Accueil > Le dictionnaire : Notices > Jeanne d'Albret, duchesse de VendĂ´me, reine de Navarre [Jeanne III]
Jeanne d'Albret, duchesse de Vendôme, reine de Navarre [Jeanne III] (1528-1572) Dictionnaire de la SIEFAR, Eugénie Pascal, 2002.
Jeanne d'Albret, duchesse de VendĂ´me,
reine de Navarre (Saint-Germain-en-Laye, 16 novembre 1528-Paris,
9 juin 1572), est l'enfant unique de Marguerite d'AngoulĂŞme,
soeur de François Ier, et d'Henri d'Albret, roi de Navarre.
Elle est élevée par Aymée de Lafayette, et
son instruction est supervisée par l'humaniste Nicolas
Bourbon. D'une santé fragile, elle reste dans l'ombre jusqu'en
1538, où son père offre sa main à Philippe
II d'Espagne dans l'espoir de récupérer la Navarre
espagnole. Alerté, François Ier fait surveiller
sa nièce de près, puis, en juin 1541, fait célébrer
son mariage avec Guillaume de La Marck, duc de Clèves,
renforçant ainsi son alliance avec les États allemands.
Mais Jeanne ne donne pas son consentement et elle rédige
plusieurs protestations devant témoins, avec ou sans l'accord
de ses parents. Lorsqu'en septembre 1543, le duc de Clèves
se soumet à Charles Quint, François Ier revient
sur sa décision. Non consommé, non consenti, le
mariage est annulé par Paul III en octobre 1545. Contre
la volonté de ses parents qui la voient toujours reine
d'Espagne, mais à sa grande joie, Jeanne épouse
le 20 octobre 1548 Antoine de Bourbon, duc de VendĂ´me, premier
prince du sang, qu'impose à nouveau le souverain français.
Deux enfants naissent de cette union: le futur Henri IV (1553)
et Catherine de Bourbon, qui deviendra duchesse de Bar (1559).
À tous deux, Jeanne assure une solide éducation
humaniste et religieuse. Guerrier vaillant mais homme excentrique
et mou, Antoine semble s'intéresser avant Jeanne au calvinisme,
sans y adhérer officiellement. Il change de religion au
gré des opportunités politiques. Jeanne, après
avoir annoncé publiquement sa conversion le jour de Noël
1560, reste fidèle à la Réforme et entretient
une correspondance régulière avec Théodore
de Bèze.
MontĂ©e sur le trĂ´ne Ă
la disparition de son père en mai 1555, elle entame après
la mort d'Antoine (1562) une sĂ©rie de mesures visant Ă
implanter la Réforme en Béarn. Parmi elles, on compte
la publication du catéchisme de Calvin en béarnais
(1563), la fondation d'une acadĂ©mie protestante Ă
Orthez (1566), la rédaction de nouvelles Ordonnances
ecclésiastiques (1566, 1571) et la traduction en béarnais
du Psautier de Marot, par Arnaud de Salette (1568). Le cardinal
d'Armagnac écrit en 1563 une longue lettre à Jeanne
l'exhortant à abandonner ses mesures en faveur de la Réforme.
Cette lettre est aussitôt imprimée, avec l'implacable
réponse de la reine de Navarre. Son refus d'obtempérer
vaudra à Jeanne d'être citée à comparaître
au tribunal pontifical pour hérésie. Mais Catherine
de Médicis s'oppose avec fermeté à cette
intervention de Rome. Restée neutre pendant les deux premières
guerres de religion, Jeanne d'Albret prend la tĂŞte du mouvement
protestant en 1568. Refusant le rôle de médiatrice
que lui propose Catherine afin de l'attirer Ă la Cour,
elle rejoint avec son fils les chefs huguenots réfugiés
à La Rochelle. Elle écrit alors à Charles
IX, à la reine mère, au duc d'Anjou, à son
beau-frère le cardinal de Bourbon et à Élisabeth
d'Angleterre. Ces lettres, ainsi qu'une Ample Declaration
où elle justifie sa prise d'armes, sont publiées
sur-le-champ.
