
de la jeunesse, a tracé récemment des Mémoires
qui, au charme du style, joignent un grand intérêt
de curiosité pour les amateurs de théâtre
et pour les curieux d'anecdotes littéraires» (extrait
d'un article de nécrologie sur Louise Fusil, La semaine,
1849).
Valérie van Crugten-André, 2004.