Résumé - Choix bibliographique - Choix iconographique - Jugements
Jeanne de Bourgogne est la troisième
fille de Robert II, duc de Bourgogne, et d'Agnès de France,
fille de saint Louis. Née vraisemblablement vers 1295,
elle est d'abord fiancée à Philippe de Tarente,
fils de Charles II, roi de Sicile, en 1302, mais, finalement,
elle épouse Philippe de Valois, fils de Charles, comte
de Valois, et de Marguerite d'Anjou, en juillet 1313. Six enfants
naissent de cette union: Marie de France, dont la date de naissance
est inconnue et qui meurt le 22 septembre 1333, après avoir
été mariée le 8 juillet 1332 à Jean
de Brabant, duc de Limbourg, fils aîné de Jean III
de Brabant; Jean, futur Jean II le Bon, roi de France, né
le 26 avril 1319; Louis, né et mort le 17 janvier 1328;
Louis, né le 8 juin 1330 et mort quinze jours plus tard;
Jean, mort en bas âge le 2 octobre 1333; Philippe de France,
futur duc d'Orléans et de Touraine, comte de Valois, né
le 1er juillet 1336.
En 1328, le dernier roi capétien,
Charles IV le Bel, meurt sans héritier mâle. Philippe,
comte de Valois, du Maine et d'Anjou, son cousin germain, lui
succède malgré l'existence d'autres prétendants
(Philippe d'Evreux, mari de Jeanne, fille de Louis X, et Edouard
III d'Angleterre, fils d'Isabelle, fille de Philippe le Bel).
Il fonde ainsi la nouvelle dynastie des Valois. Jeanne de Bourgogne
est sacrée et couronnée reine à Reims le
19 mai 1328 en même temps que son époux, désormais
Philippe VI, roi de France. Reine sage («savante»),
bibliophile, elle apprécie les manuscrits luxueux, goût
qu'elle transmet à son fils Jean le Bon. Elle commande
la traduction en langue vulgaire de plusieurs ouvrages latins
à Jean de Vignay, notamment celle du Miroir historial
de Vincent de Beauvais (vers 1333) et celle du Jeu d'échecs
moralisés de Jacques de Cessoles (vers 1347).
Cette reine est la première épouse
d'un roi de France qui ait été chargée de
la lieutenance du royaume, et ce, dans un contexte particulièrement
troublé. Les premières hostilités de la guerre
de Cent Ans sont marquées par plusieurs grandes défaites
successives de Philippe VI face au roi d'Angleterre, Édouard
III, qui revendique toujours le trône de France.
Obligé de se déplacer fréquemment pour raisons
militaires, Philippe VI délègue certaines responsabilités
à son épouse. Il prend deux ordonnances successives
à ce sujet: la première, en août 1338, confie
à la reine les pleins pouvoirs en son absence; a seconde,
le 17 janvier 1346, lui attribue des pouvoirs en matière
d'impôts pour l'année en cours. Jeanne de Bourgogne
utilise cette ordonnance afin de trouver des financements pour
les armées de son époux et de son fils. Elle meurt
à Paris, dans son hôtel de Nesle, le 12 septembre
1348, atteinte vraisemblablement de la peste noire qui sévit
alors. Son corps est enterré à Saint-Denis et son
coeur, à Cîteaux.
Une légende noire s'est formée
à propos de cette reine de France dans le siècle
qui a suivi son règne, dont Maurice Druon s'est bien fait
l'écho au XXe siècle dans Les Rois maudits.
Certains chroniqueurs, comme Jean Froissart ou Pierre Cochon ou
l'auteur de la Chronique des quatre premiers Valois, l'ont
décrite comme la «male royne boiteuse», une
reine si puissante qu'elle était comme roi, et qui faisait
mourir tous ceux qui lui déplaisaient. Ils l'ont accusée,
à tort, d'être responsable de la fuite de Philippe
VI devant Calais et d'avoir tenté d'assassiner plusieurs
grands seigneurs normands, alors en rivalité avec le parti
bourguignon à la cour du roi.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Allirot, Anne-Hélène, «La male royne boiteuse
Jeanne de Bourgogne», in Royautés imaginaires,
Actes du colloque de l'Université Paris-X Nanterre, 26-27
septembre 2003, Turnhout, Brépols (à paraître,
juin 2005).
* Cazelles, Raymond, La société politique
et la crise de la royauté sous Philippe de Valois,
Paris, Librairie d'Argences, 1958.
- Vallée-Karcher, Aline, «Jeanne de Bourgogne épouse
de Philippe VI de Valois: une reine maudite?», Bibliothèque
de l'Ecole des Chartes, 138, 1980, p.94-96.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Vincent de Beauvais écrivant sous la dictée
du roi Saint louis. La reine Jeanne de Bourgogne dictant au traducteur,
Jean de Vignay (enluminure in Vincent de Beauvais, Jean de
Vignay traducteur, Miroir historial dit du roi Jean le Bon,
vers 1333-1350), Paris, Arsénal (ms 5080 Rés, fol.1).
http://images.bnf.fr
- Tombeau de Jeanne de Bourgogne dans le choeur de l' église
de l' Abbaye de Saint-Denis (dessin), Paris, BnF (ms Clairambault
633, fol.10).
http://images.bnf.fr
- Philippe VI, Jeanne de Bourgogne et Jean de France en prière
(marbre), vers 1340-1350, New York, Metropolitan Museum of
Art (17.190.387,388,392).
http://www.metmuseum.org/toah/hd/valo_1/ho_17.190.387,388,392.htm
JUGEMENTS
- «On voit par notre chronique que la funeste influence
et les timides conseils de la reine Jeanne de Bourgogne, épouse
de Philippe, causèrent en grande partie les lenteurs, les
ajournements, l'inconsistance de résolutions et de conduite
de ce prince dans tout le cours de cette désastreuse campagne»
(Chronique des quatre premiers Valois [vers 1389-1395],
éd. Siméon Luce, Paris, Société de
l'Histoire de France, 1862, n. p.17).
- «Jeanne la Boiteuse était détestée
des serviteurs qu'elle harcelait d'exigences, qu'elle dénonçait
pour le moindre manquement et qui l'appelaient entre eux la "male
reine"» (Maurice Druon, Les Rois maudits, 6,
Le lis et le lion [Del Duca, 1956], Paris, LGF, Le Livre
de Poche, 1970, p.182).
Anne-Hélène Allirot, 2005