Résumé - Traduction - Choix bibliographique - Jugements

Mahaut, petite-nièce de Louis IX (saint Louis), née vers 1269, est la fille cadette du comte Robert II d'Artois et d'Amicie de Courtenay. Elle épouse Othon IV, comte palatin de Bourgogne et compagnon d'armes de son père, en janvier 1285. Elle en a cinq enfants: Robert Ier, né avant 1291 et mort en bas âge, Jeanne, née avant 1291, Blanche, née après 1295, Jean, né à une date inconnue et mort en bas âge, sans doute avant 1302, et Robert dit l'Enfant, né vers 1299-1300. Jeanne est promise en 1292 au deuxième fils de Philippe le Bel, Philippe de Poitiers, qu'elle épouse en 1307, avec pour dot le comté de Bourgogne (comme cela a été décidé en 1295). Blanche pour sa part épouse le troisième fils de Philippe le Bel, Charles, en 1308.
Après avoir perdu son père lors de la bataille de Courtrai en 1302, Mahaut devient veuve en mars 1303. Le comté de Bourgogne est alors partagé en deux: une moitié constitue le douaire de Mahaut, et l'autre moitié demeure gérée par les agents de Philippe le Bel, avant de revenir à sa fille Jeanne. Philippe le Bel attribue toutefois l'héritage du comté d'Artois à Mahaut au détriment de son neveu Robert. Mahaut devient ainsi pair de France. Robert tente de faire valoir contre Mahaut ses droits d'héritier en 1308-1309, en vain. En 1314, il met en oeuvre une nouvelle procédure accusant Mahaut de sortilège et de tentative d'empoisonnement sur la personne du roi Louis X, premier fils de Philippe le Bel tout juste monté sur le trône, mais la justice lave celle-ci de tout soupçon.
Le gouvernement de Mahaut en Artois ne va pas de soi: en 1306, elle doit mater sévèrement une révolte à Saint-Omer. En 1316, Robert d'Artois lance un soulèvement nobiliaire contre elle et se livre au pillage de ses biens. Condamné par Philippe le Long (c'est-à-dire Philippe de Poitiers, à son tour monté sur le trône en 1317), il doit rembourser les dommages causés à la comtesse: Mahaut touche ainsi les dividendes de l'aide qu'elle a apportée à son gendre pour monter sur le trône en lieu et place de la fille de Louis X, Jeanne (origine de la «règle» de masculinité du trône de France). Mahaut livre par ailleurs d'incessants procès contre toutes sortes d'opposants nobles, royaux ou ecclésiastiques. L'affaire dite «des brus de Philippe le Bel» en 1314 représente un autre événement dramatique pour la comtesse d'Artois, puisque deux des trois jeunes femmes accusées d'adultère sont ses propres filles: Jeanne est innocentée, mais Blanche est condamnée et enfermée à Château-Gaillard. Elle en sortira en 1324, lors de l'avènement de son propre époux au trône de France (Charles IV le Bel), pour mourir en 1326 à Maubuisson.
Au plan religieux, la comtesse semble suivre l'exemple de son grand-oncle Louis IX en favorisant largement les établissements religieux mendiants du comté. Elle crée plusieurs hôpitaux, à Hesdin, Saint-Omer, Bapaume et Calais. Amatrice d'oeuvres d'art, elle commande par ailleurs de riches vêtements et de l'orfèvrerie, et possède l'une des bibliothèques féminines les mieux fournies en ouvrages d'histoire et en romans divers de son temps. Particulièrement soucieuse de préserver la mémoire des membres défunts de sa famille, elle fait ériger pas moins de sept tombeaux, dont elle met grand soin à choisir l'emplacement et la composition. En 1329, Robert d'Artois rouvre pour la troisième fois le procès de la succession au comté, muni de faux documents. Mahaut meurt le 27 novembre de la même année, juste avant que la preuve de son bon droit soit établie. Robert est alors banni du royaume; l'Artois et la Franche-Comté sont alors absorbés par le duché de Bourgogne. La comtesse d'Artois est enterrée aux côtés de son père et de sa fille, à Maubuisson, tandis que son coeur est porté aux Cordeliers de Paris auprès de son fils Robert.
Femme de pouvoir ayant combattu sa vie durant pour défendre ses droits patrimoniaux, Mahaut a laissé une image controversée de comtesse colérique et maléfique, que l'on retrouve au XXe siècle dans le roman très populaire de Maurice Druon, Les Rois maudits. L'admiration qu'éprouvait à son égard Jules-Marie Richard, archiviste du Pas-de-Calais de 1874 à 1879, n'a encore été que peu relayée par les recherches historiques récentes, et ce, malgré des sources abondantes. Le Trésor d'Artois comprend environ 12000 pièces originales dont les comptes de bailliages, d'oeuvres, de la recette générale d'Artois et de l'hôtel, parmi lesquels figurent mandements de la comtesse, quittances et contrats.

