Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique
Fille de Guillaume Le Jars, trésorier
du roi, et de Jeanne de Hacqueville, d'une famille parlementaire,
Marie Le Jars naît à Paris en 1566. Son père
disparaît en 1578 et la famille se retire à Gournay
vers 1586. L'aîné, Charles, séjournant longuement
à l'étranger, Marie doit souvent assumer les charges
familiales après le décès de leur mère
en 1591 (la fratrie comprend encore cinq soeurs et un frère).
Elle apprend le latin et un peu de grec grâce à des
traductions.
Vers dix-huit ans, elle s'éprend
des Essais, au point d'inquiéter ses proches. Elle
n'a de cesse de rencontrer Montaigne, qui, à Paris en 1588,
lui «présente», dit-elle, «l'affection
et l'alliance de père à fille» (O. C.,
p.1863), puis séjourne quelques semaines à Gournay
en octobre-novembre de la même année; c'est au cours
d'une promenade qu'elle lui aurait narré l'histoire tragique
publiée en 1594 sous le titre Proumenoir de M. de Montaigne.
Après la mort de son «père» (1592),
elle élabore l'édition posthume des Essais,
publiée en 1595, puis séjourne quinze mois à
Montaigne, auprès de Mme de Montaigne et de sa fille Léonor,
sa «soeur d'alliance». Au début du XVIIe siècle,
elle voit s'aggraver les difficultés consécutives
aux engagements risqués de ses parents. Pour y faire face,
Marie vend des maisons familiales (notamment Gournay, en 1608),
prend part à plusieurs procès, obtient des dons
du roi. Sa vie est fortement marquée par les événements
contemporains, et elle manifeste un intérêt constant
pour les questions politiques et sociales. En 1608, pour la naissance
de Gaston d'Orléans, elle donne la Bienvenue de Monseigneur
le Duc d'Anjou, dont les diverses parties fourniront des traités
intégrés dans ses oeuvres en 1626. Deux ans plus
tard, l'assassinat d'Henri IV et ses suites fournissent la matière
de l'Adieu de l'Ame du Roy..., avec la defence des Peres Jesuistes.
On voit alors M. de Gournay dans l'entourage de Marguerite de
Valois.
En 1619, les Versions de quelques pieces
de Virgile... comprennent un «Traité sur la poésie»
qui s'oppose fermement aux malherbiens et défend la poétique
ronsardienne; elle poursuivra ce combat en incluant dans ses Remerciements
au Roy (1624) une version révisée de la «Harangue
du duc de Guise» du poète de la Pléiade, prétendument
trouvée dans ses papiers, et qui est une pure contrefaçon.
Elle s'engage en outre sur un autre terrain polémique avec
l'Egalité des hommes et des femmes (1622) et le
violent Grief des Dames (1626), qui lui vaudront sa réputation
de championne des idées féministes. Ce texte paraît
au sein de L'Ombre de la damoiselle de Gournay, première
édition de ses oeuvres, dont elle donne une seconde édition
l'année suivante. En 1634, une nouvelle version enrichie
de plusieurs textes, en est publiée sous le titre Les
Advis, ou les Presens de la demoiselle de Gournay, qui précède
d'un an son ultime édition des Essais. Enfin, en
1641, elle donne l'édition finale de ses Advis,
qui comprennent, outre le Proumenoir, des traductions et
un recueil poétique, un riche éventail de traités
sur des questions morales, politiques, poétiques et religieuses,
préoccupations diverses qui n'en font qu'une aux yeux de
l'auteure. Elle meurt à Paris le 13 juillet 1645 et est
enterrée dans l'église Saint-Eustache.
M. de Gournay occupe une place significative
dans le paysage intellectuel et mondain du premier XVIIe siècle.
Liée à la reine Marguerite, elle est aussi proche
de la cour dès 1614; elle approche Richelieu par des amis
comme Boisrobert ou des relations influentes telles que Bassompierre,
Schomberg et les Liancourt, Charles de Gonzague, Jean d'Espagnet,
la duchesse d'Enghien, etc. Elle est en relation avec P. de Brach,
J.-P. Camus, Charron, Balzac, Chapelain, Ménage, Racan,
Baudier, François de Sales, Coëffeteau, Le Pailleur,
Marolles, La Mothe Le Vayer, Sorel, Saint-Évremond, Cl.
de L'Estoile, Lipse, Grotius, Heinsius et Anna-Maria Van Schurman.
