Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique

La vie de Jaqua-Françoise Pautrard demeure fort mal connue. On suppose qu'elle est la fille de ce Barthélemy Pautrard qui, en 1584, dut affronter un procès pour avoir «fait usage d'écrits suspects en matière de foi» et qui fut recteur des écoles d'Arbois (Jura) de 1588 à 1593, avant de se voir congédié par les autorités municipales, puis de revenir dans la ville exercer les fonctions de principal du collège, de 1597 à 1607 au moins. Entre 1593 et 1597, il s'éloigne vraisemblablement d'Arbois (ce qui explique que le siège de 1595 n'a laissé aucune trace dans l'oeuvre de sa fille) et exerce sans doute les fonctions de précepteur dans la maison de Claude de Vergy, gouverneur de Franche-Comté. Il est probable que Barthélemy Pautrard a fait partie du cercle de notables et d'érudits réuni à Arbois autour du médecin de Philippe II, Jean Vuillemin (c.1540-1606 ou 1607).
Françoise grandit dans un milieu particulièrement cultivé, puisqu'elle se montre capable de versifier en français et en latin, qu'elle sait le grec et l'italien, ainsi que des rudiments d'hébreu, bagage considérable pour une jeune femme de province (et même de Paris!) à la fin du XVIe siècle. Sans doute acquiert-elle toutes ces connaissances grâce aux enseignements de son père, et peut-être de Jésuites du collège de Dole, qui viennent régulièrement prêcher à Arbois. On suppose qu'elle a passé sa vie confinée dans son Jura natal, au milieu de ses livres et des conversations savantes, et qu'elle ne s'est jamais mariée, puisqu'elle porte le nom de son père. On conjecture qu'elle n'a pas vécu au-delà de 1622 ou 1623.
Réellement douée pour la poésie, Françoise Pautrard compose une élégante traduction latine du premier jour de la Sepmaine de Christofle de Gamon (qui paraît pour la première fois en 1609), des adaptations de poèmes grecs, latins et italiens (Synésios de Cyrène, Grégoire de Naziance, Sénèque, Pétrarque, Luca Pinelli...) et de nombreuses pièces d'inspiration spirituelle qui, sans en faire tout à fait l'égale d'un Jean-Baptiste Chassignet ou d'un Jean de Sponde, comportent de belles réussites et la rattachent au grand courant de poésie religieuse issu de la Contre-Réforme. Si elle ne semble guère faire preuve d'aisance dans les genres humbles, comme les odes françaises ou les Noëls, sa voix s'affirme davantage dans le registre soutenu. Elle cultive une prédilection marquée pour les formes brèves: poésie gnomique en distiques ou en quatrains moraux, odes mariales, chansons profanes transposées... Cela ne l'empêche toutefois point d'exceller dans de plus amples compositions, comme de belles idylles religieuses ou d'amples tombeaux. Ses oeuvres, conservées dans un manuscrit unique, sont de datation conjecturale et, pour nombre de pièces, il faut sans doute se résoudre à ne jamais savoir précisément quand elles furent composées.
Aussi savante que la fameuse maréchale de Retz, célébrée par tous les écrivains du temps, Françoise Pautrard n'a joui d'aucune notoriété, sauf, vraisemblablement, dans un cercle très restreint. Jamais publiée de son vivant, tout à fait oubliée après sa mort, puis découverte par hasard en 1993, elle fait depuis 2003 l'objet d'une activité érudite et éditoriale aussi soutenue que possible.

 

The life of Jaqua-Françoise Pautrard remains largely a mystery. It is thought that she was the daughter of a Bathélemy Pautrard, who was brought to trial in 1584 for having "made use of texts considered suspect in matters of faith". He was the rector of the schools of Arbois in the Jura from 1588 to 1593, when he was dismissed by the municipal authorities, yet returned to the town as the college principal from 1597 to at least 1607. Between 1593 and 1597 he presumably left Arbois (which would explain why there is no trace of the siege of 1595 in his daughter's work) and exercised the functions of preceptor in the house of Claude de Vergy, governor of Franche-Comté. It is probable that Barthélemy Pautrard formed part of a circle of scholars and local authorities who met at Arbois at the invitation of the physician of Philip II, Jean Vuillemin (c. 1540-1606/7).
Françoise grew up in a particularly cultivated milieu. She demonstrated her capacity to write verse in French and in Latin, and she knew Greek and Italian, as well as the rudiments of Hebrew; a considerable achievement for a young woman from the provinces (and even for a Parisienne!) at the end of the sixteenth century. Probably, she acquired this learning from her father and the Jesuits of the college of Dôle who regularly preached in Arbois. It is thought that she spent her life confined to her native Jura amongst her books and in learned conversations, without ever marrying since she kept her father's surname. She probably did not live past 1622 or 1623.
An extremely talented poet, Françoise Pautrard composed an elegant Latin translation of the first day of Christofle de Gamon's Sepmaine (which appeared initially in 1609), adaptations of Greek, Latin and Italian poems (by Synesius of Cyrene, Gregory of Naziance, Seneca, Petrarch, Luca Pinelli and others), as well as numerous spiritual pieces. Without rendering her the exact equal of a Jean-Baptiste Chassignet or a Jean de Sponde, these works bear up well and link her to the contemporaneous mode of religious poetry which accompanied the Catholic Reformation. Less well-adapted to the humbler genres, such as French odes or Noëls, her poetic voice was better-suited to the higher register. She cultivated a marked predilection for shorter forms: gnomic poetry in couplets of moral quatrains, marital odes and transposed secular songs. This did not prevent her from excelling at longer compositions such as beautiful religious idylls or long burial poems. Her works, conserved in a single manuscript, are difficult to date, and for a number of the pieces the exact moment of composition will probably never be known.
As learned as the famous Maréchale de Retz, praised by the authors of her time, Françoise Pautrard never knew celebrity except within a small circle. Unpublished during her lifetime, completely forgotten after her death, then rediscovered by chance in 1993, her work has been the subject of academic and editorial scrutiny since 2003.

(traduction de Cathy McClive)

OEUVRES
- 1584-1622? : plusieurs dizaines de poésies diverses copiées dans un manuscrit unique, sans doute non destiné à la publication, et dont la page de titre est ainsi tournée: Le premier Livre de la Semaine du sieur Christofle de Gamon contre celle de Guillaume de Salluste sieur Du Bartas traduict en vers Latins. Ensemble quelques autres Opuscules par la mesme, et versions tant grecques, latines, que françoises, inédit. Publication partielle dans Gilles Banderier, «Françoise Pautrard, femme et poète du premier XVIIe siècle», XVIIe Siècle, 218, janvier-mars 2003, p.117-159 et id., «Une femme poète en terre de Jura au temps de Henri IV et de Louis XIII», Travaux de la Société d'émulation du Jura, 2002 [2004], p.91-121.

CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Banderier, Gilles. Articles cités supra.
- Banderier, Gilles. «Notes sur Christofle de Gamon». Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, 65, 2, 2003, p.323-329.
- Banderier, Gilles. «Un pétrarquisme féminin et dévot: Françoise Pautrard», in Jean Balsamo (dir.), Les Poètes français de la Renaissance et Pétrarque, Genève, Droz, 2004, p.465-470.
- Banderier, Gilles. «Une femme poète en terre de Jura au temps de Henri IV et de Louis XIII», Travaux de la Société d’Émulation du Jura (2003), 2004, p.91-121.

Gilles Banderier, 2004.

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