- Résumé - Traduction
- Oeuvres
- Choix bibliographique - Jugements
Marie
d'Orléans-Longueville was the daughter of Henri II d'Orléans,
duc de Longueville (1595-1663), peer of France and prince in
Neuchâtel (a Swiss principality), and Louise de Bourbon-Soissons
(d. 1637) who arranged her fine education in Latin, arts, finance,
jurisprudence, and governance. From Henri's second marriage (1642)
to Anne-Geneviève de Bourbon-Condé (1619-1679),
there were two sons: Jean-Louis-Charles, comte de Dunois (1646-1694),
born to them, and Charles-Paris, comte de Saint Pol (1649-1672),
born to Anne and François, duc de La Rochefoucauld, but
legally reputed to Henri who did not disavow a second son. To
advantage the sons, Henri and Anne excluded the daughter from
major parts of the Longueville succession through a legal device,
Renunciation, controversial in French jurisprudence. In 1655
Henri compelled Marie to renounce goods left by her deceased
mother. In 1657 he abruptly forced her to accept an unfavorable
marriage with Henri II, duc de Nemours (a chronic invalid), a
marriage contract with an inadequate dowry, and a renunciation
clause excluding her from the future succession of father and
brothers.
- A childless widow by 1659, Marie,
duchesse de Nemours, controlled her vast wealth and chose not
to remarry. In 1663 Jean succeeded as duke de Longueville and
prince de Neuchâtel but took vows as a priest, the abbé
d'Orléans, in 1669. In a donation of 1668, Jean passed
the Longueville succession and sovereignty in Neuchâtel
to Charles with a reversion clause returning the same, if Charles
were to predecease him without male heirs. In a testament of
1668, he also named as heirs, if no Longueville males survived,
the nearest collateral males, the princes of Conti (his two Bourbon
maternal cousins not related to Marie). Yet the year 1672 was
pivotal for the House of Orléans-Longueville: Jean was
legally declared insane (an interdit) and Anne, his mother,
named curator; the unwed Charles was killed at war; and Marie
pursued the right to sovereignty in Neuchâtel by claiming
the Longueville succession. In this prominent legal case, Longueville
v. Nemours (1674), taken from the courtroom to the streets
in judicial publicity, Marie attacked the French ideology of
Male Right, which had replaced in the 1550s the medieval Salic
law forgery; and she indicted its extensive legal effects in
family and state. On one side, Marie de Nemours substituted a
precept of Natural Rights for Male Right, denounced renunciation
clauses, and claimed she was the only direct and legal heir.
On the other side, Anne de Longueville (for her insane son Jean)
defended Male Right as natural and legal, insisted Marie's renunciation
was valid, and claimed the sovereignty in Neuchâtel had
to revert to Jean. Although the legal decision of 1674, pronounced
by Louis XIV, adhered to Male Right and ruled for the madman
Jean, Marie had established grounds for another bid to rule in
Neuchâtel. All the while, she crossed social ranks and
kept lifelong company with eminent jurists and writers; extended
patronage to women of letters, such as Marie-Catherine Desjardins,
Mme de Villedieu, and Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon,
whose works condemned sex inequities; and befriended female cohorts
compromised by forced, clandestine, and broken marriages.
- Around 1686-1687 she wrote reputed
Mémoires of the Fronde, which gave a remarkably
fair account of those events (1648-1653). When the mad Jean died
in 1694, the Estates of Neuchâtel swiftly conferred the
sovereignty on Marie, duchesse de Nemours, citing her Natural
Rights (as a Longueville heir) and custom in Neuchâtel
(recognizing female prerogative); and they rebuffed François,
prince de Conti, who alleged strict Male Right. Ruling as sovereign
princess of Neuchâtel, Marie was a living example of Natural
Rights upheld; moreover, at her death, her warning of 1674, that
Male Right entailed risks that could ruin both family and state,
epitomized that danger. In 1707, when Nemours died, the House
of Orléans-Longueville was extinguished; and France lost
rights to the duchy of Neuchâtel when the Estates rejected
Conti again and chose a Prussian contender. From 1674 into the
1700s the stance opposing Natural Rights to Male Right entered
into the family inheritance contests that crowded court dockets
in the monarchy; and the resulting theory of Natural Rights developed
over time enabled legislators in the new republic to write equal
inheritance for sons and daughters into French family law in
1793.
