Société Internationale pour l'Etude des Femmes de l'Ancien Régime

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Marie Stuart, reine de France et d'Écosse (1542-1587) Riballier, Philibert et Cosson, Catherine, 1779

[372] MARIE STUART, fille de Jacques V. Roi d’Ecosse, et de Marie de Lorraine, nĂ©e le 15 DĂ©cembre 1542, perdit son pere huit jours après sa naissance, et le remplaça sur le TrĂ´ne. La Reine sa mere, soeur du Duc de Guise et du Cardinal de Lorraine, prĂ©sida Ă  son Ă©ducation jusqu’à l’âge de six ans qu’elle l’envoya en France, oĂą, par ses ordres, elle fut Ă©levĂ©e et instruite avec les plus grands soins. Marie, Ă  un esprit vif, Ă  une mĂ©moire facile, joignoit une pĂ©nĂ©tration singuliere qui lui fit faire en peu de tems les plus rapides progrès. A douze ans, outre sa langue naturelle, elle savoit le François, l’Anglois, l’Italien, l’Espagnol et le Latin, et elle prononça mĂŞme en cette derniere langue, en prĂ©sence du Roi et de toute la Cour, un discours très-Ă©loquent, oĂą elle soutint que la carriere des sciences Ă©toit ouverte aux femmes aussi-bien qu’aux hommes. De si heureuses dispositions Ă©toient encore relevĂ©es par les avantages d’une rare beautĂ©, par les graces d’un port noble et majestueux, une ame Ă©levĂ©e, un courage et une fermetĂ© au-dessus de son sexe, un coeur gĂ©nĂ©reux et bienfaisant. MariĂ©e Ă  François II. Roi de France, ce Prince mourut quinze mois après leur mariage, sans laisser de postĂ©ritĂ©. Marie Stuart ne voyant pas de plus glorieuse retraite pour elle que le TrĂ´ne de ses ancètres, repassa en Ecosse, oĂą ses sujets la re-[373]çurent avec les plus grands transports de joie. Elisabeth rĂ©gnoit alors sur l’Angleterre, et ne put voir sans la plus vive jalousie tant de belles qualitĂ©s rĂ©unies dans la personne de Marie, jointes d’ailleurs Ă  des droits lĂ©gitimes sur son propre TrĂ´ne. Cette funeste passion ne tarda pas d’embraser le coeur d’Elisabeth, et de lui inspirer le noir projet de perdre cette illustre rivale. Le zele ardent de Marie pour la Religion de ses peres, et la perfide ambition de plusieurs Seigneurs Ecossois, avides de s’emparer du Gouvernement, et peut-ĂŞtre quelques lĂ©geres foiblesses qui, dans l’exemple d’Elisabeth elle-mĂŞme, devoient trouver des excuses, seconderent de si lâches desseins. Ces indignes Seigneurs, abusant de la trop aveugle confiance de leur Souveraine, eurent la coupable et funeste adresse d’engager Marie dans diffĂ©rentes dĂ©marches qui aliĂ©nerent d’elle la plus grande partie de ses peuples, et donnerent lieu aux plus atroces complots contre sa personne. Victime enfin des noirs artifices de son implacable ennemie, et des cruelles manoeuvres de ses agens Ă  la honte Ă©ternelle de tous les Potentats contemporains, qui virent tranquillement ourdir une si affreuse tragĂ©die, cette Reine infortunĂ©e pĂ©rit sous le glaive d’un bourreau le mercredi 8 FĂ©vrier 1587, n’étant encore âgĂ©e que d’environ quarante-quatre ans. En vain Elisabeth s’efforça de jetter un voile sur les horreurs d’un si dĂ©testable forfait: malgrĂ© ses efforts, malgrĂ© l’impudence de l’ingrat Buchanan, son complice, la vĂ©ritĂ© s’est fait jour. Plusieurs historiens, Anglois et François, ont mis l’innocence de Marie dans la plus grande [374] Ă©vidence, et dĂ©gagĂ© sa mĂ©moire de toutes les impostures dont on s’étoit servi pour la flĂ©trir.

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