Souvent réduite au rôle de
«bas bleu» par la tradition critique, M. de Gournay,
n'a longtemps été considérée que comme
la «fille d'alliance» de Montaigne et l'éditrice
(parfois contestée) des Essais. Son engagement féministe
a permis une réévaluation de sa pensée au
début du XXe siècle. Depuis peu, une floraison bibliographique
laisse espérer une meilleure appréciation de cette
personnalité fascinante dans toute sa diversité:
actrice mondaine et politique de second plan, femme de lettres
de première grandeur, auteure prolifique dans des genres
très divers.
Marie Le Jars was born in Paris in 1566, the daughter of Guillaume Le Jars, the king's treasurer, and Jeanne de Hacqueville, whose family were parlementarians. Her father died in 1578 and the family moved to Gournay about 1586. As the eldest, Charles, spent many years abroad, after the death of their mother in 1591 Marie often had to assume responsibilities for the family (five sisters and another brother). She taught herself Latin and a little Greek thanks to translations.
At approximately eighteen years of age, to the consternation of her family, she discovered and was delighted by Montaigne's Essais. She was determined to meet the author, who, in Paris in 1588, "offered" her, she says, "the affectionate bond of a father for a daughter" (O. C., p.1863); he then spent several weeks at Gournay in October and November of the same year. It was during an outing that she supposedly recounted to him the tragic story published in 1594 under the title Proumenoir de M. de Montaigne. After the death of her "father" (1592), she worked on the posthumous edition of the Essais, published in 1595, and then stayed 15 months in Montaigne, with Mme de Montaigne and her daughter Léonor, her "stepsister". At the beginning of the 17th century, her financial difficulties worsened due to her parents' risky investments. To meet her family's obligations, Marie sold their homes (notably Gournay, in 1608), was involved in several lawsuits, and obtained gifts from the king. Her life was strongly marked by current events, and she always showed an interest in political and social questions. In 1608, for the birth of Gaston d'Orléans, she wrote the Bienvenue de Monseigneur le Duc d'Anjou, several parts of which would furnish essays integrated into her works of 1626. Two years later, the events following the assassination of Henry IV would supply the material for the Adieu de l'Ame du Roy..., avec la defence des Peres Jesuistes. M. de Gournay was then part of the circle of Marguerite of Valois.
In 1619, the Versions de quelques pieces de Virgile... included a "Treatise on poetry" which strongly opposed the followers of Malherbe and defended instead the poetics of Ronsard; she maintained this position when she included in her Remerciements au Roy (1624) a revision of Ronsard's "Harangue du duc de Guise", supposedly found amongst her papers but in fact a pure fabrication. Moreover, she became involved in another controversy with the Egalité des hommes et des femmes (1622) and the violent Grief des Dames (1626), which established her reputation as a champion of feminist ideas. This text appeared in the Ombre de la damoiselle de Gournay, the first edition of her works, with a second edition appearing the following year. In 1634, she published a new, augmented edition with the title Les Advis, ou les Presens de la demoiselle de Gournay, which preceded by one year her last edition of the Essais. Finally, in 1641, she produced the definitive edition of her Advis, including, in addition to the Proumenoir, translations and a poetic collection, a broad range of treatises on moral, political, poetic and religious questions, all topics which converged in the author's mind. She died in Paris on July 13, 1645, and was buried in the church of Saint-Eustache.
M. de Gournay occupies a significant place in the intellectual and social landscape of the early 17th century. In addition to her links to Marguerite of Valois, she was close to the royal court from 1614; she knew Richelieu through friends like Boisrobert or other influential contacts like Bassompierre, Schomberg and the Liancourt, Charles de Gonzague, Jean d'Espagnet, the Duchess of Enghien, etc. She was acquainted with P. de Brach, J.-P. Camus, Charron, Balzac, Chapelain, Ménage, Racan, Baudier, François de Sales, Coëffeteau, Le Pailleur, Marolles, La Mothe Le Vayer, Sorel, Saint-Évremond, Cl. de L'Estoile, Lipsius, Grotius, Heinsius and Anna-Maria Van Schurman.
