Résumé - Traduction - Oeuvres
- Choix bibliographique - Choix
iconographique - Jugements
Louise de Lorraine est la fille de Nicolas
de Lorraine, comte de Vaudémont, prince peu fortuné,
et de Marguerite d'Egmont. Bien traitée par la seconde
épouse de son père, Jeanne de Savoie, et plutôt
mal par la troisième, Catherine de Lorraine Aumale, attachée
à ses nombreux demi-frères et soeurs, elle reçoit
une éducation simple, fondée sur la piété,
et apprend les usages mondains à la cour de Nancy, où
elle est placée dès l'âge de dix ans auprès
de la duchesse Claude, épouse de Charles III de Lorraine.
Difficile à marier à cause de sa relative pauvreté,
mais d'une beauté qui deviendra célèbre (elle
est grande, blonde, dotée d'un profil de médaille),
elle est remarquée par le frère de la duchesse,
le futur Henri III, lorsqu'il s'arrête à Nancy à
la fin de 1573. Devenu roi de France en 1574 et pressé
par sa mère Catherine de Médicis de se marier, il
ne s'y décide qu'après la mort de Marie de Clèves,
son grand amour; il choisit alors Louise, à la surprise
générale. Le mariage a lieu à Reims, le 15
février 1575, deux jours après le sacre du roi.
Les deux époux paraissent très épris l'un
de l'autre et ils resteront très proches malgré
les difficultés; ils se retirent souvent dans le petit
château d'Ollainville (Essonne), que le roi achète
en 1576 pour en faire leur résidence privée, et
qu'il offre à Louise.
Ayant peu de goût pour la politique
et peu l'habitude des fastes, Louise s'intègre assez rapidement
à la cour après une courte période de tension
avec sa belle-mère. Elle aime et pratique la danse, grande
passion du roi. En 1581, elle organise le célèbre
Ballet comique de la royne, ancêtre de l'opéra,
dû à Beaujoyeux et La Chesnaye (Nicolas Filleul),
dans lequel elle tient un rôle. Son malheur, au-delà
des infidélités de son époux, est de ne pouvoir
enfanter. Enceinte dès les premières semaines de
son mariage, elle a fait une fausse-couche en avril ou mai 1575,
suite à une purgation prescrite par des médecins,
puis a contracté une maladie qui l'a rendue stérile.
Les cures thermales et autres traitements, les pèlerinages
et prières publiques ou privées se succèdent
tout au long du règne. La reine craint d'être répudiée,
d'autant que s'ouvre en 1585, après la mort sans héritier
du dernier fils de Catherine de Médicis, une crise de succession
qui débouche sur la dernière guerre de religion
du siècle. L'héritier présomptif est en effet
le protestant Henri de Navarre. Très catholique, Louise
souffre en outre de voir ses frères et cousins se faire
chefs de la Ligue contre Henri III, qui a reconnu son beau-frère
comme son successeur. Les deux rois ayant uni leurs forces au
printemps 1589, elle fait au Béarnais bon accueil lorsqu'ils
se rencontrent. Désespérée par l'assassinat
d'Henri III (août 1589), elle reste fidèle à
ses volontés: elle se rallie à Henri IV dès
avant sa conversion puis lui offre ses services pour négocier
la soumission de son frère le duc de Mercoeur, chef de
la Ligue en Bretagne, mais les conférences d'Ancenis (fin
1594-début 1595) échouent. Elle échoue également
dans ses différentes demandes (au roi, au Saint-Siège)
pour que soient punis le commanditaire supposé de l'assassinat
d'Henri III (le duc de Mayenne) de même que l'ordre des
jacobins d'où venait l'assassin.
Retirée à Chenonceaux, propriété
de Catherine de Médicis qui la lui a léguée
(janv. 1589), Louise connaît de grosses difficultés
d'argent, aggravées par les manoeuvres de Gabrielle d'Estrées
pour s'emparer du domaine en traitant avec les créanciers
de Catherine et les siens. Elle finit par le céder à
sa nièce, fille du duc de Mercoeur, lorsque celui-ci se
rallie à Henri IV en négociant les fiançailles
de sa fille avec César de Vendôme, fils de Gabrielle
et du roi (1598). Elle meurt à Moulins en janvier 1601,
réaffirmant dans son testament sa fidélité
à son époux et demandant à Henri IV de tenir
sa promesse: faire inhumer son prédécesseur dans
la chapelle des Valois à la basilique de Saint-Denis.
Les contemporains de Louise de Lorraine
ont loué ses grandes qualités, affirmant souvent
qu'Henri III n'aurait pu faire meilleur choix parmi les princesses
européennes. Elle a toutefois été éclipsée
de son vivant par d'autres femmes plus impliquées dans
la vie politique ou plus désireuses de briller à
la cour, et sa mémoire n'a pas laissé beaucoup de
traces dans l'histoire. On lui reconnaît néanmoins
unanimement le mérite d'avoir été, dans une
époque troublée, un soutien indéfectible
de la monarchie.
