Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique - Jugements
Varvara-Juliana de Krüdener est
née le 11 [22] novembre 1764 à Riga (Empire de Russie)
du baron Otto Hermann de Vietinghoff, premier conseiller d'État
et sénateur, et de sa femme Anna (née comtesse de
Münnich). En 1776, elle voyage avec ses parents à
travers l'Europe. En 1782, elle épouse le baron Burchhard
Alexis Constantin de Krüdener (1744-1802), diplomate russe.
De ce mariage naissent un fils, Paul (1784-1858), futur diplomate,
et une fille, Juliette (1787-1865); elle a aussi un enfant naturel,
Philippe Hauger, né en 1798 de sa liaison avec Claude Hippolyte
Terray. De 1784 à 1789, elle séjourne à Venise,
puis à Copenhague avec son mari, alors ambassadeur. Dès
1784, elle rédige en français des journaux intimes
où se révèle une forte tendance à
l'introspection. En 1789, elle s'installe avec ses enfants à
Paris, où elle rencontre Bernardin de Saint-Pierre qui
l'encourage à écrire. C'est en Suisse, toutefois,
entre 1796 et 1798, qu'elle rédige ses premiers textes
littéraires, qui portent la marque de l'influence de l'écrivain.
Fin 1799, elle rejoint à Berlin son mari, qui occupe dès
la fin de l'année suivante le poste de ministre de Russie.
En septembre 1801, Mme de Krüdener fait la connaissance de
Mme de Staël à Coppet; elle la retrouve l'année
suivante à Paris, où elle rencontre aussi Chateaubriand,
B. Constant et plusieurs autres écrivains français.
Après la mort de son mari en juin 1802, elle part à
Genève et commence son roman Valérie ou Lettres
de Gustave de Linar à Ernest de G... Le 1er octobre
paraissent au Mercure de France ses Pensées et
maximes, présentées par Chateaubriand. Quant
à Valérie, publié entre le 1er et
le 7 décembre 1803, il connaît un succès européen
(quatre éditions en 1804, des traductions en langues étrangères).
Début 1804, Mme de Krüdener
revient à Riga, et bientôt, par suite d'une crise
spirituelle, elle devient adepte de la secte des Frères
Moraves. Les années suivantes, sous l'influence du piétisme,
elle prêche une «nouvelle Église» intérieure
et libérée des entraves confessionnelles. Elle s'adresse
aux pauvres, ce qui la rend suspecte aux yeux des autorités
de tous les pays, quoique la reine de Prusse Louise, la reine
de Hollande Hortense de Beauharnais et la princesse de Bade Stéphanie
fassent partie de ses interlocutrices. En 1808-1809, Mme de Krüdener
écrit un roman sur le premier christianisme, Othilde.
En juin 1815, elle rencontre à Heilbronn le tsar de Russie
Alexandre Ier, dont elle devient la guide spirituelle et qu'elle
suit à Paris en juillet. Elle y publie Le Camp de Vertus,
qui exalte la victoire russe sur Napoléon, figure de l'Antéchrist.
On attribue à Mme de Krüdener un certain rôle
dans la politique d'Alexandre à cette époque, notamment
dans la conclusion de la Sainte-Alliance. Durant les années
suivantes, elle prêche avec sa «mission» en
Suisse et en Allemagne mais, chassée de partout, elle revient
en mai 1818 à Riga, puis dans son domaine de Kosse en Livonie.
Durant l'année 1821, elle séjourne à Saint-Pétersbourg,
où elle est appréciée de la société
russe, jusqu'à ce qu'elle soit invitée à
quitter la capitale en raison de son soutien à la lutte
des Grecs contre les Turcs. En mai 1824, elle part en Crimée
(où se mulitiplient les colonies allemandes) en compagnie
de sa fille, de son gendre et de la princesse Anna Golitsyna.
Elle y meurt le 13 [25] décembre 1824 à Karassoubazar
(auj. Bielogorsk, Ukraine).
La personnalité et les écrits
de Mme de Krüdener, objets de jugements contradictoires et
souvent dénigrants de son vivant, ont été
remis en valeur après sa mort, grâce surtout à
Sainte-Beuve. Aujourd'hui, elle est considérée
comme une figure emblématique de la littérature
européenne de la fin du XVIIIe siècle. Comme femme
lettrée, elle témoigne des ambitions de ses semblables.
Comme écrivaine, elle est surtout appréciée
pour Valérie, roman autobiographique sur le thème
de l'amour impossible où sont condensées les tendances
littéraires les plus en vogue de l'époque. La culture
de la sensibilité et le romantisme allemand y sont tempérés
par la réserve aristocratique française. L'opposition
des deux cultures, celle du Nord et celle du Midi, préfigure
Corinne de Mme de Staël.
