Résumé - Traduction - Oeuvres
- Choix bibliographique - Choix
iconographique - Jugements
Marie-Denise Villers, née Lemoine,
was born in Paris in 1774. Her parents were Charles Lemoine and
Marie-Anne Rousselle. In the 1780s and early 1790s, Marie-Denise,
known as Nisa, lived with her family in the rue Traversière-Saint-Honoré,
near the Palais Royal. She had two sisters who were portrait painters:
Marie-Victoire Lemoine (1754-1820) and Marie-Élisabeth
Lemoine (dates unknown). The portrait and genre painter Jeanne-Élisabeth
Chaudet (1767-1832) was her first cousin. In 1794, Nisa married
an architecture student, Michel-Jean-Maximilien Villers. Miniatures
signed "Villers" are sometimes considered early works
by her, but most date from the 1780s or early 1790s, when she
would have been using her maiden name of Lemoine, had she been
painting miniatures at all. They are probably the work of a miniaturist
named Villers who exhibited at the Salon of 1793.
Marie-Denise Villers made her first appearance
as an artist at the Paris Salon of the Year VII (1799), where
she exhibited three paintings as a pupil of Girodet. She also
received lessons and encouragement from François Gérard
and Jacques-Louis David. At the 1799 Salon, she was awarded an
encouragement of 1500 francs for a portrait said to show
a woman painting that was admired by the critics and considered
a self-portrait. Unfortunately she may never have received the
funds promised. She continued to exhibit at the Salon in 1801,
1802, and 1814, and possibly also in 1800. Perhaps political reasons
dictated her absence from the Salons of the First Empire (1804-1812)
since her sister, Marie-Victoire Lemoine, did not exhibit either
from 1806 through 1812. The Duchess of Angoulême was the
subject of Nisa's last publicly exhibited work, a portrait she
submitted to the Salon of 1814. Her artistic activity seems to
have ceased well before her death in Paris on August 19, 1821.
The household inventory drawn up after her death does not mention
painting equipment or a studio. Her work was largely forgotten
by the end of the nineteenth century, to the point that her
Young Woman Drawing (New York, Metropolitan Museum) could
be attributed first to Jacques-Louis David and then to Constance
Charpentier.
In her day, Villers' paintings brought
her public acclaim. Several critics commented appreciatively on
the portrait for which she received an «encouragement»
at the Salon of 1799, and noted the influence of Girodet on her
style. They also admired the Étude d'une jeune femme
assise sur une fenêtre that she exhibited at the Salon
of 1801, praising the graceful and harmonious composition and
the beauty of the sitter, who some believed to be the artist herself.
Criticisms were mild: the lack of transparency in the sky and
trees and in the shadows of the head, the length of the left leg,
and a little dryness in the details.
Villers was successful again at the Salon
of 1802. Her genre painting of Un enfant dans son berceau,
entraîné par les eaux de l'inondation du mois de
nivôse an X won plaudits from all for its skillful execution
and for the touching and ingenious subject. It was engraved by
Jean Godefroy and etched by Charles Landon. The Russian Prince
Yusupov commissioned a reduction of the work, which was painted
for him by Villers in 1810. Villers' Étude de femme
d'après nature was also acclaimed by reviewers who
noticed that the artist had adopted more fluid contours and more
brilliant coloring. This change is clear if we compare the backlighting
and pale tonalities of the Metropolitan Museum's Young Woman
Drawing, completed by 1801 and possibly as early as 1799,
with the bold palette of the Louvre's Étude de femme
d'après nature, painted in 1801 or 1802. In both paintings,
Villers represented single female figures in a way that blurred
the line between portraiture and genre painting, a type of composition
that she made her specialty. These "études de femme",
as the artist usually called them, incorporated an activity or
implied a story (e.g., the cracked window behind the sitter in
the Metropolitan's painting). Their popularity with Villers' contemporaries
seems fully justified, and they retain their appeal today.