Marie
d’Orléans-Longueville est la fille d’Henri II d’Orléans, duc de
Longueville, pair de France et prince de Neuchâtel (Suisse), et de Louise de
Bourbon-Soissons, qui lui font donner une excellente éducation (latin, arts
d’agrément, finance, gestion). Veuf en 1637, le duc se remarie en 1642 avec
Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, dont il a un fils légitime,
Jean-Louis-Charles, comte de Dunois (1646-1694), et dont il reconnaît le fils
qu’elle a de François, duc de La Rochefoucauld, Charles-Paris, comte de Saint
Pol (1649-1672). Pour avantager leurs enfants, Henri et Anne excluent Marie de
la plus grande partie de la succession des Longueville, par l’intermédiaire
d’une renonciation qu’ils lui font faire devant notaire, bien que cette
disposition ne soit pas reconnue en droit français. En 1655, son père la
contraint aussi à renoncer aux biens de sa défunte mère. Il la marie en outre
autoritairement, deux ans plus tard, à un infirme, Henri II de Nemours, aux
termes d’un contrat qui lui accorde un douaire indigne de son rang, et qui
comporte une clause de renonciation à la future succession de son père et de
ses demi-frères.
Veuve
sans enfant en 1659, Marie gère ses biens et choisit de ne pas se remarier. En
1663, son frère Jean succède à son père comme duc de Longueville et prince
de Neuchâtel, mais il prononce bientôt des voeux et devient abbé d’Orléans
en 1669. L’année précédente, il a légué ses titres et biens à Charles,
avec une clause de reversion dans le cas où Charles mourrait avant lui sans
enfant mâle; et dans un testament, il a désigné pour leur succéder, au cas où
ils mourraient tous deux sans enfant mâle, leurs plus proches cousins mâles,
les princes de Conti (des Bourbons, non apparentés à Marie). L’année 1672
marque pourtant un pivot dans cette histoire: Jean, devenu fou, est déclaré
incapable, et sa mère Anne est nommée sa tutrice, tandis que Charles, toujours
célibataire, est tué à la guerre. Marie réclame alors en justice la
souveraineté de Neuchâtel, visant plus généralement la succession de
Longueville. Au cours du procès retentissant qui s’ouvre en 1674 devant le
Conseil d’État, et qui est popularisé au-delà de la salle d’audience grâce
aux relais médiatiques de l’époque, Marie met en accusation l’idéologie
française du droit masculin, qui s’exerce dans le droit privé depuis les années
1550, par contamination de la frauduleuse loi successorale dite «loi salique».
Elle dénonce les effets pervers de son application dans la famille et dans l’État.
Elle le révoque au nom du droit naturel. Elle dénonce également les clauses
de renonciation qu’on lui a fait signer et proclame qu’elle est la seule héritière
légale de son père. Face à elle, Anne de Longueville (au nom de son fils
Jean) défend le droit masculin comme relevant de la nature et du droit, assure
que la renonciation de Marie était valable et réclame pour Jean la souveraineté
de Neuchâtel. Bien que la décision prononcée par Louis XIV réaffirme le
droit masculin et confirme Jean, pourtant aliéné, dans les siens, Marie se prépare
à un prochain combat à Neuchâtel.
Durant
toute cette période, la duchesse de Nemours fréquente des gens de tout rang et
de toute sorte. Elle entretient des liens avec d’éminents juristes et écrivains.
Elle soutient des femmes de lettres comme Marie-Catherine Desjardins, Mme de
Villedieu et Marie-Jeanne L’Héritier de Villandon, dont les oeuvres
critiquent l’inégalité des sexes. Elle aide nombre de femmes fragilisées
par des mariages forcés ou l’abandon de leur mari. Vers 1686-1687, elle écrit
ses célèbres Mémoires sur la
Fronde, qui fournissent un récit remarquablement juste des événements
(1648-1653).
Lorsque
son frère Jean meurt, en 1694, les États de Neuchâtel confèrent la
souveraineté à Marie, invoquant d’une part ses droits naturels comme héritière
de Longueville, et d’autre part la coutume de Neuchâtel qui acceptait la
succession des femmes; et ils déboutent les prétentions de François, prince
de Conti, qui alléguait le droit masculin. Désormais princesse souveraine de
Neuchâtel, Marie est un exemple vivant du respect des droits naturels. À sa
mort, en 1707, l’intérêt de son long combat apparaît dans toute son
ampleur: la Maison d’Orléans-Longueville s’éteint avec elle, et la France
perd tout droit sur la principauté de Neuchâtel lorsque les États rejettent
une nouvelle fois le prince de Conti, lui préférant un prétendant prussien.