Louise de Lorraine was the daughter of Nicolas de Lorraine, count of Vaudémont, an impoverished prince, and of Marguerite d'Egmont. Louise was brought up by her father's second and third wives -Jeanne de Savoie, who treated her well, and Catherine de Lorraine Aumale, who did not. Very fond of her many half-brothers and sisters, she received a simple, pious education until she reached the age of ten and was sent to the court in Nancy to live with the duchess Claude, wife of Charles III of Lorraine. Her relative poverty made her marriage problematic; but her remarkable beauty -she was tall, blonde, and had a profile worthy of a medal- caught the eye of the duchess's brother Henri when he visited Nancy in late 1573. In 1574 he became Henri III France, and his mother Catherine de' Medici urged him to marry; he only decided to do so, however, after the death of his great love Marie de Clèves. To everyone's surprise, he chose Louise as his bride. The marriage took place in Rheims on Feb. 15, 1575, two days after his coronation. The couple appeared very much in love, and they remained close despite the difficulties they encountered. They often stayed in the little castle of Ollainville (Essonne), which Henri purchased in 1576 as their private residence, giving it to Louise.
Louise was interested neither in politics nor in the pomp and ceremony of her new role, but after a brief period of strained relations with her new mother-in-law, she soon settled in at court. She loved dancing, one of Henri's great passions in life. In 1581, she organized and took part in La Chesnaye (Nicolas Filleul) and Beaujoyeux's famous Ballet comique de la royne, which could be considered an early form of opera. Louise suffered two great sadnesses -the frequent infidelities of her husband and her own infertility. She fell pregnant in the first weeks after her wedding but suffered a miscarriage in April or May 1575 after taking a purge prescribed by her doctors. She then contracted an illness which left her infertile. For years, she tried everything from thermal baths to pilgrimages and public and private prayers. She feared that Henri would repudiate her, particularly after Catherine de' Medici's youngest son died in 1585 without an heir, which led to a dispute over his succession. This in turn launched the final war of religion of the century, as the heir presumptive was the protestant Henri de Navarre. Louise was a staunch Catholic who was very unhappy to see her brothers and cousins joining the League against Henri III after he named his brother-in-law as his heir. The two kings joined forces in spring 1589 and Louise graciously welcomed Henri de Navarre when the two kings met. Although heartbroken after the assassination of Henri III in August 1589, she carried out his wishes, supporting Henri IV even before his conversion and offering her services in negotiating the submission of her brother, the Duke of Mercoeur, leader of the League in Brittany. However, the peace talks organized in Ancenis in late 1594 and early 1595 failed. Louise also failed in her attempts to convince the king and the pope to punish both the Duke of Mayenne, believed to have ordered the assassination of Henri III, and the Jacobin order to which the assassin belonged.
Louise retired to Chenonceaux, which Catherine de' Medici had bequeathed to her in January 1589. She suffered severe financial hardship, particularly as Gabrielle d'Estrées was determined to get her hands on the property by negotiating with the creditors of both Catherine and Louise. In the end, Louise handed Chenonceaux over to her niece, daughter of the Duke of Mercoeur, when the duke joined Henri IV's camp and negotiated the betrothal of his daughter to César de Vendôme, the son of Gabrielle and Henri IV. Louise died in Moulins in Jan. 1601. In her will, she reaffirmed her fidelity to her late husband and requested that Henri IV fulfill his promise to have Henri III buried in the Valois chapel in the basilica of Saint-Denis.
Louise de Lorraine's contemporaries praised her great qualities, often stating that Henri III could not have made a better choice among all the princesses of Europe. Yet during her own lifetime, she was overshadowed by women who were more involved in politics or who cared more about shining at court. She certainly did not mark history in the way many of her female contemporaries did. However, her important role as a faithful supporter of the monarchy at a time of great political upheaval is widely acknowledged today.
(traduction de Susan Pickford)
OEUVRES
Correspondance : «Cinquante lettres inédites
d'une reine de France, Louise de Lorraine, femme de Henri III»,
publiées par Michel François, Annuaire-Bulletin
de la Société de l'Histoire de France, 1943,
p.127-165.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Baillon, Charles de. Histoire de Louise de Lorraine,
reine de France, 1553-1601. Paris, L. Techener, 1884.
- Boucher, Jacqueline. Deux épouses et reines à
la fin du XVIe siècle. Louise de Lorraine et Marguerite
de France. Saint-Étienne, Publications de l'université
de Saint-Étienne, 1995.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Adhémar, Jean. De François Ier à Henri
IV. Les Clouet et la cour des rois de France (cat. d'expo,
Bibliothèque Nationale de France). Paris, Bibliothèque
Nationale, 1970.
Jacqueline Boucher, 2003.
JUGEMENTS
- «On a vu en Louise un modèle d'amour conjugal,
de piété et de charité.» (Antoine Malet,
Vie, piété et sage oeconomie de Louyse de Lorraine,
reine de France, Paris, E. Foucault, 1619).