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Jussie, Jeanne de (15**-) Dictionnaire de la SIEFAR, Madeleine Lazard, 2003.
Jeanne de Jussie est mal connue. Elle
naît à une date incertaine au début du XVIe
siècle, dans la famille noble, mais peu fortunée,
des seigneurs de Jussie-l'Evêque. Elle est la nièce
du seigneur Pelicier et de la Mère Guillaume de Villette.
Elle entre très jeune au couvent
des clarisses -- le seul couvent de femmes à Genève
avant la Réformation. Pourvue d'une bonne instruction,
elle est dès 1530 «l'écrivaine» du couvent
(c'est-à -dire la secrétaire, chargée de rédiger
les suppliques, les quittances des legs, les lettres et requêtes),
alors qu'elle en est l'une des plus jeunes soeurs. Elle sait sûrement
le latin, car elle emploie parfois des termes de cette langue,
munis simplement d'une terminaison française et qu'on ne
retrouve dans aucun dictionnaire de l'époque.
Alors qu'éclatent les premiers troubles
religieux, Jeanne de Jussie est actrice et témoin d'un
épisode haut en couleur: la résistance victorieuse
des clarisses aux tentatives des réformés, qui veulent
leur faire quitter leur ordre. En août 1535, après
l'abolition du culte catholique à Genève, elle obtient
enfin l'autorisation de partir avec les autres soeurs. Elles se
réfugient à Annecy, où le duc de Savoie met
à leur disposition le couvent de Sainte-Croix, dont Jeanne
devient l'abbesse. C'est là qu'elle rédige son oeuvre,
commencée sans doute en 1535, achevée peut-être
vers 1546, et dont la première édition paraîtra
en 1611 à Chambéry.
Sa narration décrit la situation
à Genève de 1530 à 1535, dans le but d'entretenir
dans sa communauté le souvenir de cette époque troublée.
Les trois cinquièmes du récit se rapportent aux
tribulations des clarisses et aux circonstances qui ont provoqué
leur «départie» (juillet 1535-septembre 1536).
La fin décrit les vaines tentatives des réformés
pour les amener à défroquer et à se marier,
ainsi que le départ pour l'exil jusqu'à l'arrivée
à Annecy. Jeanne parle tantôt à la première
personne (mais en restant anonyme), tantôt à la troisième,
en citant «Jeanne» parmi les plus jeunes soeurs, et
aussi les plus exposées car réclamées par
les autorités genevoises. Elle s'en prend à Luther
(Calvin n'arrive à Genève qu'en 1536), Ã
Farel, à Viret, analyse les causes et les conséquences
de la révolution religieuse dont elle est témoin.
Son récit, très dramatique, abonde en tableaux violents
et tumultueux. Il offre nombre de scènes d'affrontement
entre «luthériens hérétiques»
et religieuses, et aussi beaucoup de portraits vivants, comme
celui de Marie Dentière, une «moine abbesse, fausse,
ridée et langue diabolique, ayant mari et enfants, qui
se mêlait de prêcher et de pervertir les gens de dévotion»,
lors de l'irruption des réformés dans le couvent.
Sa date de mort n'est pas connue.
Les études féministes des
dernières décennies ont fait resurgir l'écrivaine
du couvent des clarisses de Genève, mais toujours en relation
avec Marie Dentière, ex-abbesse réformée,
qui a bien davantage retenu l'attention.
1535-1546? : Le Levain du calvinisme ou commencement de l'hérésie de Genève. Éd. A. C. Griel, Genève, Fr. Jullien, 1865.
- Chroniqueurs du XVIe siècle. Bibliothèque
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p.54 et suiv.
- Head, Thomas. «The Religion of the Femmelettes: Ideals
and Experience among Women of the Sixteenth Century France»,
in L. Coon, K. Haldane and E. Somme (dir.), That Gentle Strength:
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- Lazard, Madeleine. «Deux soeurs ennemies, Marie Dentière
et Jeanne de Jussie: nonnes et réformées Ã
Genève», in B. Chevalier et R. Sauzet (dir.), Les
réformes, enracinement socio-culturel. Paris, Éd.
de la Maisnie, 1985, p.239-249.
- Pontenay de Fontenette, Micheline. Les Religieuses Ã
l'âge classique du droit canon. Paris, Vrin, 1967.
- Roelker, Nancy. «The Appeal of Calvinism in French Noble
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