Marie-Denise Villers, née Lemoine, voit le jour à Paris en 1774. Elle est la fille de Charles Lemoine et de Marie-Anne Rousselle. Dans les années 1780 et au début des années 1790, Marie-Denise, connue sous le diminutif de Nisa, vit avec sa famille rue Traversière-Saint-Honoré, près du Palais-Royal. Ses deux soeurs, Marie-Victoire Lemoine (1754-1820) et Marie-Elisabeth Lemoine (dates inconnues) sont portraitistes. La portraitiste et peintre de genre Jeanne-Elisabeth Chaudet (1767-1832) est leur cousine germaine. En 1794, Nisa épouse un étudiant en architecture, Michel-Jean-Maximilien Villers. Des miniatures signées «Villers» sont parfois considérées comme ses premières oeuvres, mais la plupart datent des années 1780 ou du début des années 1790, quand elle devait utiliser son nom de jeune fille (Lemoine), si tant est qu'elle ait un jour peint des miniatures. Ce sont plus vraisemblablement les oeuvres d'un miniaturiste nommé Villers, qui a exposé au Salon en 1793.
Marie-Denise Villers fait sa première apparition au Salon de l'An VII (1799), où, en tant qu'élève de Girodet, elle expose trois peintures. Elle bénéficie aussi des leçons et du soutien de François Gérard et de Jacques-Louis David. Au Salon de 1799, elle gagne un «encouragement» de 1 500 francs pour un portrait d'une femme en train de peindre, admiré par les critiques et considéré comme un autoportrait. Malheureusement, elle n'a peut-être jamais reçu la somme promise. Elle expose à nouveau au Salon en 1801, 1802 et 1814, ainsi peut-être qu'en 1800. Son absence des Salons du Premier Empire (1804-1812) a peut-être été déterminée par des raisons politiques, puisque sa soeur, Marie-Victoire Lemoine, n'expose pas non plus de 1806 à 1812. La dernière oeuvre exposée au public par Nisa est un portrait de la duchesse d'Angoulême, présenté au Salon de 1814. Son activité artistique semble avoir cessé bien avant sa mort à Paris le 19 août 1821. Son inventaire après décès ne mentionne ni matériel de peinture, ni atelier. Son oeuvre est largement oubliée à partir de la fin du XIXe siècle, au point que sa Jeune fille dessinant (New York, Metropolitan Museum) a pu être attribuée d'abord à Jacques-Louis David, puis à Constance Charpentier.
À son époque, ses oeuvres lui ont valu une certaine célébrité. Beaucoup de critiques commentent en termes élogieux le portrait pour lequel elle reçoit un «encouragement» au Salon de 1799, et notent l'influence de Girodet sur son style. Ils admirent aussi une Étude de jeune femme assise sur une fenêtre, exposée au Salon de 1801, appréciant la composition élégante et harmonieuse, de même que la beauté du modèle, dont certains pensent qu'il s'agit de l'artiste elle-même. Les critiques sont mineures: le manque de transparence du ciel, des arbres et des ombres de la tête, la longueur de la jambe gauche, ainsi qu'une certaine sécheresse dans les détails.
Villers rencontre à nouveau le succès au Salon de 1802. Son tableau de genre représentant Un enfant dans son berceau, entraîné par les eaux de l'inondation du mois de nivôse an X est unanimement loué pour l'habileté de son exécution et pour son sujet ingénieux et touchant. Il est gravé, au burin par Jean Godefroy, et à l'eau-forte par Charles Landon. Le prince russe Youssoupoff commande une réduction de cette oeuvre, que Villers peint pour lui en 1810. Son Étude de femme d'après nature est aussi acclamée par les critiques, qui notent que l'artiste a adopté des contours plus fluides et un coloris plus brillant. Ce changement est manifeste si l'on compare l'éclairage à contre-jour et les tonalités pâles de la Jeune fille dessinant du Metropolitan Museum, terminée en 1801 et peut-être même dès 1799, avec la palette aux couleurs vives de l'Étude de femme d'après nature du Louvre, peinte en 1801 ou 1802. Dans ces deux tableaux, Villers représente des figures féminines isolées, d'une manière qui estompe la démarcation entre portrait et peinture de genre -un type de composition dont elle a fait sa spécialité. Ces «études de femme», comme l'artiste les appelle habituellement, impliquent une activité ou supposent une histoire (telle la vitre brisée derrière le modèle du tableau du Metropolitan). Leur popularité auprès des contemporains de Villers semble pleinement justifiée, et ces oeuvres conservent aujourd'hui encore leur attrait.(traduction de Sandrine Lely)
OEUVRES
- 1799 (Salon no 344): La Peinture. Painting. Possibly
identical with the Young Woman Drawing at the Metropolitan
Museum of Art and 1801 Salon no 366. [Note: The reviewers seem
to have noted only one painting by Villers at the Salon of 1799,
but refer to it variously as no 344 and 346 of the livret.]
- 1799 (Salon no 345): Une Bacchante endormie. Painting.