Varvara-Juliana Krudener was born on the 11 [22] November 1764 in Riga (Russian Empire), to the Baron Otto Hermann de Vietinghoff, first counselor of the State and senator, and his wife, Anna (née Countess of Munich). In 1776 she traveled throughout Europe with her parents. In 1782 she married Baron Burchhard Alexis Constantin de Krudener (1744-1802), a Russian diplomat with whom she had a son, Paul (1784-1858), a future diplomat himself, and a daughter Juliette (1787-1865). In 1798 Varvara-Juliana gave birth to an illegitimate son, Philippe Hauger, conceived during her affair with Claude-Hippolyte Terray. Between 1784 and 1789 she lived in Venice, then in Copenhagen with her husband, who was at that time ambassador. From 1784 onwards she kept an intimate diary in French in which she reveals a strong inclination to introspection. In 1789 she settled in Paris with her children, where she met Bernardin de Saint-Pierre who encouraged her to write. It was in Switzerland, however, between 1796-98, that she wrote her first literary texts, which reveal the extent of Saint-Pierre's influence. At the end of 1799 she rejoined her husband in Berlin, where he would occupy the post of minister of Russia from the end of the following year. In September 1801, Mme de Krudener met Mme de Staël at Coppet. They met again in Paris during 1802, when she also encountered Chateaubriand, B. Constant and several other French authors. Following the death of her husband in June 1802, she left for Geneva and began work on her novel Valérie ou Lettres de Gustave de Linar à Ernest de G...On October 1, 1802 her Pensées et maximes appeared in the Mercure de France with an introduction by Chateaubriand. As for Valérie, published between 1 and 7 December 1803, the novel was successful throughout Europe (four editions were printed in 1804 and translations into other languages followed).
Early in 1804 Mme de Krudener returned to Riga, and shortly afterwards, as a result of a spiritual crisis, she joined the cult of the Moravian Brothers. Over the following years, under the influence of pietism, she preached for an interiorized 'New Church', free from confessional restraints. She addressed her preaching to the poor, which aroused suspicion in the eyes of state authorities, despite the fact that the Queen of Prussia, Louise, the Queen of Holland, Hortense de Beauharnais and the Princess of Bade, Stephanie were amongst her adepts. In 1808-1809, Mme de Krudener wrote a novel on early Christianity, Othilde. In June 1815, she met the Czar of Russia, Alexander I, at Heilbronn. She became the Czar's spiritual guide and followed him to Paris in July. Once there she published Le camp de vertus exalting the Russian victory over Napoleon, the figure of the Anti-Christ. Mme de Krudener is credited with a certain influence over Alexander's political decisions in this period, notably in the conclusion of the Holy Alliance. During the following years, she preached her "mission" in Switzerland and Germany, but driven out of these countries she returned to Riga in May 1818 and then to her domain of Kosse, in Livonia. In 1821 she resided in St. Petersburg, where she was appreciated by Russian society until her support for the Greeks in their struggle against the Turks sparked an invitation to leave the capital. In May 1824 she left for the Crimea (home to many German colonies) accompanied by her daughter, son-in-law and Princess Anna Golitsyna. She died on 13 [25] December 1824 at Karassoubazar in the Crimea (Bielogorsk, Ukraine).
The personality and writing of Mme de Krudener were subject to contradictory judgments during her lifetime, many of which were denigrating. Since her death this view has been revised owing largely to Sainte-Beuve. Today she is considered to be an emblematic figure of late eighteenth-century European literature. As a cultivated woman she testified to the ambitions of her counterparts. As a writer, she is especially appreciated for Valérie, an autobiographical novel which investigates the theme of impossible love, offering a snapshot of the most fashionable literary trends of the period. In Valérie, the culture of Sensibility and German romanticism are moderated by a typically French aristocratic reserve. This opposing of two cultures, those of the North and the South, prefigures Corinne by Mme de Staël.
(traduction de Cathy McClive)
OEUVRES (entre crochets sont
inscrits les titres donnés par les éditeurs aux
oeuvres sans titre)
-1784-1785 : [Journal de Venise], in J.-R. Derré,
Madame de Krüdener, Écrits intimes..., voir
infra, p.43-68.
- 1785 : Voyage d'Avano, inédit.
- 1787 : Lettre à Hélène [Journal
de Copenhague], éd. J.-R.Derré, in Madame
de Krüdener, Écrits intimes..., voir infra,
p.69-99.
- 1796-1797 : Journal, inédit.
- 1787-1800 : [Manuscrit en forme de cantique], éd.
M. Mercier, in Valérie, origine et destinée d'un
roman... voir infra, choix bibliog., p.xcviii-ciii.
