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D'Ennetières [Dentière], Marie (1495-1561) Dictionnaire de la SIEFAR, William Kemp, 2003
Fille aînée d'une famille
dont le père fut anobli en 1523, Marie d'Ennetières,
née en 1495, semble avoir été éduquée
chez les soeurs augustiniennes de l'abbaye des Prés-Porchins
à Tournai avant d'entrer dans les ordres. Attirée
par les nouvelles idées religieuses, elle se compromet
peut-être; vers 1524, elle s'enfuit du monastère.
En 1527-1528, on la retrouve à Strasbourg chez le réformateur
Wolfgang Capiton, épouse d'un ancien augustinien de la
région de Tournai, Simon Robert. Après la victoire
du parti réformé lors de la Dispute de Berne (janv.
1528), le couple rejoint Guillaume Farel dans la région
d'Aigle à l'est du lac Léman. Robert est nommé
pasteur à Bex, ce qui fait d'eux le premier couple Ã
assurer un pastorat en territoire francophone. Son mari l'ayant
laissée veuve en 1533 avec au moins deux enfants, elle
épouse un des compagnons de Farel, le jeune Antoine Froment;
elle et ses enfants s'installent avec lui à Genève
en 1535. Elle aura de ce second mariage une fille, Judith. La
ville étant passée à la Réforme depuis
peu, Marie d'Ennetières prend part à la tentative
de conversion des Clarisses de Genève, incursion décrite
sous un jour fort négatif par leur secrétaire, Jeanne
de Jussie. En 1536 paraît à Genève La Guerre
et deslivrance de la ville de Genesve, dont il ne nous reste
que des copies manuscrites. Ce texte lui a été attribué
à la fin du XIXe siècle mais des analyses récentes
indiquent qu'elle n'en est vraisemblablement pas l'auteure principale.
Froment ayant été nommé
diacre à Thonon, le couple y déménage en
1537. Peu après, Marie d'Ennetières entreprend la
rédaction d'une Epistre tresutile défendant
les principes de la réforme farellienne. L'ouvrage, imprimé
à Genève sous une fausse adresse en mars 1539, alors
que Farel et Calvin viennent d'en être expulsés,
est presque aussitôt saisi sur décision du Conseil
de la ville, ce qui représente le début de la censure
réformée sur son territoire. L'Epistre est
dédiée à Marguerite de Navarre, marraine
d'une de ses filles. Marie la remercie de l'avoir soutenue (financièrement?),
sans doute avant son arrivée à Genève. La
dédicace est suivie d'une importante «Defense pour
les femmes», justifiant la participation active de celles-ci
en matière de religion, du moins entre elles. Le livre
est accompagné d'une petite grammaire hébraïque
(manuscrite?) rédigée par sa fille Jeanne et envoyée
à la fille de Marguerite, Jeanne d'Albret.
Marie et son époux font parler d'eux
à diverses reprises dans la petite république genevoise.
Ils sont critiqués pour des activités commerciales
jugées indignes d'un pasteur (vente de vin et spéculation
sur ce produit). Les écarts de conduite de Froment le conduisent
également parfois devant la justice. Une lettre de Calvin
à Farel du 1.09.1546 nous apprend aussi que Marie s'est
plainte publiquement à Genève des robes longues
des pasteurs, associant ainsi le premier ministre de Genève
aux faux prophètes dont la venue est annoncée dans
le Nouveau Testament; elle critique également la tyrannie
de l'Église qui empêche les femmes de discuter entre
elles de questions religieuses. Calvin rapporte qu'il a remis
cette femme à sa place en la réprimandant sévèrement.
Malgré ces tensions, le couple finira
par rester fidèle à la réforme genevoise
et calviniste. À la fin des années 1540, leur fille
hébraïsante épouse le professeur d'hébreu
à l'Académie de Lausanne, Jean Raymond, dit Merlin,
un proche collaborateur de Calvin. En outre, un court texte sur
la modestie des femmes paraît à Genève et
en France en 1561, signé M. D., en guise de préface
à un sermon de Calvin sur l'habillement féminin;
tout indique qu'il s'agit de sa contribution à la campagne
de propagande en faveur de la réforme calviniste organisée
à la veille du colloque de Poissy. Marie meurt dans la
deuxième moitié de 1561.
Entre les années 1540 et 1560, quelques
textes anonymes ont relayé sa défense de la prise
de parole des femmes en matière de religion. L'Epistre
tresutile est citée dans la Bibliographie françoise
de Du Verdier (1585) et dans la Bibliotheca Belgica Valère
André (éd. 1643) avec l'ajout des mots «mulier
docta». En 1804, Fortunée Briquet affirme qu'elle
était poète, mais sauf erreur aucune indication
dans ce sens n'existe. L'oeuvre de Marie est ensuite tombée
dans l'oubli jusqu'à la redécouverte d'un exemplaire
de l'Epistre tresutile vers 1870. Celle-ci a fait l'objet
d'analyse depuis les années 1970 par des historiens de
la Réforme calviniste et des femmes.
Marie d'Ennetières,
born in 1495 and the eldest daughter of a family whose father
was ennobled in 1523, seems to have been educated by the Augustinian
sisters of the Prés-Porchins abbey at Tournai before entering
their order. Attracted by the new religious ideas, she may have
become involved; in any case, circa 1524 she fled the monastery.