Jeanne administre La Rochelle dans tous
les domaines, Ă l'exception des affaires militaires. Elle
assure la communication avec les princes étrangers alliés,
dont elle tente de conserver le soutien, surtout après
la mort de Condé en mars 1569. Contrairement aux prévisions,
le parti huguenot tient bon, et même après la défaite
de Moncontour, Jeanne refuse de se rendre. Mais au début
de 1570, elle doit s'incliner devant la volonté de négocier
de ses coreligionnaires. Elle quitte La Rochelle en août
1571, pour parcourir ses terres. Négociatrice intraitable,
une fois la paix de Saint-Germain signée, elle proteste
contre sa mauvaise application. Ses derniers mois sont consacrés
aux âpres discussions autour du mariage de Henri de Navarre
avec Marguerite de Valois. À la suite du massacre de la
Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis sera accusée
par les huguenots d'avoir empoisonné la reine de Navarre.
Jeanne a plus probablement succombé à la tuberculose
héréditaire dont elle présentait depuis longtemps
les symptĂ´mes.
De Jeanne d'Albret, on a surtout retenu
la mère héroïque et austère d'Henri
IV et, dans une moindre mesure, la victime de la «démoniaque»
Catherine de Médicis. Après un regain d'intérêt
des historiens vers 1970, plusieurs biographies et un colloque
lui ont été consacrés depuis la fin des années
1990.
- 1561 : Sonnets, in Ode sur la naissance du petit duc
de Beaumont, fils de Monseign. de Vandosme roy de Navarre, par
I.D.B.A. [Joachim du Bellay], Ensemble certains sonnets
du mesme auteur Ă la royne de Navarre, ausquels ladicte
Dame fait elle mesme response. Paris, Frédéric
Morel.
- 1563 : Lettre, in Lettre d'un cardinal [Georges d'Armagnac]
envoyée à la royne de Navarre (le 18e jour d'aoust
1563). Ensemble la response d'icelle dame audit cardinal.
Lyon, J. de La Fons, 1564.
- 1564 : «Une chanson de Jeanne d'Albret», in [Weiss,
N.] Bull. de la Soc. d'Hist. du Protestantisme français,
43 (1894), p.526.
- 1568 : Lettres de treshaute, trèsvertueuse, et treschrestienne
Princesse, Jane, royne de Navarre. [La Rochelle, Barthelemy
Berton.]
- 1569 : Lettres de la Royne de Navarre au Roy avec une ample
declaration d'icelles. La Rochelle, Barthelemy Berton -- voir
infra, Mémoires....
- «Épîtres en vers inconnues des historiens
de ces princesses et des éditeurs de leurs oeuvres»,
in Frank, Felix (éd.), Dernier voyage de la reine de
Navarre Marguerite d'AngoulĂŞme avec sa fille Jeanne d'Albret
aux bains de Cauterets (1549). Étude critique et historique.
Toulouse, E. Privat, 1897.
- Mémoires [Ample déclaration] et poésies.
Éd. A. de Ruble (1893), Genève, Slatkine Reprints,
1970.
- Lettres diverses : Bull. de la Soc. d'Hist. du Protestantisme
français, 2 (1854), p.429; 5 (1857), p.147; 11 (1862),
p.271; 15 (1866), p.398, 400; 16 (1867), p.63; 75 (oct.-déc.
1926), p.389; 76 (janv.-mars 1927), p.37; 77 (janv.-mars 1928),
p.21. Lettres d'Antoine de Bourbon et de Jehanne d'Albret,
éd. Rochambeau, Paris, Librairie Renouard, 1877. Lettres
inédites, éd. Baguenault de Puchesse, 1893.
Jeanne d'Albret et Catherine de Médicis (1570-1572),
lettres inédites, éd. Baguenault de Puchesse,
G., Paris, Nogent-le-Rotrou, Daupeley-Gouverneur, 1910, 11 p.
- Berdou d'Aas, Bernard. Jeanne III d'Albret: chroniques
(1528-1572). Biarritz, Atlantica, 2002.
* Berriot-Salvadore, Évelyne, Philippe Chareyre et
Claudie Martin-Ulrich (dir.). Jeanne d'Albret et sa cour.
Paris, Honoré Champion, 2004.
- Kermina, Françoise. Jeanne d'Albret. La mère
passionnée d'Henri IV. Paris, Perrin, 1998.
* Roelker, N.L. Jeanne d'Albret reine de Navarre (1528-1572).
Paris, Imprimerie Nationale, 1979.