- 1789-1795? : [Géraldine], éd. J.-R. Derré,
in Madame de Krüdener, Écrits intimes..., voir
infra, p.100-166.
- 1796-1798 : Alexis ou l'Histoire d'un soldat russe, in
La Quêteuse [Odessa], 1834 -- Éd. M. Mercier,
in Écrits de Mme de Krüdener..., voir infra,
p.30-58.
- 1796-1798 : Sidonie ou La Cabane des Lataniers, inédit.
Fragments in Fr. Ley, Madame de Krüdener et son temps,
voir infra, choix bibliog., p.146-152.
- 1796-1797? : Le Vallon de la Suisse, Le Vallon, La Cabane
de l'Helvétie, inédits.
- 1798 : Albert et Clara ou Les Malheurs de l'Helvétie,
inédit en français. Trad. allemande, Stuttgart,
Weise, 1829.
- 1799 : Elisa ou L'Education d'une jeune fille, inédit.
Fragments in Fr. Ley, Madame de Krüdener et son temps,
voir infra, choix bibliog., p.142-145.
- 1799 : Description du jardin de Schönhoff, inédit
en français. Trad. russe in Baronessa Krudener, Neizdannyie
avtobiografitcheskie teksty [Baronne de Krüdener, Textes
autobiographiques inédits], éd. Elena Gretchanaia,
Moscou, O.G.I., 1998, p.64-74.
- 1800 : Journal -- Fragments, en trad. russe, in Baronessa
Krudener..., voir supra, p.79-94.
- 1800? : Journal de Lady Daumont, inédit.
- 1801 : Projet de roman, éd. Fr. Ley, Madame
de Krüdener et son temps, voir infra, choix bibliog.,
p.188-189.
- 1802 : Pensées et Maximes, in Mercure de France,
10 vendémiaire An XI (2.10.1802) -- Éd. M. Mercier,
Écrits de Mme de Krüdener..., voir infra,
p.62-90.
- 1802-1803(?) : Algithe, inédit en français.
Fragment (éd. Fr. Ley), in R. Mortier et H. Hasquin (dir.),
Études sur le XVIIIe siècle, XXVII, Portraits
de femmes, Bruxelles, Éditions de l'Université de
Bruxelles, 2000, p.70-72. Trad. intégrale en russe in Elena
Gretchanaia, Baronessa Krudener..., voir supra,
p.37-63.
- 1803 : Valérie ou Lettres de Gustave de Linar à
Ernest de G..., Paris, Imprimerie de Giguet et Michaud, 2
t., 1804 -- Éd. M. Mercier, Valérie, origine
et destinée d'un roman... voir infra, choix
bibliog.
- 1804 : [L'Auteur de Valérie et la société
parisienne] Trad. russe in Iuliia Krudener, Valeri,
éd. Elena Gretchanaia, Moscou, Naouka, 2000, p.228-255.
- avant 1804 : Portrait de Mme de ***, inédit en
français. Trad. Russe, in Baronessa Krudener,
voir supra, p.77-78.
- 1805-1807 : Journal, inédit.
- 1807 : [Après la bataille d'Eylau], éd.
J.-R. Derré, Madame de Krüdener, Écrits
intimes..., voir infra, p.213-281.
-1808-1809 : Othilde (perdu). Fragment en allemand, Der
Einsiedler, Leipzig, 1818; le même en français
[Histoire d'un solitaire], éd. Paul Lacroix,
Mme de Krüdener, ses lettres et ses ouvrages inédits,
Paris, Ollendorf, 1880, p.153-174.
- 1809 : Journal, inédit -- Fragments dans Fr. Ley, Madame
de Krüdener et son temps, voir infra, choix bibliog.,
p.325-329.
- 1815 : Le Camp de Vertus, Paris, Le Normant.
- 1817 : Lettre de Madame la baronne de Krüdener à
M. de Bergheim, min. de l'intérieur à Carlsrouhe,
dd. Grenzacher Horn, le 14 févr. 1817, Karlsruhe,
s.l.
- 1818 : Vers en réponse à ceux qui sont dans
le journal pour Alexandre Ier, inédits.
- 1819 : Poèmes (en français et en allemand),
inédits.
- 1820 : Sur l'Education des princes, éd. M. Mercier,
in Écrits de Mme de Krüdener..., voir infra,
p.189-201.
- 1823-1824 : [Souvenirs d'enfance et de jeunesse], inédit.
Fragments in Fr. Ley, Madame de Krüdener et son temps,
voir infra, choix bibliog., p.7-16.
- Écrits de Mme de Krüdener, éd.