Location unknown.
- 1799 (Salon no 346): Un portrait. Painting. Possibly
identical with the Young Woman Drawing at the Metropolitan
Museum of Art and 1801 Salon no 366 [see note above about La
Peinture].
- An 9 (1800-1801): Etude d'une jeune femme assise sur une
fenêtre (1801 Salon no 364). Oil on canvas. Sold at
auction, Versailles, Hôtel des Chevaux-Légers, December
3, 1961, no 8, pl. II, as Portrait de jeune fille au camélia
-- Oppenheimer, 1996 (voir infra), p.169, fig.6.
- c.1800: Study for Etude d'une jeune femme assise sur une
fenêtre. Oil on canvas. Private collection.
- 1801 (Salon no 365): Etude d'une femme à sa toilette.
Painting. Probably identical with Collection d'une collection
capitale provenant du cabinet de M. Villers, architecte, composée
de tableaux des trois écoles... Par J.B.P. Lebrun.
Paris, chez M. Félix et M. Lebrun, 1812, no 119. Location
unknown.
- 1801 (Salon no 366): Un portrait. Possibly identical
with the Young Woman Drawing at the Metropolitan Museum
of Art and 1799 Salon no 346 or 344.
- c.1799-1801: Young Woman Drawing, formerly called
Portrait of Mlle Charlotte du Val d'Ognes (1801 Salon, possibly
no 366). Oil on canvas. New York, The Metropolitan Museum of Art
-- Oppenheimer, 1996 (voir infra), p.166, fig.2.
- 1802 (Salon no 310): Un enfant dans son berceau, entraîné
par les eaux de l'inondation du mois de nivôse an X.
Painting. Location unknown. Engraved by Jean Godefroy under the
title La Fidélité (Paris, Bibliothèque
nationale) -- Oppenheimer, 1996 (voir infra), p.174, fig.13.
Line etching in Charles Landon, Annales du Musée et
de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts, Paris, 1803, IV, pl.16.
- An 10 (1801-1802): Une étude de femme d'après
nature, also known as Portrait of Madame Soustras (1802
Salon no 311). Oil on canvas. Paris, Louvre -- Oppenheimer, 1996
(voir infra), p.165, fig.1.
- 1810: Un enfant dans son berceau, entraîné par
les eaux de l'inondation du mois de nivôse an X. Painting.
Reduction of the 1802 Salon painting. Russia, Arkhangelskoyé
Museum-Estate.
- Before 1813: Une petite Fille blonde, tenant une corbeille
de jonc remplie de fleurs; figure de grandeur naturelle, à
mi-corps; elle est vêtue d'une robe rouge, sur fond de paysage.
Oil on canvas. Collection d'une collection capitale provenant
du cabinet de M. Villers, architecte, composée de tableaux
des trois écoles... Par J.B.P. Lebrun. Paris, chez
M. Félix et M. Lebrun, 1812, no 120. Location unknown.
- 1814 (Salon, hors livret): Portrait de la duchesse d'Angouleme.
Mentioned in Le Mercure de France, 62, janvier-février
1815, p.306. Location unknown.
OEUVRES (ATTRIBUÉES)
- 1800 (Salon no 366): Jeune fille au chien. Oil on
canvas. Paris, Galerie Georges Petit, Collection du Vicomte de
Curel, November 25, 1918, no 29, and Paris, Galerie Charpentier,
June 20, 1957, no 142. Location unknown -- Oppenheimer, 1996 (voir
infra), p.173, fig.11.
CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE
- Harris, Ann Sutherland and Nochlin, Linda. Women Artists:
1550-1950. Exhibition catalogue, Los Angeles County Museum
of Art et al. New York, Alfred A. Knopf, 1976, p.217.
- La Femme artiste d'Elisabeth Vigée-Lebrun à
Rosa Bonheur. Exhibition catalogue, Musée Despiau-Wlerick,
Donjon Lacataye, Mont-de-Marsan, 1981, p.32-5.
- Oppenheimer, Margaret. "Nisa Villers, née Lemoine
(1774-1821)". Gazette des Beaux-Arts, 127,
no 1527, April 1996, p.167-80.
- Sterling, Charles. "A Fine 'David' Reattributed".
The Metropolitan Museum of Art Bulletin, IX, no 5, 1951,
p.121-32.
CHOIX ICONOGRAPHIQUE
- 1799 (Salon no 208): Marie-Victoire Lemoine. Une jeune
femme appuyée sur le bord d'une croisée, also
called Portrait of Marie-Denise Villers. Oil on canvas.
