Société Internationale pour l'Etude des Femmes de l'Ancien Régime

Accueil > La guerre des mots : Les accords

Les accords

Contributrices de cette rubrique : Aurore Evain, Eliane Viennot.
 
 
 
  • Accord de proximité (accord en nombre et/ou en genre de l’adjectif, du participe passé, du verbe, avec le substantif le plus proche lorsqu’il est coordonné ou juxtaposé avec un autre ou plusieurs) : classique avant le XVIIe siècle, courant jusqu’à la Révolution française.


- 1562 : « Au ciel est revollée et Justice et Raison »
Ronsard, Discours des misères de ce temps, v.182-183.

-  1563 : « […] afin que ta cause et la mienne soit cognue de tous […] »
Ronsard, « Epistre au lecteur », Response de P. de Ronsard Gentilhomme Vandomois aux injures et calomnies…, dernière phrase.

- 1651 : [remise en question de l’accord de proximité] « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif »
Liberté de la langue française dans sa pureté, Scipion Dupleix, Paris, 1651, p.696 (note)

- 1693  :
« elles [les femmes] n’ont point d’autre défaut qui les empêche de regner, de gouverner, de commander et de conduire ; que celui qui [que] leur impose la Coûtume, les Loix et le pouvoir absolu des hommes. »
Traité de la morale et de la politique, divisé en trois parties, sçavoir, la liberté, la science et l’autorité, où l’on voit que les personnes du Sexe, pour en être privées, ne laissent pas d’avoir une capacité naturelle, qui les en peut rendre participantes ; avec un petit traité de la foiblesse, de la légèreté et de l’inconstance qu’on leur attribue mal à propos ; par G. S. [GabrielleSuchon] Aristophile. Lyon, B. Vignieu & J. Certe, partie 3, p.136.


- 1795  : Une pétitionnaire déclare à la Convention que, si l’Assemblée revient sur l’égalité des sexes devant l’héritage, elle ira « jusqu’à « enhardir les puînés et les sœurs malheureuses à se rendre justice elles-mêmes parce que la loi ne s’est intéressée à elles qu’un moment ».
(Pétition de la fille Villier aux citoyens législateurs, 16 floréal an III [5 mai 1795], citée par Suzanne Desan, « Pétitions de femmes en faveur d’une réforme révolutionnaire de la famille », Annales Historiques de la Révolution Française 344, avril-juin 2006 [« La prise de parole publique des femmes »], p. 46).

 
  • Accord du participe passé avec l’objet direct, où qu’il soit placé


- 
fin des années 1530 : « Epistre. Jeanne Flore a Madame Minerve sa chiere Cousine, Salut. Suyvant la promesse que je vous avois faicte l’autre jour de vous transmettre les comptes […] j’avois prinse la plume en main pour le vous mettre par escript. »
Comptes amoureux par Madame Jeanne Flore (éd. Gabriel Pérouse et al., Presses universitaires de Lyon, 1980, p.97).

- 1563  : « Mais l’Evangile sainct du Sauveur Jesuschrist
M’a fermement gravée une foy dans l’esprit […] »
Ronsard, Remontrance au peuple de France, v.83-84.

- 1563 : « Et vous, Nobles aussi, qui n’avés renoncée
La foy, de pere en fils qui vous est annoncée »
Ronsard, Remontrance au peuple de France, v.515-516 ; même phénomène, ibid., v.735-736 ; Response aux injures et calomnies, v.611-612 ; v.895-96 ; v.1055-1056.

 
  • Accord de participe présent et du gérondif avec le substantif : classique dans l’ancienne langue, qui ne les différencie pas de l’adjectif verbal.


- 1550  : « Mais en vain serés pendante
Toute à mon col, attandante
(Tenant un peu l’œil baissé)
Pardon de m’avoir laissé.
 »
[= vous vous pendrez à mon cou, attendant… mon pardon]
Ronsard, Les Odes, II, 24.

- 1709  :
Les Dernieres Œuvres de Monsieur Scarron, divisées en deux parties, contenantes plusieurs Lettres amoureuses et galantes, […]
Tome premier, Chez Michel David.

- 1740  : « il y eut lettres contenantes mandement très-express, pour lui faire ouverture… »

Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, art. Du Tillet, 5e édition, tome 4, p. 352.

 
  • Accord du pronom attribut (je la suis) : les grammairiens au début du XVIIe siècle établissent comme règle l’emploi du pronom “le” invariable, mais il faut plusieurs générations pour qu’elle s’impose, et ce sont les femmes qui y résistent le plus.


- 1665  :
« Léonor. Voilà d’une coquette à peu près la leçon. D. Elvire. Certes je ne sais pas si je la suis ou non, / Mais je m’aime beaucoup et j’aime fort à plaire. »
Mme de Villedieu, Le Favori, 1665, Acte II, scène 1, vv.435-37 (Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, vol. 2, Saint-Etienne, Publications de l’Université, 2008)


- 1690  :
« Mme Argante. Il porte exprès des perruques brunes , et il dit partout qu’il a trente-cinq ans, pour m’empêcher de paraître aussi jeune que je la suis. »
Mme Ulrich, La Folle enchère, 1690, scène 5 (Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, vol. 3, Saint-Etienne, Publications de l’Université, 2011)

- 1694  :
« Madame de Sévigny s’informant de ma santé, je lui dis : Madame, je suis enrhumé. Je la suis aussi, me dit-elle. Il me semble, lui dis-je, Madame, que selon les règles de notre langue, il faudrait dire, Je le suis. Vous direz comme il vous plaira, ajouta-t-elle, mais pour moi je croirais avoir de la barbe si je disais autrement. »
Ménage, Menagiana, ou les bons mots, les pensées critiques, historiques, morales et d’érudition de Monsieur Ménage, recueillies par ses amis, seconde éd.augmentée. Paris, Delausne, 1694, p. 87.