Mahaut, the great niece of Louis IX (St. Louis), born ca.1269, was the youngest daughter of Count Robert II of Artois and Amicie de Courtenay. She married Otto IV, Palatine Count of Burgundy and her father's comrade in arms, in January 1285. She had five children: Robert I, born before 1291, who died very young; Jeanne, born before 1291; Blanche, born after 1295; Jean, date of birth unknown, who died very young, probably before 1302, and Robert known as l'Enfant (the Child), born circa 1299-1300. In 1292 Jeanne was promised to Philip the Fair's second son, Philip of Poitiers, whom she married in 1307. Her dowry was the County of Burgundy (as had been decided in 1295). Blanche married Philip the Fair's third son, Charles, in 1308.
After losing her father during the battle of Courtrai in 1302, Mahaut was widowed in March 1303, and the County of Burgundy was split in two: one half became Mahaut's dower, and the other half was managed by Philip the Fair's agents before reverting to her daughter Jeanne. Philip the Fair, however, allotted the inheritance of the County of Artois to Mahaut to the detriment of his nephew Robert. Mahaut thus became a peer of France. Robert tried in vain to assert his inheritance rights against Mahaut in 1308-1309. In 1314 he began a new trial, accusing Mahaut of casting spells and attempting to poison King Louis X, Philip the Fair's first son who had just acceded to the throne, but the court cleared her of all charges.
Mahaut's rule over Artois did not go uncontested: in 1306, she had to squelch a revolt harshly at Saint-Omer. In 1316, Robert d'Artois launched a nobiliary uprising against her and plundered and looted her property. Condemned by Philip the Tall (that is, Philip of Poitiers, who had acceded to the throne in 1317), he had to compensate for the damage the countess had incurred: Mahaut was thus repaid for the aid she had given her son-in-law to reach the throne in place and on behalf of Louis X's daughter Jeanne (which marks the origin of a masculine monopoly over the French throne). Mahaut launched endless lawsuits against all kinds of opponents, the nobility, royalty and the clergy. The so-called affair of "Philip the Fair's daughters-in-law", in 1324, was another dramatic moment for the Countess of Artois, since two of the three young women accused of adultery were her own daughters: Jeanne was released, but Blanche was condemned and imprisoned at Château-Gaillard. She was freed in 1324, at the time of her own husband's accession to the French throne (Charles IV the Fair), yet died in 1326 in Maubuisson.
On the religious front, the countess seemed to follow the example of her great uncle Louis IX by giving generously to the county's mendicant order religious institutions. She created several hospitals, at Hesdin, Saint-Omer, Bapaume and Calais. An connoisseur of the arts, she commissioned rich clothes and silver and had one of the most complete women's libraries of historical works and novels of her age. She attached great importance to preserving the memory of the deceased members of her family and erected at least seven tombs, the place and design of which were chosen with care. In 1329, Robert of Artois reopened the case for the succession of the county for the third time, with recourse to counterfeit documents. Mahout died on November 27, the same year, just prior to being proved within her rights. Robert was then banished from the realm and the Artois and Franche-Comté were absorbed into the Duchy of Burgundy. The Countess of Artois was buried alongside her father and her daughter in Maubuisson, while her heart was transported to the Franciscan convent of Paris to remain alongside that of her son Robert.
A woman of power who fought her entire life to defend her patrimonial rights, Mahaut left the controversial image of an irascible and baleful countess that Maurice Druon drew upon in the XXth c. for his highly popular novel, Les Rois maudits (The Cursed Kings). Jules-Marie Richard, archivist of Pas-de-Calais from 1874-1879, was a great admirer of Mahaut, but his admiration has not translated into notable recent historical research despite the plentiful sources. The Treasury of Artois contains 12,000 original pieces including accounts of bailiwicks and works from the general Receipts of the Artois and her household, among which are to be found the countess's orders, receipts and contracts.

(translation Sheila Malovany-Chevallier)

CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
* L'Enfant oublié. Le gisant de Jean de Bourgogne et le mécénat de Mahaut d'Artois en Franche-Comté au XIVe siècle, Besançon, Musée des Beaux-Arts, 1998.
- Le Roux de Lincy, Antoine? «Inventaire des biens, meubles et immeubles de la comtesse Mahaut d'Artois pillés par l'armée de son neveu en 1316», Bibliothèque de l'École des Chartes, 3e série, 3,1832-1853, p.53-79.
- Redoutey, Jean-Pierre, «Les trois testaments de Mahaut d'Artois», in Mémoires de la société pour l'histoire du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, 39, 1982, p.161-178.
- Richard, Jules-Marie, Une petite-nièce de saint Louis: Mahaut comtesse d'Artois et de Bourgogne 1302-1329, Étude sur la vie privée, les arts et l'industrie en Artois et à Paris au commencement du XIVe siècle, Paris, 1887.

JUGEMENTS
- «Aussi n'étais-je pas exempt de toute prévention à son égard lorsque j'analysais les débris de ses archives: mais leur étude complète et sincère m'a fait voir en elle une femme honnête, bienfaisante, à l'esprit cultivé, aux goûts artistiques, appliquée à bien gouverner les pays que la Providence avait confiés à sa garde» (Jules-Marie Richard, voir supra «choix bibliogr.», p.XI).
- [Pensée de Philippe, comte de Poitiers, futur Philippe V] «Elle est fourbe comme le renard, obstinée comme le sanglier; elle a sans doute du sang sur les mains, mais je ne pourrais jamais me défendre d'avoir pour elle de l'amitié. [...] Dans sa violence comme dans son mensonge, il y a toujours une pointe de naïveté [...]» (Maurice Druon, Les Rois maudits, 3, Les poisons de la couronne, Paris, Del Duca, 1956, réed. 1966, p.82-83).

Anne-Hélène Allirot, 2004.

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