Michel Mercier, in Thèse complémentaire, Université
de Paris IV, 1972 [non publié].
- Madame de Krüdener, Écrits intimes et prophétiques,
éd. J.-R. Derré, 1re partie (1785-1807), Paris,
Éditions du CNRS, 1975 [seule partie publiée]
- Lettres à Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre
(1790-1793), Madame de Staël (1802-1809), à
Chateaubriand (1803), à Benjamin Constant (1815), in Francis
Ley, Bernardin de Saint-Pierre, Madame de Staël, Chateaubriand,
Benjamin Constant et Madame de Krüdener, Paris, Editions
Montaigne, 1967.
- Lettres à son mari, ses parents, ses enfants (1793-1821),
extraits d'autres lettres à plus de 500 destinataires,
la plupart inédites (1795-1824), in Fr. Ley, Madame
de Krüdener et son temps..., voir infra, choix
bibliog.
- Fragments de lettres à Roxandre Stourdza (1811-1815),
in Fr. Ley, Madame de Krüdener. 1764-1824... voir
infra, choix bibliog., p.269-274, 279-283.
- Lettres de voyage de Lyon à Paris, in. J.-R. Derré,
Madame de Krüdener, Ecrits intimes... voir supra,
p.167-209.
- Lettres à Alexandre Ier (1815-1822), au prince Alexandre
Golitsyne (1821-1822), in Le grand-duc Nikolaï Mikhaïlovitch,
Imperator Alexandre I, Saint-Pétersbourg, 1912,
t.2, p.221-238-247.
- Lettre à Heller (1819), in M. Mercier, Écrits
de Mme de Krüdener... voir supra, p.96-137.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Knapton, E.J. The Lady of the Holy Alliance. New-York,
Columbia University, 1939.
* Ley, Francis. Madame de Krüdener et son temps. Paris,
Plon, 1961.
* Ley, Francis. Madame de Krüdener. 1764-1824. Romantisme
et Sainte-Alliance. Paris, H. Champion, 1994.
* Mercier, Michel. Valérie, origine et destinée
d'un roman. Lille, Service de reproduction des thèses,
Université Lille III, 1974.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Kauffman, Angelica. Portrait de Mme de Krüdener
avec son fils Paul (tableau) 1786. Musée du Louvre,
Paris. -- Francis Ley, Madame de Krüdener. 1764-1824...
voir supra, choix bibliog..
- Henri Schild, Portrait de Mme de Krüdener (gouache),
1804. Paris, BnF. -- Mme de Krüdener, Valérie,
deuxième édition, Paris, chez Henrichs libraire,
1804.
JUGEMENTS
- «L'auteur de Valérie, qui pouvait user
du double droit que lui donnent à la bienveillance du lecteur
son sexe et sa qualité d'étrangère, semble
y avoir voulu renoncer, en se plaçant, par son talent,
tout près de la ligne des écrivains qui ne demandent
que sa justice.» (J.-L.Laya, «Valérie, ou Lettres
de Gustave de Linar à Ernest de G...» [compte-rendu],
Moniteur, 2 nivôse an 12 [24 décembre 1803]).
- «Madame de Krüdener continue sa mission. Sa puissance
est une conviction profonde, et son charme une bonté immense.
On oublie en l'écoutant ce qu'elle a qui paraît bizarre
[...]. Aussi elle est fort entourée et ceux qui la trouvent
étrange ne peuvent se défendre de l'aimer. Elle
est dans le mouvement religieux actuel, qui est vif et vague,
une apparition importante...» (B. Constant, lettre à
J. Recamier du 11 octobre 1815, cité dans F. Ley, Madame
de Krüdener. 1764-1824, voir supra, choix bibliog.,
p.335).
- «Madame de Krüdener a été jolie, elle
a publié un roman, peut-être le sien: il s'appelait,
je crois Valérie; il était sentimental et
passablement ennuyeux. Aujourd'hui elle s'est jetée dans
une dévotion mystique, elle fait des prophéties.
C'est encore du roman, mais d'un genre tout opposé»
(L.-G.-A. de Bonald, cité in F. Ley, Madame de Krüdener.
1764-1824, voir supra, choix bibliog., p.366).
- «[La baronne de Krüdener] était respectée
par ceux qui voyaient en elle une propagandiste inspirée
du christianisme, les autres la persécutaient et l'agaçaient,
mais elle supportait toutes les offenses avec patience et douceur.
[...] Son influence sur l'empereur était très grande.»
(Récits de ma grand'mère. Souvenirs rassemblés
et écrits par son petit-fils D. Blagovo, Leningrad,
Naouka, 1989, p.293-294 [en russe; c'est moi qui traduis, E.G.]).
Elena Gretchanaia, 2004.