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Née en mars 1225, fille de Louis
VIII, roi de France, et de Blanche de Castille, Isabelle de France
est la soeur cadette du futur Louis IX (saint Louis). Elle aurait
dû être mariée en 1230 à Hugues de la
Marche, mais ce dernier épouse finalement Yolande, fille
du comte de Bretagne. On lui destine ensuite Conrad de Hohenstaufen,
fils de Frédéric II, mais elle refuse cet époux
en 1243: une lettre pontificale approuve finalement son dessein
de vivre en perpétuelle virginité sans pour autant
entrer dans les ordres. La princesse décide d'utiliser
la dot qui aurait dû servir à son mariage pour fonder
un monastère, les Clarisses de Longchamp. Suivant l'exemple
de Claire d'Assise, qui a rédigé entre 1247 et 1252
la règle de son ordre, Isabelle établit elle-même
celle de Longchamp en 1255. Pour ce faire, elle prend conseil
auprès des plus grands maîtres franciscains parisiens
de l'époque, en particulier Bonaventure, qui incarne une
tendance modérée en ce qui concerne la pauvreté.
Forme adoucie de celle de Claire d'Assise, cette règle
autorise les religieuses à hériter et à posséder
des biens en commun. Elle est approuvée par Alexandre IV
en 1259, puis remaniée par Urbain IV en 1263. Après
Claire d'Assise, Isabelle de France est ainsi l'une des premières
autrices de règle monastique. La construction du monastère,
qui s'élève à trente mille livres, est achevée
en 1259. Isabelle de France se retire pour vivre parmi les moniales,
sans pour autant faire partie de leur ordre. Elle meurt le 23
février 1270.
Isabelle de France a exercé une
influence considérable sur son entourage. L'une de ses
nièces, Blanche, fille de saint Louis, a été
pensionnaire à Longchamp avant son mariage. Une autre,
Isabelle de Navarre, a fondé en 1270 à Troyes un
monastère de cordelières suivant la règle
de Longchamp. Le monastère a également accueilli
d'autres princesses en tant que religieuses: Blanche, fille de
Philippe V Le Long, y a pris l'habit en 1318, tout comme Jeanne,
fille de Jeanne de France, reine de Navarre, en 1337. Philippe
V lui-même est venu y mourir en 1322. Longtemps, de nombreux
membres de la famille royale ont rendu visite aux religieuses
ou leur ont fait des legs. La règle d'Isabelle a, par ailleurs,
connu un grand succès au sein de l'ordre des clarisses.
Elle a été adoptée dans de nombreux monastères
de «riches clarisses» liés à la famille
royale: par exemple, outre celui de Troyes, ceux de Provins et
de Toulouse.
Les biographes de saint Louis sont peu
prolixes à son sujet: Guillaume de Saint-Pathus signale
qu'elle reçut, comme ses frères, son éducation
religieuse de Blanche de Castille. Jean de Joinville la mentionne
brièvement en tant que fondatrice de l'abbaye de Longchamp.
Ce n'est qu'à travers la Vie d'Isabelle de France,
récit hagiographique rédigé vers 1279-1281
par son ancienne dame de compagnie, Agnès d'Harcourt, à
la demande de Charles d'Anjou, le frère du roi, que l'on
découvre en elle un personnage essentiel de l'entourage
de saint Louis. Ce texte présente Isabelle de France comme
digne d'être canonisée, en empruntant à la
fois à un modèle féminin de sainteté
proche de Claire d'Assise et à un modèle royal et
masculin, celui de saint Louis. Un récit de quarante miracles
est présenté à la suite de la vie de la princesse.
À la différence de son frère, pourtant, Isabelle
de France n'a pas été canonisée. Elle a été
béatifiée en 1521 par la bulle Piis omnium
de Léon X. Son culte a certainement existé
au moins au monastère de Longchamp, comme en témoigne
un office élaboré au XVIe siècle. Son rôle
est aujourd'hui redécouvert par les historiens.
Born in March 1225, Isabelle of France was the daughter of king Louis VIII of France and queen Blanche of Castile, and the younger sister of the future Louis IX (St. Louis). She was supposed to marry Hugues de la Manche in 1230, but he instead married Yolande, the count of Brittany's daughter. Another marriage was arranged with Conrad of Hohenstaufen, the son of Frederick II, but in 1243 Isabelle refused the match. A papal letter finally gave official approbation to her intention to live a life of virginity without having to take holy orders. The princess decided to use her marital dowry to establish a Poor Clares convent, the Clarisses in Longchamp. Following the example of Clare of Assisi, who wrote the rule of her order between 1247 and 1252, Isabelle developed the rule for Longchamp in 1255, after consulting the most important Franciscan luminaries in Paris at the time, particularly Bonaventure, whose stance was moderate in relation to the vows of poverty. Her rule, less rigid than Clare of Assisi's, allowed the nuns to inherit and own property collectively. It was approved by Alexander IV in 1259, and then revised by Urban IV in 1263. In the wake of Clare of Assisi, Isabelle of France was thus one of the first women authors of a monastic rule. The construction of the abbey, which cost thirty thousand livres, was finished in 1259. Isabelle then went to live with the nuns but never joined their order. She died there on 23 February 1270.
