Résumé - Traduction - Oeuvres - Choix bibliographique - Choix iconographique - Jugements


Daughter of Philippe de Bresse and Marguerite de Bourbon (sister of Pierre de Beaujeu), Louise was born in Pont d'Ain on Sept. 11, 1476. When her mother died in 1483, Louise and her brother Philibert were sent to Blois and raised by her aunt, the regent Anne of France. On Feb. 16, 1488 she was married to Charles d'Orléans, count of Angoulême, and she moved to Cognac where she gave birth to her two children destined for renown: Marguerite (de Navarre) on April 11, 1492 and Francis (Ist) on Sept. 12, 1494. At the death of her husband in 1496, nineteen-year-old Louise had to share the guardianship of her children with Louis d'Orleans who, upon becoming King Louis XII at the sudden death of Charles VIII, ordered her to move with her children closer to court. They settled at Amboise where Louise oversaw their education; and she later recorded her maternal affection, pride, and anxieties in a personal journal (probably co-authored by her Franciscan advisor François Demoulins). In 1506, Louis XII announced the betrothal of his own seven-year-old daughter Claude to François d'Angoulême who, as official heir to the throne, moved to Blois. Before and after her return to Cognac following her daughter's marriage in 1508, Louise was an active patron of artists (Robinet Testard), scribes (Jean Michel), and authors (Jean Thenaud, the Saint-Gelais family).
When Francis became king in 1515, Louise assumed important political roles. She served twice as regent: during Francois's Italian campaigns in 1515 and from 1522-26, which included his captivity following the battle of Pavia. In 1529 she negotiated the Treaty of Cambrai ("The Ladies' Peace") with her sister-in-law, childhood friend, and political adversary, Margaret of Austria. Claiming hereditary rights to the succession of Suzanne de Bourbon, she won a bitter lawsuit against the Constable of Bourbon, which may have precipitated his subsequent treason; similarly, her hostility toward the financial advisor Semblançay probably contributed to his execution.
As a patron, Louise commissioned numerous manuscripts for her children's education, many of which bear laudatory dedications to her. The Parisian libraire Anthoine Vérard claims she favored "livres beaux et devotz" ("beautiful and devout books") which he supplied in both printed and manuscript form. Abiding by her motto Libris et liberis ("For Books and Children"), Louise augmented the substantial collection inherited from her husband, estimated at 200 books, which at the accession of her son was incorporated into the royal library at Blois.
Louise died on Sept. 22, 1531, and following a state funeral ordered by her son she was entombed in St. Denis; her heart and entrails were buried in Notre-Dame in Paris. Shortly thereafter Geoffroy Tory published collections of epitaphs in her honor, composed in Latin and French by contemporary poets, including Héroët, Macault, and her son. Vauzelles, Marot, Bouchet, and Scaliger likewise produced encomia, and Brodeau wrote a poem on the comet she believed foretold her own death.
Louise and her two illustrious children constituted a trinity recognized as such by their contemporaries. For poets in her entourage, her extraordinary devotion to her son, as professed in her Journal, paralleled that of Blanche of Castille for her son Louis IX, and indeed that of the Virgin Mary for Christ. Critics, however, have accused her of excessive influence, ambition, and avarice, and imputed bitter rivalry with Anne de Bretagne who, nonetheless, entrusted her daughters to Louise's care at her death. Louise's religious sympathies are still the subject of debate. She paid for the canonization of St. Francis of Paola who had predicted that her son would be king, and was simultaneously interested in astrological signs. Invariably identified in texts and images with the virtue Prudence, she has been praised for political skill "surpassing her sex". According to a long-standing literary tradition based on anagrams, Louise served as the model for Oisille, the wise but austere widow and one of the principal characters in her daughter's celebrated Heptameron.
Since no biography of Louise de Savoie yet references official documents, correspondence, and her own writings, the flattering praise of her supporters must still be weighed against the harsh accusations of her critics. At the very least, Louise de Savoie should be credited with raising two brilliant children and with skillfully negotiating treaties for France during her two regencies.

