Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique
Née le 1er février 1548,
Charlotte est l'un des cinq enfants (trois fils et deux filles)
de Guy Arbaleste et de Madeleine Chevalier. Guy Arbaleste, IIe
du nom, vicomte de Melun (1552), seigneur de la Borde, Président
en la Chambre des Comptes de Paris (1555), adhère à
la Réforme en 1569 et décède le 15 août
1570. Sa mère, née mademoiselle de la Borde, dame
d'Esprunes et des Vignaux, mourra en 1590, toujours catholique.
En 1567, Charlotte épouse en premières
noces Jean de Pas, seigneur de Martinsart, puîné
de Feuquères, surnommé Frigallet, commandant une
compagnie de chevaux légers et gouverneur de Roye en Picardie,
huguenot employé à l'entreprise d'Amboise, combattant
aux côtés de l'amiral de Coligny, qui meurt des suites
d'une blessure le 23 mai 1569 à La Charité. De cette
union naît Suzanne de Pas, le 29 décembre, à
Sedan. Peu après en 1570, alors qu'elle est veuve depuis
un an à peine, Charlotte apprend également la mort
de son père, de sa soeur et de son beau père; elle
imputera à ces chocs successifs sa santé fragile.
Le 3 janvier 1576, lors de sa retraite à Sedan, elle épouse
en secondes noces Philippe de Mornay, chevalier, seigneur du Plessis-Marly
et gouverneur de Saumur, figure importante du protestantisme français,
qui devait décéder en 1623. En dépit de sa
fragilité et des nombreuses épreuves que traverse
la famille, Charlotte Duplessis-Mornay donne naissance à
7 enfants dont 4 survivront: Marthe, née le 17 décembre
1576, épouse en 1599 de Jean de Jaucourt; Elisabeth, née
le 1er juin 1578 en Angleterre, épouse en 1601 de Jacques
de Saint-Germain; Philippe, né le 20 juillet 1579, à
Anvers, Seigneur des Bauves; Anne, née en 1583, épouse
en 1603 de Jacques de Nouhes de La Tabarière (mort en 1632),
et en 1643 de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force.
Charlotte Duplessis-Mornay est l'auteure
d'une correspondance fournie mais surtout de Mémoires dont
le manuscrit autographe est conservé à la Bibliothèque
de la Sorbonne. Source principale des informations que nous possédons
sur elle, les Mémoires de Charlotte Duplessis Mornay
resteront inédits jusqu'en 1824. Ils s'adressent à
son fils Philippe et sont destinés à le convaincre
de défendre la cause protestante à laquelle une
grande partie de la famille avait adhéré. Convaincue
que son second mari est investi d'une mission divine, Charlotte
relate l'histoire de la famille, son engagement à la cause
protestante ainsi que ses tribulations. Elle raconte les périlleux
sauvetages de sa fille Suzanne et de son mari, ainsi que sa propre
fuite, lors du massacre de la Saint-Barthélemy (août
1572), dont elle donne un témoignage direct. Elle relate
également l'enfance de son mari et la sienne ainsi que
les principales affaires politiques, militaires et les polémiques
religieuses de grande importance auxquelles Philippe de Mornay,
théoricien du protestantisme, avait consacré sa
carrière et ses écrits. Elle met en particulier
l'accent sur les nombreuses missions dont Philippe Duplessis-Mornay
a été chargé par Henri de Navarre et son
entourage. Très bien informée, elle se fait l'archiviste
des écrits, des paroles et de tout ce qui faisait l'activité
militante de son mari au cours de la deuxième moitié
du XVIe siècle et jusqu'à l'avènement d'Henri
IV. Fidèles à la vérité historique,
ses observations témoignent de son excellente compréhension
de la complexité et du danger de la situation de la noblesse
protestante en France, qu'elle expose avec talent dans un style
clair, à la fois dense et élégant qui préfigure
le français classique.
Ses Mémoires donnent d'elle l'image
d'une femme profondément impliquée dans la lutte
pour la cause protestante, cause dont son mari s'était
fait le champion en France. Ils projettent également l'image
nouvelle du couple chrétien: les époux profondément
unis et solidaires, appliqués ensemble à l'éducation
de leurs enfants, à leur engagement à la cause protestante
ainsi qu'à leurs alliances. L'annonce tragique de la mort
de leur fils Philippe, le 23 octobre 1605, combattant dans l'armée
du Prince Maurice à Gueldres, et destinataire de cette
oeuvre, y met fin. Charlotte, épuisée de douleur
et de maladie, interrompt son récit le 21 avril 1606 et
s'éteint le 15 mai de la même année, en réaffirmant
sa foi dans la religion protestante ainsi qu'en témoigne
le récit de sa mort, rédigé par son mari.
