Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique

Jeanne d'Albret, duchesse de Vendôme, reine de Navarre (Saint-Germain-en-Laye, 16 novembre 1528-Paris, 9 juin 1572), est l'enfant unique de Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier, et d'Henri d'Albret, roi de Navarre. Elle est élevée par Aymée de Lafayette, et son instruction est supervisée par l'humaniste Nicolas Bourbon. D'une santé fragile, elle reste dans l'ombre jusqu'en 1538, où son père offre sa main à Philippe II d'Espagne dans l'espoir de récupérer la Navarre espagnole. Alerté, François Ier fait surveiller sa nièce de près, puis, en juin 1541, fait célébrer son mariage avec Guillaume de La Marck, duc de Clèves, renforçant ainsi son alliance avec les États allemands. Mais Jeanne ne donne pas son consentement et elle rédige plusieurs protestations devant témoins, avec ou sans l'accord de ses parents. Lorsqu'en septembre 1543, le duc de Clèves se soumet à Charles Quint, François Ier revient sur sa décision. Non consommé, non consenti, le mariage est annulé par Paul III en octobre 1545. Contre la volonté de ses parents qui la voient toujours reine d'Espagne, mais à sa grande joie, Jeanne épouse le 20 octobre 1548 Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, premier prince du sang, qu'impose à nouveau le souverain français. Deux enfants naissent de cette union: le futur Henri IV (1553) et Catherine de Bourbon, qui deviendra duchesse de Bar (1559). À tous deux, Jeanne assure une solide éducation humaniste et religieuse. Guerrier vaillant mais homme excentrique et mou, Antoine semble s'intéresser avant Jeanne au calvinisme, sans y adhérer officiellement. Il change de religion au gré des opportunités politiques. Jeanne, après avoir annoncé publiquement sa conversion le jour de Noël 1560, reste fidèle à la Réforme et entretient une correspondance régulière avec Théodore de Bèze.
Montée sur le trône à la disparition de son père en mai 1555, elle entame après la mort d'Antoine (1562) une série de mesures visant à implanter la Réforme en Béarn. Parmi elles, on compte la publication du catéchisme de Calvin en béarnais (1563), la fondation d'une académie protestante à Orthez (1566), la rédaction de nouvelles Ordonnances ecclésiastiques (1566, 1571) et la traduction en béarnais du Psautier de Marot, par Arnaud de Salette (1568). Le cardinal d'Armagnac écrit en 1563 une longue lettre à Jeanne l'exhortant à abandonner ses mesures en faveur de la Réforme. Cette lettre est aussitôt imprimée, avec l'implacable réponse de la reine de Navarre. Son refus d'obtempérer vaudra à Jeanne d'être citée à comparaître au tribunal pontifical pour hérésie. Mais Catherine de Médicis s'oppose avec fermeté à cette intervention de Rome. Restée neutre pendant les deux premières guerres de religion, Jeanne d'Albret prend la tête du mouvement protestant en 1568. Refusant le rôle de médiatrice que lui propose Catherine afin de l'attirer à la Cour, elle rejoint avec son fils les chefs huguenots réfugiés à La Rochelle. Elle écrit alors à Charles IX, à la reine mère, au duc d'Anjou, à son beau-frère le cardinal de Bourbon et à Élisabeth d'Angleterre. Ces lettres, ainsi qu'une Ample Declaration où elle justifie sa prise d'armes, sont publiées sur-le-champ.
Jeanne administre La Rochelle dans tous les domaines, à l'exception des affaires militaires. Elle assure la communication avec les princes étrangers alliés, dont elle tente de conserver le soutien, surtout après la mort de Condé en mars 1569. Contrairement aux prévisions, le parti huguenot tient bon, et même après la défaite de Moncontour, Jeanne refuse de se rendre. Mais au début de 1570, elle doit s'incliner devant la volonté de négocier de ses coreligionnaires. Elle quitte La Rochelle en août 1571, pour parcourir ses terres. Négociatrice intraitable, une fois la paix de Saint-Germain signée, elle proteste contre sa mauvaise application. Ses derniers mois sont consacrés aux âpres discussions autour du mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. À la suite du massacre de la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis sera accusée par les huguenots d'avoir empoisonné la reine de Navarre. Jeanne a plus probablement succombé à la tuberculose héréditaire dont elle présentait depuis longtemps les symptômes.
De Jeanne d'Albret, on a surtout retenu la mère héroïque et austère d'Henri IV et, dans une moindre mesure, la victime de la «démoniaque» Catherine de Médicis. Après un regain d'intérêt des historiens vers 1970, plusieurs biographies et un colloque lui ont été consacrés depuis la fin des années 1990.