Fille de Philippe de Bresse et de Marguerite de Bourbon (soeur de Pierre de Beaujeu), Louise naît à Pont-d'Ain le 11 sept. 1476. A la mort de leur mère en 1483, la princesse et son frère Philibert sont envoyés à Blois pour être élevés par leur tante, la régente Anne de France. Le 16 février 1488, Louise épouse Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, et s'installe à Cognac, où naissent ses deux illustres enfants: Marguerite (de Navarre) le 11 avril 1492, et François (Ier) le 12 sept. 1494. A la mort de son époux en 1496, Louise, encore mineure, est contrainte de partager la tutelle de ses enfants avec Louis d'Orléans qui, devenu Louis XII à la mort inattendue de Charles VIII, l'oblige à se rapprocher de la cour avec eux. François et Marguerite résident à Amboise, où Louise veille sur leur éducation; elle évoquera plus tard son affection maternelle, sa fierté et ses inquiétudes dans un Journal (probablement écrit avec son conseiller franciscain François Demoulins). En 1506, Louis XII annonce les fiançailles de sa fille Claude, âgée de sept ans, et de François d'Angoulême qui, en tant qu'héritier présomptif du trône, s'installe à Blois. De retour à Cognac après le mariage de sa fille en 1508, Louise poursuit son patronage d'artistes (Robinet Testard), de scribes (Jean Michel) et d'auteurs (Jean Thenaud, la famille des Saint-Gelais.)
Après l'avènement de François en 1515, Louise joue un rôle politique important. Deux fois régente (pendant les campagnes italiennes de 1515 et de 1522-1526, et donc lors de la captivité de François après la bataille de Pavie), elle négocie en 1529 le Traité de Cambrai («La Paix des Dames») avec Marguerite d'Autriche, sa belle-soeur, amie d'enfance et adversaire politique. Mais sa réputation est ternie par suite de son implication dans deux affaires controversées. D'une part, afin de faire valoir ses droits héréditaires à la succession de Suzanne de Bourbon, elle intente contre le connétable de Bourbon un procès qu'elle remporte, ce qui précipite peut-être la trahison de son rival. D'autre part, l'hostilité de Louise à l'égard du conseiller financier Semblançay contribue sans doute à la condamnation et à l'exécution de celui-ci.
En tant que mécène, Louise commande de nombreux manuscrits pour l'éducation de ses enfants, dont plusieurs comportent des dédicaces laudatoires. Le libraire parisien Anthoine Vérard lui offre imprimés et manuscrits pour répondre à son désir de «livres beaux et devotz». Conforme à sa devise Libris et liberis («pour des livres et pour des enfants»), Louise augmente de deux cents livres environ l'importante collection héritée de son mari qui, à l'avènement de son fils, est incorporée à la bibliothèque royale de Blois.Décédée le 22 septembre 1531, Louise est enterrée à Saint-Denis après des funérailles nationales ordonnées par son fils; son coeur et ses entrailles sont déposés à Notre-Dame de Paris. Peu après, Geoffroy Tory publie deux recueils d'épitaphes en son honneur, composées en latin et en français par des poètes contemporains tels Héroët, Macault et son propre fils. Vauzelles, Marot, Bouchet et Scaliger produisent de même des encomia et Brodeau un poème sur une comète dans laquelle Louise avait entrevu un signe prémonitoire de sa mort.
Louise et ses deux enfants ont constitué une trinité reconnue en tant que telle par ses contemporains. Pour les gens de son entourage, sa dévotion extraordinaire à son fils, attestée par son Journal, rappelait celle de Blanche de Castille pour son fils saint Louis et même celle de la Vierge Marie pour le Christ. Ses détracteurs, en revanche, l'ont accusée d'une influence excessive, d'ambition et d'avarice et lui ont reproché une rivalité avec Anne de Bretagne qui, à sa mort, a pourtant confié ses deux filles à Louise. Les sympathies religieuses de Louise demeurent un sujet de débat. D'un côté, saint François de Paule, qui avait prédit que son fils serait roi, est canonisé à ses frais; d'un autre, Louise s'intéresse beaucoup à l'astrologie. Souvent identifiée à la vertu Prudence dans des textes et dans des images, elle est louée pour son habileté politique «surpassant son sexe». Par ailleurs, selon une longue tradition littéraire fondée sur les anagrammes, Louise a servi de modèle pour le personnage d'Oisille, la veuve sage mais austère de l'Heptaméron composé par sa fille.
Aucune biographie de Louise de Savoie ne fait référence aux documents officiels, à sa correspondance ou à ses propres écrits. Par conséquent, on doit se contenter, pour discerner le personnage, des louanges flatteuses de ses partisans et des accusations de ses critiques. Sans contredit, Louise de Savoie, en plus d'assurer l'éducation de deux brillants enfants, a fait preuve, pendant ses deux régences, d'une grande habileté en négociant des traités politiques favorables à la France.