In 1527-1528, she resurfaced in Strasbourg around the reformer
Wolfgang Capiton, as the wife of Simon Robert, a former Augustinian
from the Tournai region. After the victory of the cause of the
reform in the "Dispute of Berne" (Jan. 1528), the couple
joined William Farel in the Aigle region east of Lake Léman.
Robert was named pastor at Bex, which made them the first couple
to secure a pastorate in francophone territory. Having been widowed
in 1533 with at least 2 children, she married one of Farel's
companions, the young Antoine Froment; she and her children then
moved with him to Geneva in 1535. From this second marriage she
had a daughter, Judith. Soon after the town went over to the
Reform, Marie d'Ennetières took part in the attempted
conversion of the Poor Clares of Geneva, an effort described
in a very negative light by their secretary, Jeanne de Jussie.
In 1536 La Guerre et deslivrance de la ville de Genesve
appeared at Geneva, only a few manuscript copies of which are
extant. This text was attributed to Marie at the end of the 19th
century, but recent analysis indicates that she probably was
not the main author.
In 1537 when Froment was named deacon
at Thonon, the couple moved there. Shortly after, Marie d'Ennetières
undertook a draft of the Epistre tresutile which defends
the principles of Farel's reform. The work, printed in Geneva
under a false place name in March 1539, after the expulsion of
Farel and Calvin, was almost immediately seized by decision of
the city council, which represents the beginning of censorship
by the reform on its territory. The Epistre is dedicated
to Marguerite de Navarre, godmother of one of her daughters.
Marie thanks her for having sustained her (financially?), more
than likely after her arrival in Geneva. The dedication is followed
by an important "Defense pour les femmes", justifying
their active participation in religious matters, at least amongst
themselves. The book is accompanied by a small Hebrew grammar
book (manuscript?) composed by her daughter Jeanne and sent to
Marguerite's daughter, Jeanne d'Albret.
In the small Genevan republic, Marie and
her husband were the subjects of commentary on several occasions.
They were criticized for commercial activities deemed unworthy
of a pastor (the sale of wine and speculation on it). Froment's
unusual behavior sometimes brought him before the courts. Addtionally,
a letter from Calvin to Farel dated Jan. 9, 1546 reveals that
Marie complained publicly in Geneva of the long robes of pastors,
associating the first minister of Geneva with the false prophets
whose coming is foretold in the New Testament; she also criticized
the tyranny of the Church which prevented women from discussing
religious questions amongst themselves. Calvin reports that he
put this woman in her place, severely reprimanding her.
Despite these tensions, the couple remained
faithful to the Genevan and Calvinist reform. At the end of the
1540s, their daughter, the Hebrew linguist, married the professor
of Hebrew at the Lausanne Academy, Jean Raymond, called Merlin,
a close collaborator of Calvin. Moreover, a short text on the
modesty of women, signed M.D., appeared in Geneva and in France
in 1561, as a preface to one of Calvin's sermons on women's dress;
everything suggests that this was her contribution to the propaganda
campaign in favour of the Calvinist reform organized on the eve
of the colloquium at Poissy. Marie died in the second half of
1561.
Between the years 1540 and 1560, several
anonymous texts took up her cause: the defense of the right of
women to speak on religious matters. L'Epistre tresutile
is cited in the Bibliographie françoise of Du Verdier
(1585) and in the Bibliotheca Belgica Valère André
(1643 ed.) with the additional words "mulier docta".
In 1804, Fortunée Briquet claims that she was a poet,
but no other indication of this has been traced. The works of
Marie were then forgotten until the rediscovery of a copy of
L'Epistre tresutile around 1870. This has been the subject
of analysis by historians of the Calvinist reform and of women
since the 1970s. (trad. de Hannah Fournier)
- 1539 : Epistre tresutile faite et composée par
une femme Chrestienne de Tornay, Envoyée à la Royne
de Navarre seur du Roy de France. Contre les Turcz, Juifz, Infideles,
Faulx chrestiens, Anabaptistes, et Lutheriens. Anvers [=Genève],
Martin Lempereur [=Jean Girard].
- 1561 : «Au Lecteur chrestien», signé «M.
D.», in Sermon de M. J. Cal[vin] où il est montré
quelle doit estre la modestie des femmes en leurs habillements,
s.l.s.n. Le sermon est suivi par la traduction d'un passage de
saint Cyprien sur l'habit des vierges, qui est peut-être
d'elle.
- En préparation : Oeuvres de Marie d'Ennetières, éd. Diane Desrosiers-Bonin, William Kemp, Isabelle C. Denommé, et al., Genève, Droz.
- Backus, Irena. «Marie Dentière: un cas de féminisme
théologique à l'époque de la Réforme».
Bull. de la Soc. d'Hist. du Protest. Franç., 137,
1991, p.177-195.
- Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue
française, vol. 5, éd. A.-J. Herminjard. Georg,
Genève, 1878, no.785.
- Head, Thomas. «The Religion of the Femmelettes: Ideals
and Experience among Women in 15th- and 16th-Century France»,
in Lynda L. Coon et al., That Gentle Strength. Historical
Perspectives on Women in Christianity. Charlottesville, VA,
University of Virginia Press, 1990, p.149-175.
- Kemp, William et Diane Desrosiers-Bonin. «Marie d'Ennetières
et la petite grammaire hébraïque de sa fille d'après
la dédicace de l'Epistre à Marguerite de
Navarre». Bull. Hum. Réforme, 60, 1998, p.117-134.
- Wengler, Elizabeth M. Women, Religion, and Reform in Sixteenth-Century
Geneva. Thèse de doctorat, Boston College, mai 1999.