De nombreuses familles se sont quant à elles, de 1674 aux années 1700, saisies
de la pratique consistant à opposer le droit naturel au droit masculin, au
point d’encombrer les tribunaux de la monarchie. La généralisation de ce
recours autorisera les législateurs de la Révolution à instaurer l’égalité
des filles et des garçons devant l’héritage.
(traduction
Éliane Viennot)
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- OEUVRES
- 1655 : Protestation de Madame la Duchesse de Nemours, du
14 May 1655. Contre sa renonciation à la Communauté
d'entre Monsieur le Duc de Longueville son pere, et Madame sa
mere... Inédit.
- [1673] : Relation du voyage de Madame de Nemours en Suisse.
Inédit.
- 1709 : Mémoires de M. L. D. D. N., contenant ce qui
s'est passé de plus particulier en France pendant la guerre
de Paris, jusqu'à la prison du cardinal de Retz, arrive
en 1652. Avec les différens caractères des personnes,
qui ont eu part à cette guerre, éd. Marie-Jeanne
L'Héritier de Villandon, Cologne -- éd. Micheline
Cuénin, Mémoires de Marie d'Orléans,
duchesse de Nemours (1625-1707), Paris, Mercure de France,
1990.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Blondeau, Claude et Gabriel Guéret (éd.). Journal
du Palais, ou recueil des principales decisions de tous les parlemens,
et cours souveraines de France [Longueville v. Nemours
1674]. Paris, Le Gras, 1755 [1681, 1701, 1713].
- Cuénin, Micheline, introduction à l'édition
des Mémoires de Marie d'Orléans -- voir supra,
«OEuvres».
- Hanley, Sarah. «The Jurisprudence of the Arrêts:
Marital Union, Civil Society, and State Formation in France, 1550-1650».
Law and History Review, 21-1, 2003, p.1-40.
- Hanley, Sarah. «From the Law Court to a Tribunal in Society
1674-1755: The French Ideology of Male Right as a Perversion of
Nature and Law». The Journal of Modern History
(2005, à paraître).
- Hanley, Sarah. «La Loi Salique», in Christine Fauré
(dir.), Encyclopédie politique et historique des
femmes. Paris, P.U.F., 1997, p.11-30 (éd. anglaise:
London, Routledge, 2003, p.3-12; éd. espagnole à
paraître).
Sarah Hanley, 2004.
JUGEMENTS
- [A propos des Mémoires de la Fronde]: «Elle
n'a uniquement pensé qu'à peindre la verité,
sans qu'aucun rapport ni à ses intérêts ni
à sa gloire ait eu la moindre part dans ses Portraits»
(Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon, «Avertissement»,
in Mémoires de M. L. D. D. N., voir supra,
«Oeuvres», fol. a-ii).
- (A propos du mariage de Marie d'Orléans): «on ne
comprenoit pas que la plus riche héritiere de France...
voulût espouser un cadet dont l'esprit étoit assez
scholastique, la personne assez défigurée par une
fâcheuse maladie à laquelle il étoit assez
sujet, sans biens, sans établissemens ni sans consideration.
[...] M. de Longueville [...] pressoit sa fille de conclure avec
M. de Nemours; ce qu'il fit. Elle se maria et pleura beaucoup,
à ce que j'ai ouï dire» (Anne-Marie-Louise d'Orléans,
duchesse de Montpensier, Mémoires de Mademoiselle de
Montpensier [1728], Nouvelle Collection des Mémoires
pour server à l'Histoire de France, Michaud
et Poujoulat, éd. Paris, Éditeur du Commentaire
Analytique du Code Civil, 1838, vol.4, p.252).
- «Les Mémoires de la duchesse de Nemours
sont, en effet, écrits avec la plus scrupuleuse fidélité
et d'un style plein de grâce, d'esprit et de finesse. On
remarque surtout quelques portraits peints de main de maître»
(Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Pierre
Larousse (éd.), Paris, Administration du Grand Dictionnaire
Universel, 1874, vol.11, p.915).
- «Nemours a laissé des Mémoires [...]
écrits dans un style facile [et] intéressants [...];
mais on ne peut guère y chercher la vérité
sur les personnages de la Fronde et principalement sur la duchesse
de Longueville [Anne], et sur les frères de sa belle-mère
[Condé et Conti], contre lesquels ils ne sont à
vrai dire qu'un long factum. La malignité a souvent guidé
sa plume...» (Nouvelle biographie générale
depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours...,
Ferdinand Hoefer (éd.), Paris, Firmin Didot frères,
1863, vol.37, p.670).
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pour l'Etude des Femmes de l'Ancien Régime) http://www.siefar.org