Isabelle of France exercised a considerable influence over her entourage. One of her nieces, Blanche, daughter of St. Louis, stayed at the convent prior to her marriage. Another, Isabelle of Navarre, founded a Franciscan monastery in Troyes in 1270, based on the rule of Longchamp. Other princesses joined the abbey as nuns: Blanche, daughter of Philip V (known as the Tall) took her vows in 1318, as did Jeanne, daughter of Jeanne of France, queen of Navarre, in 1337. Philip V even retired there to die in 1322. For many years, numerous members of the royal family visited or made bequests to the nuns. Isabelle's rule was successfully applied throughout the Clarissian Order. It was adopted by many "wealthy Clarisse" convents with links to the royal family: for example those in Troyes, Provins and Toulouse.
St. Louis' biographers had little to say about Isabelle: Guilliaume de Saint-Pathus noted that she, like her brothers, received religious training from Blanche of Castile. Jean de Joinville, mentioned her briefly as the founder of the Abbey of Longchamp. It is only through The Life of Isabelle of France, the hagiographic account written around 1279-1281 by her former lady-in-waiting, Agnes d'Harcourt, at the request of Charles d'Anjou, the king's brother, that we discover the essential role she played in St. Louis' entourage. This text presents Isabelle of France as being worthy of canonization, borrowing at the same time from a saintly, feminine model close to that of Clare of Assisi and a royal, masculine one, that of St. Louis. An account of forty miracles follows the story of the princess' life. Unlike her brother, though, Isabelle of France was never canonized. She was beatified in 1521 by a papal bull of Leo X, Piis omnium. A service celebrated in the XVIth century shows that a cult did grow up around her, at least in the Abbey of Longchamp. Today historians are rediscovering her importance.
(traduction de Michelle Sommers)
OEUVRES
- 1259 : Ci encommence l'exempsion des sereurs meneurs
[«relevant d'un ordre mineur»] encloses, Paris,
AN, LL 1601, f.63-72, in [J. H. Sbaraleae], Bullarium franciscanum,
III, Rome, 1765, p.64-68, n.b.
- 1263 : Regle des sereurs meneurs encloses, Paris, AN,
LL 1601, f.1-45, in [J. H. Sbaraleae], Bullarium franciscanum,
II, Rome, 1761, p.477-486.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Allirot, Anne-Hélène, «Isabelle de France,
soeur de saint Louis: la vierge savante. Étude de la Vie
d'Isabelle de France écrite par Agnès d'Harcourt»,
Médiévales, 48, 2005, p. 55-75.
* Field, Sean Linscott, The Princess, the Abbess, and the Friars:
Isabelle of France (1225-1270) and the Course of Thirteenth-century
Religion History, Ph.D., Northwestern University, Evanston,
Illinois, 2002.
- Harcourt, Agnès d', Vie d'Isabelle de France,
in Charles Du Fresne, sieur Du Cange, Histoire de saint Louys
IX roy de France écrite par Jean sire de Joinville sénéchal
de Champagne, Paris, 1668, p.169-181, éd. Anne-Hélène
Allirot, Médiévales, 48, 2005, p.
76-98.
- Harcourt, Agnès d', The Writings (The Life
of Isabelle de France and the Letters on Louis IX and Longchamp),
éd. Sean L. Field. Notre-Dame (Indiana), Univ. of Notre-Dame
Press, 2003.
- Mlynarczyk, Gertrud, Ein Franziskannerinnenkloster im 15.
Jahrhundert. Edition und Analyse von Besitzinventaren aus der
Abtei Longchamp, Bonn, L. Röhrscheid, 1987.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Portrait présumé d'Isabelle de France, détail
d'une clef de voûte de la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye
(XIIIe siècle). Musée des Antiquités nationales
de Saint-Germain-en-Laye -- Christian Van Dijk, «Isabelle
de France, soeur unique de saint Louis», Chronos,
31, printemps 1995, p.15-19.
CHOIX DE LIENS ELECTRONIQUES
- Textsmanuscripts.com:
http://www.textmanuscripts.com/home//themereligiondescritpion.php?m=46
(fiche Robert Messier, La Vie de Dame Ysabel de France, soeur
de Saint Louis et fille de Blanche de Castille).
JUGEMENTS
- «En sa jeunesse elle estoit moult gracieuse et de
grande beauté, et jaçoit ce qu'elle fust si noble
de lignage, encore fust elle plus haute et plus noble de moeurs.
Elle sçavoit bien que icelle seule est la vraye noblesse
qui est ornement de l'ame par bonté de l'ame et par saincte
vie, si comme il appaira cy après» (Agnès
d'Harcourt, Vie d'Isabelle de France, in Charles Du Fresne,
voir supra, «choix bibliogr.»).
- «Que venons-nous donc dire, après tous ceux-là?
Rien, sinon ce que nous avons vu et éprouvé, ce
que nous demandons à la bienheureuse Isabelle et ce qu'elle
nous apporte: la douceur sans faiblesse, la force sans grimaces,
la sainteté familière, souriante, d'une grande soeur
qu'elle demeure pour nous, si déchus que nous soyons»
(Albert Garreau, Bienheureuse Isabelle de France, soeur de
saint Louis, Paris, Éditions franciscaines, 1955, avant-propos,
p.13).
Anne-Hélène Allirot, 2004.