Jeanne d'Albret, Duchess of Vendôme, Queen of Navarre (b. Saint-Germain-en-Laye, 16 November 1528, d. Paris, 9 June 1572), was the only child of François I's sister Marguerite d'Alençon and of Henri d'Albret, King of Navarre. She was brought up by Aymée de Lafayette, and her schooling was overseen by the humanist Nicolas Bourbon. Her health was poor from childhood on. Little is known about her life until 1538, when her father offered her hand in marriage to Philip II of Spain in the hope of thus reclaiming Spanish Navarre. François I was forewarned of this project, however, and kept a very close eye on his niece until he was able to arrange her marriage to William de la Marck, Duke of Cleves, in June 1541, thus cementing his alliance with the German states. Jeanne had not consented to this marriage and wrote several letters of protestation in front of witnesses, with or without the permission of her parents. When the Duke of Cleves submitted to Emperor Charles V in September 1543, François I changed his mind about the marriage. Since it had been contracted without the bride's consent and had not been consummated, Pope Paul III annulled it in October 1545. On 20 October 1548, Jeanne agreed to marry Antoine de Bourbon, Duke of Vendôme, first prince of the blood royal. She did so against the wishes of her parents, who still hoped to see her become Queen of Spain, but with the approval of François I. Jeanne bore Antoine two children-the future King Henri IV in 1553, and Catherine de Bourbon, later Duchess of Bar, in 1559. Jeanne made sure the children were given a good humanist and religious education. Her husband Antoine was a valiant soldier, but eccentric and indecisive. He seems to have taken an interest in Calvinism before Jeanne, but never adopted it officially. In fact, he changed religions as political opportunities dictated. Jeanne announced her conversion publicly on Christmas Day, 1560, then supported the Reform unfailingly and corresponded regularly with Théodore de Bèze on matters of religion.
Jeanne ascended the throne of Navarre on the death of her father in May 1555. After Antoine's death in 1562, she launched a series of measures to introduce the Reform to the Béarn region. These included the publication of Calvin's catechism in Béarnais dialect in 1563, the foundation of a Protestant academy in Orthez in 1566, the issuing of new Ecclesiastical Ordinances in 1566 and 1571, and the publication of Marot's Psalter, translated into Béarnais by Arnaud de Salette, in 1568. In 1563, the Cardinal of Armagnac wrote Jeanne a long letter exhorting her to give up her measures in favour of the Reform. She had the letter printed immediately, along with her own stout refusal. This brought her a summons to appear before the Pontifical Court on a charge of heresy. Catherine de' Medici however firmly opposed this interference from Rome. Jeanne d'Albret remained neutral for the duration of the first two wars of religion, but then led the Protestant movement from 1568. She turned down the role of mediator that Catherine de' Medici offered her as a way of luring her to court. Instead, Jeanne took her son to join the Huguenot leaders who had sought refuge in La Rochelle. From there, she wrote to Charles IX, the queen mother, the Duke of Anjou, her brother-in-law the Cardinal of Bourbon, and to Elizabeth I of England. These letters were instantly published, along with a text known as the Ample Déclaration, in which she justified her decision to take up arms.
Jeanne governed every aspect of life in La Rochelle, with the exception of military affairs. She wrote missives to allied foreign princes in an attempt to retain their support, especially after the death of Condé in March 1569. The Huguenots held out for longer than expected, and even after defeat at the battle of Moncontour, Jeanne refused to surrender. However, in early 1570, she was forced to bow to the wishes of her fellow Protestants and accept negotiations. She left La Rochelle in August 1571 to visit her domains. She proved a shrewd negotiator; even once the Peace of Saint-Germain was signed, she complained that it was not being fully implemented. She spent her last few months locked in bitter discussions over the marriage of her son Henri de Navarre and Marguerite de Valois. After the Saint Bartholomew's Day massacre, the Huguenots accused Catherine de' Medici of poisoning Jeanne. It is more likely that she died of the hereditary tuberculosis from which she had been suffering for years.
Jeanne d'Albret has mostly been remembered as Henri IV's heroic, austere mother, and to a lesser degree as a victim of the "diabolical" Catherine de' Medici. Historians began to show a renewed interest in her around 1970. Since the late 1990s, Jeanne d'Albret has been the object of several biographies, as well as an academic colloquium.