Often reduced by traditional commentators to the role of "blue stocking", M. de Gournay has long been considered solely as the "adopted daughter" of Montaigne and the editor (criticized at times) of the Essais. Her feminism led to a reevaluation of her ideas at the beginning of the 20th century. Recently, a growing bibliography promises a better appreciation of her fascinating and multi-facetted personality: occasional social and political activist, but above all first class woman of letters and prolific author in highly varied genres.
(traduction d'Hannah Fournier)
OEUVRES
L'édition moderne conseillée, pour toutes, est
celle des Oeuvres complètes réalisée
par J.-C. Arnould, E. Berriot-Salvadore, M.-C. Bichard-Thomine,
C. Blum, A. L. Franchetti, V. Worth-Stylianou (Paris, Honoré
Champion, 2002).
- avant 1588 : un sonnet et une ode dans les «Regrets funèbres
sur la mort d'Aymée». In Oeuvres de Pierre
de Brach (Le Tombeau d'Aymée), éd. Dezeimeris,
Paris, Aubry, 1861.
- 1594 : Le Proumenoir de Monsieur de Montaigne, Paris,
Abel Langellier (comprend la «Version du second livre de
l'Æneide» et le «Bouquet poetique, ou meslanges»).
Le Proumenoir reparaîtra à diverses reprises,
dans des versions autorisées ou pirates, anonymes ou attribuées,
y compris sous le titre Alinda. Histoire tragique (1623).
- 1595 : «Preface sur les Essais de Michel, seigneur de
Montaigne», in Les Essais de Michel Seigneur de Montaigne,
Paris, Abel Langellier (préface longue qui reparaîtra
dans les éditions de 1617, 1625 et 1635 des Essais
et dans l'édition de 1599 du Proumenoir).
- 1595 : hommage en prose à Jean de Sponde, dans Response
du Feu Sieur de Sponde..., Bordeaux, S. Millanges.
- 1598 : «Preface sur les Essais de Michel, seigneur de
Montaigne», in Les Essais de Michel Seigneur de Montaigne,
Paris, Abel Langellier (préface courte qui reparaîtra
dans les éditions de 1598, 1600, 1602, 1604 et 1611 des
Essais).
- 1608 : Bienvenue de Monseigneur le duc d'Anjou, Paris,
Fleury Bourriquant.
- 1610 : Adieu de l'Ame du Roy de France et de Navarre Henry
le Grand, avec la Defence des Peres Jesuites, Paris, Fleury
Bourriquant et Lyon, Jean Poyet.
- 1619 : Versions de quelques pieces de Virgile, Tacite, Salluste,
avec l'Institution de Monseigneur, frere unique du Roy, Paris,
Fleury Bourriquant (comprend également un «traicté
sur la Poësie»).
- 1620 : Eschantillons de Virgile, s.l. [Paris], s.n.
- 1620 : deux poèmes dans Les Muses en deuil, Paris,
Toussaint du Bray.
- 1621 : Traductions. Partie du Quatriesme de l'Eneide, avec
une oraison de Tacite, et une de Saluste, Paris, sn.
- 1622 : Egalité des Hommes et des Femmes, s.l.
[Paris], s.n.
- 1624 : Remerciement, au Roy, s.l. [Paris], s.n.