Charlotte was born on Feb. 1, 1548, to Guy Arbaleste and Madeleine Chevalier. She had three brothers and a sister. Guy Arbaleste, second of that name, Viscount of Melun (1552), Lord of la Borde, became president of the Paris Chamber of Accounts in 1555. He joined the Reform in 1569 and died on Aug. 15, 1570. Charlotte's mother, née Mlle de la Borde, Lady of Esprunes et des Vignaux, died in 1590, a Catholic to the end of her days.
In 1567, Charlotte married Jean de Pas, seigneur de Martinsart, younger son of the Marquis de Feuquières. Jean, also known as Frigallet, commanded a company of light cavalry and was governor of Roye in Picardy. He was a Huguenot who took part in the Amboise conspiracy and fought alongside the Admiral de Coligny. He died of his wounds at La Charité on May 23, 1569. He never saw his daughter Suzanne de Pas, born in Sedan on Dec. 29, 1568. Soon after, Charlotte learned of the deaths of her father, sister, and father-in-law in quick succession. She blamed her poor state of health later in life to this series of shocks. On Jan. 3, 1576, still in safety in Sedan, she married her second husband, the knight Philippe de Mornay, Lord of Duplessis-Marly, governor of Saumur, a leading French Protestant. He died in 1623. In spite of her weak constitution and the many hardships endured by the family, Charlotte had seven children, four of whom survived into adulthood. Marthe, born on Dec. 17, 1576, married Jean de Jaucourt in 1599; Elisabeth, born in England on June 1, 1578, married Jacques de Saint-Germain in 1601; Philippe, Lord des Bauves, was born in Antwerp on July 20, 1579; and Anne, born in 1583, married Jacques de Nouhes de la Tabarière in 1603 (she was widowed in 1632, and married Jacques Nompar de Caumont, Duc de La Force, in 1643).
Charlotte Duplessis-Mornay was an avid letter writer, but is above all remembered for her Mémoires, now in the Sorbonne library. The Mémoires de Charlotte Duplessis Mornay are the main source of information about her life, the manuscript copy of which, in her own hand, was only first published in 1824. The text is addressed to her son Philippe, with the aim of persuading him to defend the Protestant cause supported by a large part of her family. She believed that her second husband was charged with a divine mission and used her memoirs to transmit her family's story, including their devotion to the Protestant cause and the hardship that ensued. She recounts the flight of her daughter Suzanne and her husband as well as her own narrow escape from the events of St. Bartholomew's Day in August 1572, giving a first-hand account of the massacre. She also describes her own and her husband's childhoods, as well as the major political and military events and religious polemics to which Philippe de Mornay, a major Protestant thinker, devoted his career and his pen. She highlights the numerous missions which Henri of Navarre and his entourage had entrusted to Philippe Duplessis-Mornay. She kept a thorough record of all of her husband's writings, declarations, and political activities in the second half of the XVIth century up to the accession of Henri IV. Her observations, expressed in a clear, elegant, yet dense style that prefigures classical French, afford an accurate portrayal of contemporary events and reflect her excellent grasp of the complex and dangerous situation in which the French Protestant nobility found themselves.
Her Mémoires trace the image of a woman deeply engaged in the Protestant cause alongside her husband, one of its leading French representatives. Together, they also project a new image of the Christian couple: spouses united by a higher cause, bound by a common interest in the upbringing of their children, their support for the Protestant cause, and their alliances. When she received the tragic news of the death of her son Philippe, killed fighting with the army of Prince Maurice at Gueldres on Oct. 23, 1605, Charlotte gave up her Mémoires, which she had been writing for him alone. She put down her pen on April 21, 1606, exhausted by grief and illness, and died on May 15 that same year. Her husband wrote an account of her death, in which he recorded that till the end she continued to affirm her Protestant faith.
(traduction de Susan Pickford)
OEUVRES
1595?-1606 : Mémoires de Mme de Mornay, Publié
par A.-D. de La Fontenelle de Vaudoré et P.-R. Auguis,
Paris, Treuttel et Würtz, 1824-1825 in 8. Reprint Geneve,
Slatkine Reprints, 1969, 1er volume. -- Éd. Mme de Witt,
Société de l'Histoire de France, Tome I et II, Paris,
1869, reprint Johnson reprint Corporation, 1968 (une édition
critique est en préparation par N. Kuperty-Tsur, à
paraître chez Honoré Champion).
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Berriot-Salvadore, Evelyne. Les femmes dans la société
française de la Renaissance. Genève, Droz, 1990,
p.127-133.
- Crouzet, Denis. La nuit de la Saint-Barthélemy.
Paris, Fayard 1994, p.68-77.
- Daussy, Hugues. Les Huguenots et le roi. Genève,
Droz, 2002, passim.
- Kuperty-Tsur, Nadine. Se dire à la Renaissance en
France. Paris, Vrin, 1997.
Nadine Kuperty-Tsur, 2003.