(traduction de Susan Pickford)

OEUVRES
- 1561 : Sonnets, in Ode sur la naissance du petit duc de Beaumont, fils de Monseign. de Vandosme roy de Navarre, par I.D.B.A. [Joachim du Bellay], Ensemble certains sonnets du mesme auteur à la royne de Navarre, ausquels ladicte Dame fait elle mesme response. Paris, Frédéric Morel.
- 1563 : Lettre, in Lettre d'un cardinal [Georges d'Armagnac] envoyée à la royne de Navarre (le 18e jour d'aoust 1563). Ensemble la response d'icelle dame audit cardinal. Lyon, J. de La Fons, 1564.
- 1564 : «Une chanson de Jeanne d'Albret», in [Weiss, N.] Bull. de la Soc. d'Hist. du Protestantisme français, 43 (1894), p.526.
- 1568 : Lettres de treshaute, trèsvertueuse, et treschrestienne Princesse, Jane, royne de Navarre. [La Rochelle, Barthelemy Berton.]
- 1569 : Lettres de la Royne de Navarre au Roy avec une ample declaration d'icelles. La Rochelle, Barthelemy Berton -- voir infra, Mémoires....
- «Épîtres en vers inconnues des historiens de ces princesses et des éditeurs de leurs oeuvres», in Frank, Felix (éd.), Dernier voyage de la reine de Navarre Marguerite d'Angoulême avec sa fille Jeanne d'Albret aux bains de Cauterets (1549). Étude critique et historique. Toulouse, E. Privat, 1897.
- Mémoires [Ample déclaration] et poésies. Éd. A. de Ruble (1893), Genève, Slatkine Reprints, 1970.
- Lettres diverses : Bull. de la Soc. d'Hist. du Protestantisme français, 2 (1854), p.429; 5 (1857), p.147; 11 (1862), p.271; 15 (1866), p.398, 400; 16 (1867), p.63; 75 (oct.-déc. 1926), p.389; 76 (janv.-mars 1927), p.37; 77 (janv.-mars 1928), p.21. Lettres d'Antoine de Bourbon et de Jehanne d'Albret, éd. Rochambeau, Paris, Librairie Renouard, 1877. Lettres inédites, éd. Baguenault de Puchesse, 1893. Jeanne d'Albret et Catherine de Médicis (1570-1572), lettres inédites, éd. Baguenault de Puchesse, G., Paris, Nogent-le-Rotrou, Daupeley-Gouverneur, 1910, 11 p.

CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Berdou d'Aas, Bernard. Jeanne III d'Albret: chroniques (1528-1572). Biarritz, Atlantica, 2002.
*
Berriot-Salvadore, Évelyne, Philippe Chareyre et Claudie Martin-Ulrich (dir.). Jeanne d'Albret et sa cour. Paris, Honoré Champion, 2004.
- Kermina, Françoise. Jeanne d'Albret. La mère passionnée d'Henri IV. Paris, Perrin, 1998.
* Roelker, N.L. Jeanne d'Albret reine de Navarre (1528-1572). Paris, Imprimerie Nationale, 1979.

Eugénie Pascal, 2002.

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