(traduction de l'autrice)

OEUVRES
- 1522? : Journal, Guichenon, 1660, t.IV. L'autre édition, celle de Michaud et Poujoulat, Nouvelle collection des mémoires ..., Paris, 1838, vol.V, p.87-93, ne présente pas le texte dans son état d'origine; voir H. Hauser, «Le Journal de Louise de Savoie», Revue historique, LXXXVI (1904), p.280-303; et M. Orth, «Francis Du Moulin and the Journal of Louise of Savoy», The Sixteenth Century Journal, Spring 1982 (13,1), p.55-66.
- ? : Poésies. In Poésies du roi François Ier, de Louise de Savoie duchesse d'Angoulême, de Marguerite reine de Navarre, et correspondance intime du roi... éd. A. Champollion-Figeac, Paris, Imp. Royale, 1847 (réimp. Slatkine, 1970) -- Éd. J. Kane, «Louise de Savoie, Poetess», Studi Francesi, 65-66 (mai-déc. 1979), p.349-358.
- 1525-1526 : Correspondance politique anglaise: G. Jacqueton, La Politique extérieure de Louise de Savoie, Paris, 1892, p.305-419.
- Correspondance politique savoyarde : M. Bruchet, Marguerite d'Autriche, duchesse de Savoie, Lille, 1927, p.321-322.
- Correspondance personnelle avec son fils : Éd. A. Champollion-Figeac, Poésies du roi François Ier..., voir supra, p.211, 230, et facs.
- Correspondance personnelle avec sa fille : A. Champollion-Figeac, Captivité de François Ier. Paris, 1847, p.329; -- voir aussi P. Jourda, Répertoire analytique et chronologique de la Correspondance de Marguerite d'Angoulême, Duchesse d'Alençon, Reine de Navarre (1492-1549). Paris, 1930. Réimpr. Genève, Slatkine, 1973.

CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Henry-Bordeaux. Paule. Louise de Savoie: Roi de France. Paris, Plon, 1954.
- Lecoq, Anne-Marie. François Ier imaginaire. Paris, Macula, 1987.
- Lefranc, Abel et Jacques Boulenger (éd). Comptes de Louise de Savoie et de Marguerite d'Angoulême. Paris, Honoré Champion, 1905.
- Matarasso, Pauline Maud. Queen's Mate: Three Women of Power in France on the Eve of the Renaissance. Aldershot, Ashgate, 2001.
- Mayer, Dorothy Moulton. The Great Regent: Louise of Savoy, 1476-1531. London, Wiedenfeld and Nicolson, 1966.

CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- Le Maître de Philippe de Gueldre. Le Compas du Dauphin (enluminure), v.1505. Paris, BnF (ms. fr. 2285, fol.5) -- http://images.bnf.fr.
- Guillaume Leroy. La Prudence incarnée par Louise de Savoie (enluminure in François Demoulins, Traité sur les vertus cardinales, Lyon), v.1510. Paris, BnF (ms. fr. 12247, fol.4) -- http://images.bnf.fr; François Avril et Nicole Reynaud. Les Manuscrits à peintures en France, 1440-1520. Paris, Flammarion, 1993, p.363.
- Anonyme. Louise tient le gouvernail, symbole de sa régence, et porte des ailes d'ange (enluminure dans Etienne Le Blanc, Les Gestes de Blanche de Castille), v.1515-1516. Paris, BnF (ms. fr. 5715, fol.Av.) -- http://images.bnf.fr; Lecoq, voir supra «Choix bibliographique», fig.234.
- Jean Pichore. Deux échevins d'Amiens offrent leur livre à Louise de Savoie (enluminure dans Chants royaux du Puy Notre Dame d'Amiens), Paris, 1517. Paris, BnF (ms. fr. 145, fol.1v.) -- http://images.bnf.fr; Avril et Reynaud, voir supra, p.283.
- Anonyme (Jean Perreal?). L'auteur présente son livre à Louise de Savoie, entourée de Judith et d'Esther, de barons et de prélats (gravure sur bois enluminée, dans Jean de Bourdigné, Hystoire agregative des annalles et cronicques d'Anjou, Paris, Anthoyne Couteau, Galliot du Pré pour Charles de Bougne et Clement Alexandre à Angers, 1529), 1529-1530. Paris, BnF (Rés. Vélins 761, fol.A4v.) -- http://images.bnf.fr.