Private collection -- Oppenheimer, 1996 (voir infra), p.167-68,
fig.4 & fig.5.
- 1799: François Gérard. Madame Villers.
Location unknown.
JUGEMENTS
- [À propos de La Peinture, Salon of 1799]
Damon. Je parie que la citoyenne Villers est élève
de Girodet; les cheveux de son tableau tendent à me le
persuader.
Le Peintre. Effectivement, c'est Girodet qui lui donne
sa manière. J'invite la citoyenne Villers de suivre tout
ce qu'a de bon son maître, mais d'abandonner sa manière
sèche; si elle suit ce conseil, j'ose pouvoir avancer que
cette aimable femme aura un talent très-distingué.
(La Revue du Muséum, in the Collection Deloynes,
21, pièce 562, p.27-8).
- [À propos de l'Etude d'une jeune femme assise
sur une fenêtre, Salon of 1801]
"...A l'exactitude des traits
Nisa sait joindre l'élégance;
Voyez sous son joli pinceau
Comme s'enrichit l'accessoire:
Un portrait devient un tableau
Dont la beauté fournit l'histoire."
(L'Observateur au Muséum, ou la Critique des Tableaux,
en Vaudeville, Paris, Gautier, s.d., in the Collection
Deloynes, 26, pièce 690, p.325).
- [À propos de l'Etude d'une jeune femme assise
sur une fenêtre, Salon of 1801] "Ce paysage est
mat, faux de ton, sans air, et lourd de touche; ces vases et ces
fleurs sont mesquins; cette main est peut-être trop petite;
mais la droite est si belle! Ce poignet est peut-être cassé;
mais le bras est d'un si beau trait! Ces contours sont si sévères
et si purs, que l'on désirerait les suivre davantage sous
le vêtement, qui ne les accuse pas assez à mon grand
regret. Ce tableau est parfaitement harmonieux; il est exécuté
avec tout le charme d'un sexe et toute la fermeté d'un
autre. [...] il lui sera difficile dorénavant de se surpasser
elle-même" ([Pierre-Jean-Baptiste Chaussard], Journal
des Arts, des Sciences et de Littérature, nos. 157-174,
10 Vendémiaire an 10 - 30 Frimaire an 10, p.55).
- [À propos d'Un enfant dans son berceau, entraîné
par les eaux de l'inondation du mois de nivôse an X,
Salon of 1802] "Le sujet de ce beau Tableau suffirait seul
pour en faire la fortune; mais à l'intérêt
qu'il inspire se trouve jointe une exécution savante, et
peut-être même trop historique. Il annonce dans toutes
ses parties un Artiste consommé dans son Art, et il n'est
point de maître qui ne tînt à gloire de l'avoir
fait. L'enfant est peint et dessiné avec une perfection
rare; la tête du chien est d'une expression admirable; les
linges et les voiles du berceau sont largement jetés; le
ton des eaux est d'une grande vérité. Ce bel ouvrage
est de nature à fixer sans retour la réputation
de M.me Villers. Il confirme ce que les deux beaux Portraits que
l'on a vus d'elle aux deux précédentes expositions,
avaient fait pressentir; c'est qu'elle sait, quand elle le veut,
se rendre à son choix familiers les divers caractères
de beauté qui distinguent le faire de nos plus célèbres
maîtres" ("Suite de l'examen des tableaux exposés
au Salon," Journal des Arts, des Sciences, et de Littérature,
No 228, 30 Fructidor an 10, p.426).
- [À propos d'Une étude de femme d'après
nature, Salon of 1802, et d'Un enfant dans son berceau,
entraîné par les eaux de l'inondation du mois de
nivôse an X, Salon of 1802] "[...] Maria Cosway...attended
us to several Artists. First Mad.me Villers a very pretty woman
wife to an architect. They are nicely loged [sic] and her
painting room is very good. The pictures we saw of hers were female
figures or children, quite in the french [sic] style of
colouring, but with taste and fancy. A picture of herself in black
with a transparent veil covering half her face and tying on her
shoe is very clever, but her best is a child sleeping in a cradle
carried away by an inundation, and a dog swimming to bring it
ashore" (Bertie Greatheed, An Englishman in Paris: 1803,
ed. by J.P.T. Bury and J.C. Barry, London, 1953, p.72-3).
Margaret A. Oppenheimer, 2004.