- 1626 : L'Ombre de la Demoiselle de Gournay, Paris, Jean
Libert (comprend «De l'éducation des Enfans de France»,
«Naissance des Enfans de France», «Exclamation
sur l'assassinat deplorable de l'année mil six cens dix»,
«Adieu de l'ame du Roy à la Reyne Regente son espouse»,
«Priere pour l'ame du mesme Roy, escrite à son trépas»,
«Gratification à Venise sur une victoire»,
«Institution du Prince», «Du langage François»,
«De la medisance», «Des fausses devotions»,
«Si la vangeance est licite», «Antipathie des
ames basses et hautes», «Consideration sur quelques
contes de Cour», «Advis à quelques gens d'Eglise»,
«Que les grands esprits et les gens de bien s'entrecherchent»,
«De la neantise de la commune vaillance de ce temps et du
peu de prix de la qualité de Noblesse», «Que
l'integrité suit la vraye suffisance», «Sur
la version des Poetes antiques, ou des Metaphores», «Egalité
des hommes et des femmes», «Chrysante, ou convalescence
d'une petite fille», «Des Vertus vicieuses»,
«Des Rymes», «Des diminutifs François»,
«Des grimaces mondaines», «De l'impertinente
amitié», «Des sottes ou presomptives finesses»,
«Grief des Dames», «Deffence de la Poësie
et du langage des Poetes», «Advis sur la nouvelle
edition du Promenoir», «Promenoir», «Apologie
pour celle qui escrit», «Lettre sur l'art de traduire
les Orateurs», «Version d'une Oraison de Tacite»,
«Version d'une Oraison de Salluste», «Epistre
de Laodamie traduicte d'Ovide», «Seconde Philippique
de Ciceron traduicte», «De la façon d'escrire
de Messieurs du Perron et Bertault, qui sert d'Advertissement
sur les Poesies de ce volume», «Partie du Premier
de l'Æneide, commençant où monsieur le Cardinal
du Perron acheve de le traduire», «Second de l'Æneide
traduict», «Partie du Quatriesme de l'Æneide,
commençant comme dessus apres monsieur le Cardinal»,
«Bouquet de Pynde, composé de fleurs diverses»,
«Si ce Livre me survit...»).
- 1628 : trois poèmes, in Recueil de plusieurs inscriptions
proposées pour remplir les Tables d'attente estans sous
les statues du Roy Charles VII et de la Pucelle d'Orléans...,
Paris, Edme Martin.
- 1634 : Les Advis, ou les Presens de la Demoiselle de Gournay,
Paris, Toussaint du Bray (ajoute à L'Ombre: «Discours
sur ce livre à Sophrosine», «Oraison du Roy
à S. Louys durant le siege de Rhé», «Premiere
delivrance de Casal», «De la temerité»
et la traduction du VIe livre de l'Énéide).
- 1635 : un poème, in Le Sacrifice des Muses, Paris,
S. Cramoisy.
- 1635 : un poème, in Le Parnasse royal, Paris,
S. Cramoisy.
- 1641 : réédition des Advis (le troisième
traité sur la «Medisance» prend son autonomie
sous le titre «Des Broquarts»; ajout de la «Copie
de la Vie de la Damoiselle de Gournay»).
- 1642 : deux épigrammes, in le Jardin des Muses,
Paris, A. de Sommaville.
- 1644 : une épigramme, in l'«Approbation du Parnasse»
qui précède Les Chevilles de Me Adam Menuisier
de Nevers, Paris, T. Quinet.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Dezon-Jones, Eliane. «Marie de Gournay : le Je/u palimpseste»,
L'Esprit Créateur, XXIII, 1983, 2, p.26-36.
- Fogel, Michèle. Marie de Gournay, Paris,
Fayard, 2004 (biographie à paraître, remplaçant
celle de 1963 par M. H. Ilsley).
* Gournay, Marie de. Oeuvres complètes (voir supra),
introduction.
- Marie de Gournay et l'édition de 1595 des Essais
de Montaigne, Actes du colloque de la SIAM (Soc. Intern. des
Amis de Montaigne, juin 1995), dir. J.-C. Arnould. Paris, Honoré
Champion, 1996.
- Montaigne et Marie de Gournay. Actes du Colloque international
de Duke University (31 mars-1er avril 1995), dir. M. Tetel, Paris,
Champion, 1997.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Mathieu, Jean. Unique portrait authentique de Marie de Gournay
(gravure). En tête de l'ultime édition des oeuvres
(Les Advis, Paris, Jean du Bray, 1641) -- les O. C.,
p.4.
Jean-Claude Arnould, 2003.