Mary Beth Winn, 2004.

 

JUGEMENTS
- «N'a elle soustenu par son sens et prudence
L'effort de tout malheur venant à vous, la France?
[...]
O coeurs qui ne sentez de femme que le nom,
Immuable vertu, tant digne de renom,
Tant crainte d'ennemys, des vostres plus aymée,
Des meschants le contraire et des bons estimée
Qui avez triumphé du malheur triumphant
En sauvant vostre honneur, pays et vostre enfant,
En guerre soustenant avez la paix reduicte
Par vostre grand' vertu et tressage conduite [....]»
(François Ier, «Epitaphe de Louise de Savoie», 1531, in June E. Kane (éd.), François Ier, OEuvres poétiques, Genève, Slatkine, 1984, p.183).
- «Ceste princesse honnorable & begnine...
Incessamment pour vous [Françoys] a bataillé
Tant nuyct que jour, couru & travaillé
Pour mectre paix, & de sy bon accord
Qu'en voz pays n'y a plus nul discord.
Le roy son filz, surprins des ennemys,
Par son bon sens a en France remys;
Ses deux enfans qui tenoient ostage
Vous a renduz, qui est tresroyal gaige.
Que voulez vous que plus elle vous fasse?»
(Jacques de la Hogue, Le Livre de Facet: Comploration sur le trespas de deffuncte ma Dame la Regente, Mere du Roy Françoys Premier, Paris, Pierre Vidoue pour Galliot du Pré, 1535, vv.91-99).
- «Elle passa de son sexe la force
Et prinst le coeur & couraige mavorce...
A surmonté par paix plus d'ennemys
Que par combatz ne feit oncques Pompee.»
(Jean Bouchet, Jugement poetic de l'honneur feminin et sejour des illustres claires & honnestes Dames, Poitiers, De Marnef, 1538, fol. D4v.).
- «Car si jamais j'escripvis ou parlis
De femme saige, liberalle, prudente,
Et au prouffit du commun entendente,
Constante, forte, souffrant adversité
A cest heure cy, me sens tout incité
La preferer sur toutes aultres femmes...
Las, la Princesse eust cueur chevalereux
Et tresconstant; nonobstant que fust mere
Bien sceust celer sa douleur tresamere
Pour donner cueur aux bons suppostz françoys,
Leur demonstrant ung visaige courtoys
Tant aux petis, moyens que aux grans princes;
[...]
Oncques la France ne fust mieulx gouvernée.»
(Jean DuPré, Le Palais des nobles Dames, Lyon, 1534 -- éd. Brenda Dunn-Lardeau (à paraître), v.5340-5345, 5492-5497, 5500).
- «Feue Madame la regente [...] fut en son temps [...] une tres-belle Dame, et fort mondaine aussi, et fut cela mesme en son aage decroissant. Et, pour ce, quand on luy parloit de la mort, en haissoit fort le discours. [Trois jours avant sa mort] elle vid une comette qui esclaroit ainsi droit sur son lict. "Ha!" dit-elle, voilà un signe qui ne paroist pas pour personne de basse qualité. Dieu le fait paroistre pour nous autres grands et grandes. Refermez la fenestre: c'est une comette qui m'annonce la mort; il se faut donc preparer» (Pierre de Bourdeille, Seigneur de Brantôme [fin XVIe siècle], Les Dames galantes, éd. M. Rat, Paris, Garnier, 1960, p.281).
- «Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, mère du roi, qui avait voulu se marier au connétable devenu veuf, et qui en avait essuyé un refus, voulut le ruiner, ne pouvant l'épouser; elle lui suscita un procès reconnu pour très injuste par tous les jurisconsultes; il n'y avait que la mère toute-puissante d'un roi qui pût le gagner» (Voltaire, Essai sur les moeurs et l'esprit des nations [1756], éd. R. Pommeau, Paris, Garnier, 1963, II, p.182).
- «Louise de Savoie, veuve dès dix-huit ans, l'aimait [son fils François] comme un fils de l'amour, et plusieurs croyaient, en effet, que la galante dame, âpre, violente, audacieuse dans ses passades, ne s'en fia pas à son insignifiant époux pour concevoir un dieu. Elle mit sur cette tête toute l'ambition de sa vie, ambition condamnée au silence, aux voeux meurtriers, tant que vécut Anne de Bretagne» (Jules Michelet Renaissance et Réforme [v.1855], Paris, Laffont, 1982, p.192).



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